Le sourire têtu qui donne faim aux Lausannois

Elise RabaeyLa secrétaire générale de Lausanne à Table allie un bel appétit de la vie à une nourrissante obstination.

«Je reste hallucinée de voir l’énergie des gens qui participent avec nous, les envies, le plaisir. Même si nous avons tous des caractères différents, l’aventure reste passionnante, amicale et un peu folle.»

«Je reste hallucinée de voir l’énergie des gens qui participent avec nous, les envies, le plaisir. Même si nous avons tous des caractères différents, l’aventure reste passionnante, amicale et un peu folle.» Image: VANESSA CARDOSO

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Avec une mère gruérienne et un père du Sud-Ouest, l’apprentissage de la gastronomie est forcément riche d’expériences savoureuses, de plats chaleureux et de moments d’amitié. Elise Rabaey, chargée de projets à la Ville de Lausanne, secrétaire générale de Lausanne à Table, a pourtant pris un chemin détourné avant de revenir aux arts de la table qu’elle pratique en toute décontraction. La preuve? Ce portrait réalisé au cours d’un pique-nique ensoleillé sur les pelouses du parc Mon Repos à Lausanne où la fausse citadine a parqué son vélo électrique. Cette ville qu’elle a eu de la peine à apprivoiser quand elle y est arrivée pour ses études, elle l’aime aujourd’hui. «C’est un endroit secret qui doit se découvrir.»

Elle possède un agenda de ministre en ce printemps. La semaine dernière, elle a organisé le congrès du Réseau Délice, cette association de villes gourmandes à travers le monde à laquelle la capitale vaudoise participe fièrement. Le thème de ces quatre jours de réunion? «Le terroir comme ingrédient d’une stratégie gastronomique urbaine.» Marché, visite de la ferme bio de Rovéréaz ou d’un domaine viticole, session à l’Alimentarium et à la salle du Conseil communal: la trentenaire a l’habitude de monter ces événements grâce à son réseau de contacts et son infatigable énergie. Le week-end de Pentecôte, elle supervisera le Miam Festival qui va réunir pendant trois jours des dizaines de food trucks, de stands appétissants et d’ateliers de cuisine au centre de Lausanne.

Comment cette étudiante en sciences sociales de l’Université de Lausanne est-elle devenue spécialiste de la nourriture? Dans le fond, un peu par hasard. Comment expliquer autrement cette rencontre avec Guillaume Rabaey, le fils du célèbre chef? Entre les plats de beau-papa et la passion des deux amoureux pour les bonnes tables, le ferment était là. «Après notre rencontre, je réservais encore au restaurant sous mon nom de jeune fille pour éviter que les chefs ne croient que c’est Gérard qui arrivait.» Une fois par semaine, elle a pourtant le privilège de s’asseoir à la table du maître. «Je leur fais toujours des plats différents, sourit ce dernier. Elise, c’est une fille remarquable, un rayon de soleil. Elle aime les légumes, les ris de veau mais elle fait attention. Je dois attendre qu’elle ait le dos tourné pour ajouter une noix de beurre dans le risotto.»

La montagne pour se bouger

«C’est vrai qu’avec Guillaume, on aime beaucoup manger et boire de bons vins, on essaie de rester en bonne santé quand même.» C’est comme ça qu’est arrivé leur intérêt pour des balades en montagne (avec des chalets gourmands, hein!). Puis la passion de l’escalade qui les encorde dès que leur emploi du temps le permet. «C’est ma façon de me dépasser et de me retrouver en même temps. J’ai un vertige épouvantable mais je le combats. Et vous ne pouvez pas savoir le bonheur que c’est d’arriver au sommet, même si Guillaume y parvient toujours avant moi.» Comme pour cette ascension du Cervin qui s’est terminée devant une banderole où il lui demandait de l’épouser. Elle a accepté, évidemment.

Le temps, justement, c’est son paradoxe. Elle réussit l’exploit d’avoir l’air décontracté et de vous consacrer toute son attention alors qu’elle déborde de travail et de sollicitation dans ses deux métiers: à la Ville et comme mère de l’énergique Renaud, né de cette union alpestre. «Quand on commence à lire ses mails à 5 h du matin, c’est mal, non?» La jeune femme a un humour qui dépasse nettement sa taille et une banane qui éclaire sa figure. Mais elle a aussi un «certain caractère», explique son beau-père. Elle l’admet: «Je suis assez entêtée. Quand je suis passionnée, je vais jusqu’au bout. J’aime me dire que si je me plante, j’aurais au moins essayé.»

Il fallait sans doute cette obstination pour convaincre la Ville de Lausanne qu’après avoir été Ville du goût en 2012, elle devait capitaliser sur la gastronomie. Avec sa complice Monique Saltiel, elles ont ramé au début pour continuer l’événement, créé Lausanne à Table qui organise aujourd’hui une centaine d’événements par année. La petite structure a crû mais la secrétaire générale veut en garder l’esprit, les valeurs, la simplicité, l’envie de ne pas se prendre au sérieux.

Jouer en équipe

«Je reste hallucinée de voir l’énergie des gens qui participent avec nous, les envies, le plaisir. Même si nous avons tous des compétences différentes, des caractères différents, l’aventure reste passionnante, amicale et un peu folle.» Pour cette fan du rock de Radiohead (ou des chansons de Véronique Sanson, il n’y a pas de honte), l’amitié et les rencontres comptent davantage que tout le reste. «J’adore notre comité, j’adore voir notre président Philippe Ligron arriver en blouson de cuir et en basket, c’est ça l’esprit décontracté.» Un esprit bobo? «Je le suis sans doute, c’est clair. Mais j’aime surtout rapprocher les consommateurs des producteurs et des artisans. Quand on voit la passion qui anime ces derniers, ça vous nourrit la vie.»

Passionnée, attentive, mais inquiète aussi: «J’espère qu’il va faire beau pour le Miam Festival, avec tout le travail qu’ont fait les bénévoles. Le soleil, ça change tout.» Et à ceux qui lui disent qu’elle a un job de rêve, elle l’admet, tout en précisant: «Bien sûr, j’y mange bien mais je suis aussi de celles qui vident les poubelles à la fin de l’événement.»

Miam Festival
Sa 3, di 4 et lu 5 juin.
www.lausanneatable.ch

(24 heures)

Créé: 22.05.2017, 09h07

Bio

1981 Elise Saudou naît à Bulle un 18 septembre, sous le signe de la Vierge. Elle fait ses écoles dans la capitale gruérienne, avec sa sœur aînée Camille.
2008 Termine ses études à l’Université de Lausanne (sciences sociales) par une année en Angleterre. Fait plein de petits boulots.
2008 Entre au service marketing du Casino Barrière de Montreux le 3 mars. Elle y rencontre Guillaume Rabaey le même jour.
2010 Passe à la Redoute mais démissionne très vite. Entre au service de marketing urbain de Lausanne. On lui confie, entre autres, les Fêtes du goût.
2012 Lausanne devient Ville du goût. Elle s’en occupe.
2013 Propose de continuer l’aventure, reconduite en association dès 2014. Guillaume la demande en mariage au sommet du Cervin. Elle accepte.
2014 Arrivée de Renaud, aussi un 18 septembre.
2017 Sixième Lausanne à Table.

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