En 1968, la mission Apollo 8 rend la crèche cosmique

Noël d'antanImpossible d’éviter la Lune en cette fin d’année. Les Américains observent sa face cachée et elle figure aussi au menu du film «2001: l’odyssée de l’espace»

Comme couchés dans une crèche, les astronautes d’Apollo 8, le commandant Frank Borman, les pilotes James Lovell et William Anders

Comme couchés dans une crèche, les astronautes d’Apollo 8, le commandant Frank Borman, les pilotes James Lovell et William Anders Image: AFP

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Après un printemps chaud, voici Noël dans la Lune. L’ordre bourgeois a vacillé lors des émeutes de mai. En ces temps de Fêtes, les Américains tournent autour de l’astre cher aux poètes. «A 270'000 km de la Terre» la Feuille d’Avis de Lausanne en première page, le 23 décembre 1968. La veille, la mission Apollo 8 a propulsé trois astronautes vers la Lune. Non, le colonel Frank Borman, le capitaine James Lovell et le commandant William Anders n’y poseront pas les pieds. Les hommes d’Apollo 11 en auront les honneurs sept mois plus tard.

Il s’agit cette fois d’une autre première: tourner autour de l’astre. Ce vol circumlunaire, suivi en direct par des millions de téléspectateurs, s’accompagne de la sortie d’un film tout aussi spatial. 2001: l’odyssée de l’espace se pose au Romandie à Lausanne. Les Vaudois sont partis pour une Nativité en orbite.

Les heures qui suivent, le journaliste et animateur Georges Kleinmann fait peur à l’ado que je suis dans la petite lucarne de la TV romande. Car, avant que la capsule n’entre dans la face cachée de la Lune, il interpelle les téléspectateurs: et si les astronautes emportés par leur engin disparaissaient à jamais vers des horizons inconnus! Quelle serait la réaction du petit Jésus couché dans sa crèche?

Après le whisky de Haddock

Ce 23 décembre, les gens rient encore, car, la veille au soir, lors du premier «en direct de la Terre à la Lune, «William Anders, comme l’écrit la Julie, a démontré les difficultés résultant de l’état d’apesanteur en lâchant sa brosse à dents et tentant vainement de la rattraper avec la bouche». Les lecteurs de Tintin ne sont qu’à moitié surpris. Ils ont encore en mémoire la boule de whisky échappant au capitaine Haddock. Tous se sont extasiés devant la vue du globe terrestre, «qui apparaissait comme un disque lumineux, vivement éclairé», à travers le hublot central des voyageurs de l’espace.

La bande-annonce de 2001: l'odyssée de l'espace

Le programme de la mission Apollo  8 est respecté à la lettre. En dehors des considérations techniques, le quotidien annonce les grandes perspectives que le vol ouvre pour une meilleure étude… de la Terre. «La «pleine terre», que les astronautes américains peuvent observer pendant une partie de leur voyage, doit leur permettre de constater – et cela à l’œil nu – que la Terre tourne… En effet, le relief terrestre et les immenses plans d’eau que forment les océans et les mers sont des traits caractéristiques qui doivent être facilement notés, même à la distance Lune-Terre. Et la Terre tournant sur elle-même en vingt-quatre heures, il en résulte que ces traits se déplacent relativement vite. D’ailleurs, précisément à cause des océans et des mers qui recouvrent les deux tiers de la surface du globe terrestre – et dont le pouvoir réflecteur est de plusieurs fois supérieur aux roches lunaires –, les astronautes américains voient la Terre beaucoup plus brillante que les Terriens ne voient la Lune.»

Les lecteurs de la Feuille sont montés à bord de la fusée Saturn V, le 20 décembre déjà. On leur a montré que sa taille dépasse d’un tiers la flèche de la cathédrale de Lausanne. Toute la semaine de Noël, le feuilleton lunaire se retrouve en première page. Le 24, Apollo 8 est mis sur orbite. Le 26, c’est déjà «Le chemin du retour», alors que Fribourg et le Valais croulent sous la neige: avalanches, villages isolés et routes coupées. Le 28, on loue «une précision inouïe: après un voyage de 800'000 kilomètres Apollo 8 s’est posé à quelque 4500 m du porte-avions Yorktown». Enfin, le dernier jour de l’année, la question qui taraude est: «La Lune est-elle grise ou bien verte?» Difficile de trancher, les photographies reproduites paraissaient en noir et blanc.

(24 heures)

Créé: 23.12.2014, 09h05

2001 emballe le critique

«Stanley Kubrick a imaginé à partir d’un roman de science-fiction d’Arthur C. Clarke un véritable opéra cinématographique, le premier en tout cas qui soit susceptible de réconcilier cinéma et grandeur, cinéma et illusion, cinéma et fantastique.» Claude Vallon, le critique de la Feuille d’Avis, a aimé 2001: l’odyssée de l’espace.

En cinéphile, il convoque Méliès «qui avait mis la Lune en vedette dans un film, en 1902, et qui n’imaginait certes pas les subtilités que l’alunissage poserait aux navigateurs spatiaux; il chargeait sa réalisation de truquages simples et savants tout à la fois, qui en rendaient le résultat merveilleux. Mais, jamais encore, l’homme ne s’était mis par le cinéma en état d’apesanteur». Plus loin, il note: «Voici donc l’expédition vers Jupiter qui doit expliquer ce qu’est ce monolithe magnétique précédemment découvert par les explorateurs américains sur la Lune.» Analysant le travail de Kubrick partie par partie, il précise que «ces trois actes figurent autant d’étapes répétées vers l’élucidation d’un mystère. Et ce mystère se révèle finalement être l’homme lui-même. (…)
On a dit que le film a une couleur optimiste. Le roman finit en effet par une explosion atomique. Sur l’écran, l’homme de pointe lancé vers Jupiter se dissout
dans l’Univers. Il rejoint le néant. La fin est quasi mystique. Cela suffit-il pour estimer que l’œuvre est optimiste?»

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