Bataille rangée en Valais

Sale affaireCoup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du «bon vieux temps»

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Le sang chaud, les Valaisans? Oui, et comment, si l’on se fie au procès exceptionnel ouvert à Sion le mardi 15 septembre 1936. Sur les bancs des accusés, quinze hommes, venant tous de villages de la commune d’Ayent, sur la rive droite du Rhône entre Sierre et Sion. Huit avocats les défendent, une centaine de témoins ont défilé devant le juge instructeur, ils ont répondu à 462 questions et le rapport d’enquête fait 300 pages dactylographiées.

De participation à une rixe à homicide, les charges sont lourdes. Car, le dimanche 18 novembre 1934, on a dénombré deux morts, abattus à coups de mousqueton, et de nombreux blessés à l’issue d’une véritable bataille rangée. Est-ce la raclette que certains d’entre eux avaient mangée au Café des Sports de Botyre? Plutôt le fendant qui l’avait accompagnée. «Le vin nouveau est violent cette année», écrivait la «Feuille d’Avis de Lausanne» le 20 novembre.

Le 14 décembre 1936, André Marcel, correspondant de la «Feuille» à Sion, raconte: «Cela débuta par de petits combats au bâtiment de la Consommation et au Café des Sports, pour finir dans le verger des Fardel par une véritable fusillade. «On fit feu de magasin», déclara un témoin et, en effet, l’on tira une centaine de balles. Alphonse Chabbey, fils de Théodule, atteint d’une balle au côté, s’effondra sur place, les bras croisés sur la poitrine: il était mort! Édouard Rey, qui reçut un projectile dans le dos, put se traîner dans l’herbe en perdant son sang, franchir une haie avec peine et, finalement, il vint expirer sur le seuil de la maison de ses parents.»

«Le juge instructeur conduisit l’enquête avec précision, mais les faits n’en sont pas moins terriblement embrouillés», poursuit André Marcel. On ne saurait mieux dire. La fusillade dura vingt-cinq à trente minutes, et «certains des villageois ne savaient plus ce qu’ils faisaient, grisés qu’ils étaient par la bataille ou simplement par l’alcool». Les causes exactes de cet affrontement assassin demeurent obscures. Tout juste sait-on que les deux groupes, qui appartenaient au même parti politique, étaient divisés par une élection judiciaire.

«À l’énoncé de certains faits, on voit des accusés se regarder en souriant et se faire – si l’on nous permet l’expression – des signes… d’intelligence», écrit André Marcel le 16 novembre (la «Feuille» consacre chaque jour plus d’une demi-page de texte à l’événement). «Il y a des secrets qui seront bien gardés. (…) D’ailleurs, une solidarité que rien n’abat lie entre eux les hommes d’un même groupement politique et ils sont prêts à tout, même au faux témoignage ou au silence obstiné, plutôt que de porter préjudice à l’un des leurs. Des imprudents reviendront sur leurs dépositions en justifiant leur revirement par l’émotion qui les étreignait au jour de l’interrogatoire, et des malins affirmeront qu’ils n’ont aucun souvenir précis de la bataille.» Ainsi, un témoin qui vit un homme ramasser des douilles dans le verger se révèle, curieusement, incapable de l’identifier.

Ernest Fardel, qui a avoué s’être servi de son mousqueton, reconnu coupable d’homicide involontaire, est condamné à 4 ans de réclusion. Les autres accusés s’en tirent avec quelques mois de prison ou des amendes, parfois assortis du sursis.

Créé: 22.05.2018, 13h12

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