Le robuste yak gravit les monts suisses

TerroirsLe soyeux bovidé himalayen se plaît de plus en plus chez nous. Son élevage reste rare dans le canton.

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Les sapins et les riches pâturages du Carro, sur les hauts des Mosses, sont à des milliers de kilomètres du décor himalayen. Voir un yak détaler sur la route qui serpente depuis Lioson d’en Bas a de quoi surprendre. C’est là pourtant que paissent les huit yaks de Fanny et Sébastien Henchoz. Ainsi que quatre autres bêtes appartenant à un agriculteur des hauts de Montreux. Fanny Henchoz s’est prise d’affection pour ces bovidés il y a une douzaine d’années. «J’adore l’Himalaya. J’y suis allée une fois en trek. Je n’ai pas vu beaucoup de yaks là-bas; je n’étais pas dans la bonne région. Mais ceux que j’ai aperçus étaient immenses, des monstres. Rien à voir avec ce que l’on trouve en Suisse.»

«Ce sont des animaux robustes qui se contentent de peu. Ils tombent moins facilement malades que les vaches. Ils sont aussi bien plus habiles: ils sont plus réfléchis, ils regardent où poser le pied.»

Cet élevage reste rare dans nos montagnes. L’Office fédéral de l’agriculture recense 1199 têtes dans le pays, réparties dans 78 exploitations. La carte nationale des membres de l’Association suisses des éleveurs de yaks (tous n’y sont pas inscrits) est parlante: les cantons de Berne, du Valais et des Grisons sont les plus actifs dans le domaine. «Ce qui est logique, réagit Rosula Blanc, vice-présidente de l’association. Ces animaux sont adaptés aux régions de haute montagne; ils aiment les pentes raides, une nourriture maigre. Les paysages du Valais ou des Grisons correspondent davantage à leur environnement naturel que le Jura ou les Préalpes, par exemple.» L’entretien des yaks demande globalement peu de soins. «Ce sont des animaux robustes qui se contentent de peu, ajoute Fanny Henchoz. Ils tombent moins facilement malades que les vaches. Ils sont aussi bien plus habiles: ils sont plus réfléchis, ils regardent où poser le pied.»

Etablie aux Haudères dans le val d’Hérens, Rosula Blanc possède 13 yaks. Elle a acheté le premier voilà neuf ans, «par hasard et parce qu’ils correspondent aux pentes raides et maigres que nous avons ici à 1800 m – trop raides pour des chevaux. Et parce que je cherchais des animaux avec lesquels on peut travailler.» Ses bêtes ne lui fournissent d’ailleurs pas de viande: leur «job» est d’emmener les touristes sur les cols valaisans.

Viande, laine mais pas de lait

Fanny Henchoz, l’une des très rares éleveuses vaudoises, a acheté son premier yak pour l’aider à transporter du matériel vers ses alpages où ses vaches laitières sont placées en estivage. «Je ne voulais pas d’âne ou du mulet… Pas assez original. Au début, ils ont bien accepté le bât mais je n’avais pas assez de temps pour les motiver à monter et descendre.» Si elle a depuis conservé un troupeau réduit, cela fait deux ans qu’elle a commencé à élever des yaks pour leur viande. Très recherchée, elle se vend plus cher que la viande de bœuf. «Mais il faut relativiser: les animaux coûtent aussi plus cher.» Chaque bête, abattue généralement à l’âge d’un an et demi, fournit entre 150 et 200 kg de viande. C’est Christian Reichenbach, à Gstaad, qui la transforme, préparant viande fraîche ou séchée et saucisses fumées. «Elle est plus rouge que la viande de bœuf. Plus douce et sauvage, aussi; elle rappelle un peu le cheval et la chasse», décrit le boucher.

Pour l’heure, cette activité n’est pas rentable pour les Henchoz. «Pour cela, il faudrait quasi tripler la taille de notre troupeau. A terme, c’est le but. Mais cela demande un investissement et pas mal d’organisation: les yaks n’ont pas les mêmes besoins que les vaches laitières. Il faudrait bien séparer les deux troupeaux.»

Une laine solide

Chaque printemps, les yaks perdent leur abondante toison. «Une laine comparable au cachemire ou au mérinos, mais plus solide», décrit Rosula Blanc. La Valaisanne récupère ce poil pour confectionner couvertures et vêtements. «Mais uniquement pour moi, avertit-elle. Pour récolter la laine, il faut brosser les bêtes tous les jours et, si l’on veut faire un produit de très grande qualité, être équipé pour la séparer du poil plus rêche qui protège les yaks de la pluie. Avec les salaires suisses et la taille des troupeaux nécessaire, en faire le commerce est illusoire.» Feutrière à Courtételle (JU), Mireille Finger récupère la laine fournie par les yaks de sa nièce, Fanny Henchoz. Elle réalise des tuniques, des manteaux, des pulls, etc. qu’elle vend sur les marchés. «La laine de yak coûte dans les 100 fr. le kilo. Pour du cachemire, il faut compter le double.»

Ce n’est en revanche pas demain que l’on trouvera du fromage de yak suisse sur le marché, quand bien même cette ressource est largement exploitée dans l’Himalaya. «Ce lait est très riche, poursuit Rosula Blanc. Mais les femelles donnent peu; en général, elles ont juste assez de lait pour leur veau. Dans des régions où l’on doit valoriser toutes les ressources pour survivre, cela fait du sens. Mais en Suisse, ce ne serait pas rentable.» (24 heures)

Créé: 08.10.2017, 08h28

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