Le 25 juin 1915: le pilote lausannois Marcel Lugrin s’est écrasé

Dans la «Feuille d'Avis de Lausanne»A Dübendorf, l’aviateur de 24 ans a perdu la maîtrise de son monoplan.

Marcel Lugrin (1891-1915).

Marcel Lugrin (1891-1915). Image: KÖLLA/LA PATRIE SUISSE

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«L’aviation militaire suisse traverse une période vraiment douloureuse. Les tombes du lieutenant Vollenweider et du caporal Probst sont à peine fermées qu’un affreux accident vient de priver l’armée suisse d’un de ses meilleurs aviateurs, le lieutenant Marcel Lugrin. (…) Trois monoplans étaient partis hier matin jeudi de bonne heure de l’aérodrome de Dübendorf près de Zurich pour effectuer un petit vol d’exercice. (…) Lugrin pilotait, ce jour-là, le monoplan, vieux de quelques années déjà, que Grandjean avait utilisé jadis à Dübendorf. (…)

» Il était 7 h 45, lorsque survint la catastrophe. Les cultivateurs qui travaillaient aux champs dans ces parages aperçurent soudain un monoplan qui paraissait cheminer normalement et dont le moteur fut brusquement arrêté, l’aviateur ayant sans doute l’intention de descendre en vol plané. L’appareil se trouvait en ce moment à une hauteur d’environ 1500 mètres. Dans les premières secondes, il glissa correctement.

Mais, quand il fut arrivé à 500 mètres, les spectateurs eurent l’impression très nette que quelque chose d’anormal se passait. De la position de vol plané, l’aéroplane avait passé à celle de descente presque perpendiculaire. Tout à coup, il se mit à tournoyer sur lui-même. Pressentant ce qui allait se passer, les témoins de cette scène tragique s’élancèrent dans la direction de la ferme du Sonnenberg. Tandis qu’ils couraient, un craquement sinistre se fit entendre. L’aéroplane venait d’être précipité sur le sol. (…)

» Le pilote, sans connaissance, avait la tête fortement inclinée en avant. Son compagnon, [le premier-lieutenant de Kaenel, observateur], poussait de sourds gémissements. (…) Il fut de suite évident pour chacun que le lieutenant Lugrin devait avoir subi de graves lésions internes.

De Kaenel, lui, murmurait des paroles à peine compréhensibles. L’infortuné avait le visage fortement ensanglanté et paraissait avoir surtout été blessé par son casque, spécialement dans la région du nez et des yeux. (…) Deux heures après son arrivée à l’hôpital, soit peu après 11 h., le lieutenant Lugrin rendait le dernier soupir, sans avoir, à un seul moment, repris ses sens. (…) Von Kaenel a des lésions graves à la tête et sur le dos, mais son état ne donne pas lieu à des inquiétudes. (…)

Sportif confirmé

Originaire du val de Joux, fils de M. Aimé Lugrin, pasteur à Noville, l’aviateur Marcel Lugrin était né en 1891 et avait été élevé à Noville. Il montra toujours un très vif intérêt pour les sports, en particulier pour le football. (…) Il avait passé son brevet civil au début de septembre 1913 à Etampes. (…) Il obtint plus tard le brevet militaire supérieur français, si difficile à obtenir (…), et à ce sujet la presse française lui avait consacré des articles tout particulièrement élogieux et que réellement il méritait.

Le 5 juillet 1914, en volant de Lausanne à Genève, il brisa son appareil près de l’Ariana, à l’atterrissage. Au moment de la mobilisation, il fut attaché au corps d’aviateurs. (…) A plusieurs reprises, il fit, en Suisse romande, des conférences très goûtées sur la conquête de l’air. Tous ceux qui ont connu Marcel Lugrin le représentent comme un homme modeste et d’une courtoisie parfaite. A Lausanne, où il jouissait de la sympathie générale, la nouvelle de sa mort a causé une vive émotion.» (24 heures)

Créé: 25.06.2015, 09h38

Ce jour-là

France La guerre
Il y a eu une accalmie relative, hier, au nord d’Arras. Les Français se sont bornés à se consolider sur les positions conquises. Les Allemands disent avoir repris des tranchées à l’est de Lorette, ils ont de nouveau bombardé Arras, tué des religieuses et des infirmières dans une ambulance.


Zermatt Déserteurs
Quelques déserteurs italiens ont franchi le col de Théodule ces jours derniers. L’un d’entre eux, qui avait passé deux jours à errer sur le glacier où il avait laissé ses talons de bottines, a été appréhendé par la poste et conduit à Brigue. Il manifestait à ceux qui l'interrogèrent des sentiments contre la guerre et montra des petits papiers qu'il désirait remettre au consul allemand.

14 >Le nombre d’attaques menées par des zeppelins allemands sur l’Angleterre, dirigées principalement contre des villes ou des villages sans défense. Le total des pertes résultant des raids a été de 56 tués, dont 24 hommes, tous des civils, 21 femmes et 11 enfants, et 138 blessés, dont 86 hommes, 35 femmes et 17 enfants.

Courrier A propos de «Boche»
Depuis tantôt une année, la plupart des journaux de tous pays, ainsi que beaucoup de philologues, se sont préoccupés de l’origine du vocable «Boche». (…) Le mot «boche» n’est ni français, ni flamand. Il n’a pas non plus été créé par les soldats dans les tranchées. Il est d’importation carolingienne. Le mot Alboche ou Boche est fréquemment employé dans le négoce du pays wallon. Du côté de Charleroi, en particulier, on l’emploie pour désigner ironiquement un article de provenance germanique: «C’est de l’Alboche».

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