En 1979, Kaboul mitonne son réveillon à une sauce venue du Kremlin

Réveillon d'antan (3/4)Profitant de la période des Fêtes, les Soviétiques organisent un putsch en Afghanistan. Ils sont loin de se douter que cette guerre, leur Vietnam, durera 10 ans.

Invasion: les troupes mécanisées soviétiques progressent en Afghanistan entre Jalalabad et Kaboul sur fond de montagnes enneigées.

Invasion: les troupes mécanisées soviétiques progressent en Afghanistan entre Jalalabad et Kaboul sur fond de montagnes enneigées. Image: AFP

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A Lausanne, Edmond Kaiser fait la grève de la faim. Le fondateur de Terre des hommes l’a entreprise le jour de Noël et n’y mettra fin «que lorsque le gouvernement suisse aura décidé l’étude immédiate, sérieuse et continue de l’interdiction de toute exportation d’armes». Les armes, justement, parlent à Kaboul. Le régime du président Hafizullah Amin est tombé.

«Des soldats soviétiques patrouillaient vendredi dans les rues de Kaboul, écrit 24 heures le 29-30 décembre 1979, et des MiG-21 survolaient la capitale, vingt-quatre heures après le coup d’Etat en Afghanistan – le troisième que connaît le pays en dix-huit mois – qui a porté au pouvoir Babrak Karmal.» Il cumule les fonctions de secrétaire général du Comité central du parti démocratique populaire et de président du Conseil révolutionnaire. Quant à Hafizullah Amin, décrété «agent de l’impérialisme américain», il sera éliminé. Radio Kaboul n’émet plus. Téléphones et télex sont coupés et l’aéroport de la capitale est bouclé.

Dans un premier temps, les Vaudois croient, avec le reste du monde, à une conciliation avec les rebelles musulmans en révolte. On leur dit que Babrak vise le respect de la religion islamique, l’unité de toutes les forces nationales et progressistes, promet de libérer les détenus politiques et de respecter la propriété privée. Mais l’Organisation islamique afghane, basée en Iran, condamne fermement l’intervention de l’URSS en Afghanistan.

En 1979, qui, ici, connaît le pays occupé? Cet espace coincé entre le Moyen-Orient et le sous-continent indien, fait de terres souvent désertiques, est associé aux chromos de vieillards burinés une rose à la main et reste synonyme de paradis pour hippies en recherche de substances psychotropes. On a oublié l’ère d’Alexandre le Grand, qui s’avança jusqu’aux rives de l’Indus. Personne n’évoque les grands Bouddhas de Bâmiyân que détruiront les talibans.

Un danger pour l’équilibre

Une vague d’inquiétude secoue l’Occident. Londres, suivant Washington, condamne, insistant sur «l’instabilité croissante dans la région». De Bonn, qui s’inquiète, le téléphone crépite vers les capitales occidentales. «Le déploiement massif de troupes soviétiques en Afghanistan constitue, pour les milieux militaires américains, un sérieux danger pour l’équilibre des forces dans la région et devrait accélérer la mise en place de la force d’intervention rapide américaine.»

Alors que la Commission fédérale de l’alimentation encourage les Suisses à boire du lait pour lutter contre l’alcool et fortifier la croissance des écoliers, personne ne soupçonne que la guerre durera jusqu’en 1989. Qu’elle s’inscrit comme une des dernières crises majeures de la guerre froide. Car, si Washington soutient le Pakistan face à l’Inde, Moscou prend fait et cause pour l’Afghanistan qui revendique des territoires à majorité pachtoune du Pakistan. Et si Kaboul parvenait à accéder à la mer d’Arabie, les Soviétiques se rapprocheraient du pétrole.

L’Armée rouge s’enlisera dans la géographie montagneuse du pays qu’elle occupe. Ce conflit deviendra une sorte de Vietnam pour le régime soviétique. Et dégradera l’image d’un empire qui s’effondrera avec la chute du mur de Berlin.

Le 28 décembre, dans 24 heures, Pierre Trépey a écrit: «L’Armée rouge joue sa propre carte à visage découvert, profitant de la mobilisation de l’opinion mondiale sur l’affaire iranienne (ndlr: le 1er février 1979, l’ayatollah Khomeiny est arrivé à Téhéran) pour agir sans risque de grand tollé.» Heureusement, le 30 au soir, la TV romande diffuse La panthère rose, de Blake Edwards. (24 heures)

Créé: 30.12.2014, 09h20

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