Au Pré-aux-Filles, elles sont toutes heureuses

TerroirsLes trois sœurs Gerber ont repris l’exploitation de papa à Naz et y bichonnent leurs vaches qui ont bien de la chance.

Complices, Claire, Anne et Lisa Gerber au milieu de leurs chères vaches.

Complices, Claire, Anne et Lisa Gerber au milieu de leurs chères vaches. Image: Odile Meylan

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Ça s’appelle le Pré-aux-Filles et on ne sait pas très bien si les filles en question, ce sont Lisa Gerber et ses deux sœurs qui ont repris le domaine, ou si c’est la quarantaine de vaches Black Angus qu’elles maternent de concert à Naz, dans le Gros-de-Vaud. Ce qui est sûr, c’est que tant les trois premières que les quarante autres sont heureuses et ça se voit. Quand il s’est agi de la succession de Jean-Jacques Gerber, dit JJ, qui avait lui-même repris le domaine de son père en 1983, la sororie (elles sont quatre sœurs) était unanime: il fallait continuer. «D’autant que c’est notre lieu pivot, notre centre de gravité avec le reste de notre famille qui vit dans le sud de la France, avec tous nos cousins dont nous sommes très proches. Naz est la base du clan, on ne pouvait pas la perdre», affirme l’aînée Anne (35 ans), enseignante. «Ça aurait pu être moi, poursuit Claire (34), mais à ce moment-là j’avais mon premier enfant et ça semblait compliqué de se former.» Lisa (31), la cadette, assistante en soins communautaires, en avait un peu marre de son EMS. Elle se lance, avec le soutien de la famille.

Un apprentissage agricole plus tard, là voilà de retour avec des idées très claires: passer le domaine de 54 hectares en bio et arrêter la production laitière pour se consacrer aussi aux vaches allaitantes. Elle revient travailler avec son père, fait la reconversion bio dès 2016, et a repris l’exploitation depuis le début de cette année. JJ, surnommé «la ferraille», donne toujours un coup de main et continue à souder des trucs. «Ce n’était pas facile pour lui qui a connu la mécanisation de revenir au travail manuel que demande la culture bio mais il ne rechigne jamais», explique Lisa. La maman, Suzanne, traque aussi les mauvaises herbes dans les champs, cultive son potager qui nourrit toute la famille tout au long de l’année, et fait tous les vendredis le pain qui est aussi vendu au self de la ferme que les filles ont créé.

Travail équilibrant

Car Anne et Claire ont été engagées par leur patronne de cadette, chacune un jour par semaine, à côté de leur rôle respectif de prof et de maman. La première est meilleure en commercialisation, la seconde en communication, mais elles sont toutes les deux autant occupées à bichonner les vaches qu’à semer avec le tracteur. «Lisa est géniale parce qu’elle nous explique tout, même si on a toujours donné un coup de main à la ferme de nos parents. Et travailler ici est très équilibrant», affirme Anne.

«Nous faisons d’abord des grandes cultures. Mais les vaches, c’est l’émotion. On est toutes nées avec, on les aime», explique Lisa. «Elles ont leur caractère mais comme on s’en occupe beaucoup elles sont affectueuses comme des chats, elles viennent chercher des caresses, elles nous empêchent même parfois de travailler à côté. Mais il me suffit de les siffler pour qu’elles rappliquent.» Quand on voit les filles au pâturage avec leurs bêtes qui leur tournent autour, on en a la preuve. «Les gens les croient molles, mais elles sont curieuses de tout, elles font des bêtises, je les adore», affirme l’agricultrice.

Les Black Angus, race sans corne, nourries quasi exclusivement à l’herbe, sauf un brin d’orge de temps en temps, sont donc élevées avec leurs veaux et génisses. Lisa sélectionne les meilleures jeunes et revend les autres, ainsi que les mâles.

Finir après une belle vie

Et puis, quatre ou cinq fois par année, elle amène elle-même à Echallens une de ses bêtes. «Mais on ne les élève pas pour ça. On n’en tue une que lorsque le frigo est vide parce qu’on a tout mangé de la précédente. Et celle qu’on abat a déjà vécu douze ou quinze ans chez nous», explique Lisa, qui avoue pleurer parfois comme une madeleine lorsqu’elle l’accompagne à l’abattoir. Vénus, 15 ans, ne fera plus de veau parce qu'avec le dernier, ça s’est mal passé. Mais la belle est toujours là.

Les filles n’ont pas envie d’augmenter leur cheptel, c’est le maximum qu’elles peuvent gérer dans ces conditions, entre la prairie et la nourriture. «C’est un peu du luxe et ça donne pas mal de boulot mais on s’en sort donc tout va bien.» Elles n’affichent pas les labels auxquels elles appartiennent: «Quand les gens viennent au self-service et qu’ils voient les écuries, les vaches au pâturage, c’est ça notre label», conclut Lisa.

www.lepreauxfilles.ch

Créé: 15.09.2019, 09h51

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