L’assassin veut regarder la guillotine bien en face

Sale affaireCoup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du «bon vieux temps».

La dernière page de la «Feuille d'Avis» du 29 octobre 1924, annonçant la décapitation de Clément Bernet.

La dernière page de la «Feuille d'Avis» du 29 octobre 1924, annonçant la décapitation de Clément Bernet. Image: FAL

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Le dimanche 31 août 1924 à Schattdorf (UR), le dénommé Clément (ou Klemenz) Bernet, à peine sorti de prison, tuait Joséphine Scheiber, 13 ans, dans la ferme de ses parents où le criminel espérait voler quelques francs. «Ce crime épouvantable provoqua dans la Suisse entière l’indignation générale», écrit la «Feuille d’Avis de Lausanne» le lundi 20 octobre de la même année, alors que le procès du Saint-Gallois vient de s’achever à Altdorf: «Le verdict a été rendu samedi matin. Bernet a été condamné à mort.»

Le lendemain, le quotidien lausannois livre des détails: «Comme bourreau, a été nommé un descendant de la vieille famille de bourreaux Mengis, de Rheinfelden, qui est actuellement garde-voie et habite un des faubourgs de Zurich. (…) Le condamné sera exécuté avec la guillotine que le gouvernement de Lucerne prêtera au canton d’Uri. Le public sera exclu, et l’exécution aura lieu dans un hangar de la prison d’Altdorf.»

«Je vois toujours devant moi, surtout la nuit, l’innocente enfant assassinée. Je sens que la mort seule peut expier cette terrible chose»

Ce ne fut pas aussi simple. «La direction générale des CFF a refusé d’accorder un congé à l’aiguilleur Mengis, pour exercer la fonction de bourreau», révèle la «Feuille» le 28 octobre. La Société des aiguilleurs et l’Union du personnel des entreprises de transport de Zurich ont toutes deux prié Mengis «de renoncer à un tel projet et d’épargner au personnel fédéral la honte de voir l’un des siens remplir l’office de bourreau».

C’est qu’on n’exécute plus beaucoup en Suisse, où la peine de mort existe encore dans dix cantons. La dernière exécution remonte à 1915. À Uri, on n’a plus coupé de tête depuis celle d’un assassin nommé Zurflüh, au glaive, en 1861.

De son côté, Bernet, menuisier de 42 ans qui en a déjà passé plus de 16 en prison, se dit prêt à monter sur la guillotine, si l’on en croit la «Feuille» du 25 octobre: «Je vois toujours devant moi, surtout la nuit, l’innocente enfant assassinée. Je sens que la mort seule peut expier cette terrible chose.» Il a demandé de mourir avec sur lui une lettre de sa propre fille, qu’il désire porter dans son cercueil, et avec une photo de sa victime.

«Lorsque j’ai assassiné la jeune fille de Schattdorf, elle avait les yeux ouverts, elle a vu mes actes; je dois voir la guillotine pour expier mon crime»

La condamnation du Saint-Gallois relance le débat sur la peine capitale. À Altdorf, l’ancien landamman Lusser critique les organes qui ont laissé Bernet «sortir du pénitencier de Schwytz avec un sou et un morceau de pain. (…) Les autorités judiciaires sont là pour veiller à la sécurité publique. Un homme comme Bernet devait être soutenu et surveillé.» Il n’avait même pas de quoi acheter un billet de train pour rentrer dans son village.

Bernet a finalement la tête séparée du reste du corps le mardi 29 octobre à 6 h 50 dans la cour du pénitencier d’Altdorf. Le bourreau est un certain Hans Bachmann, mécanicien à Oerlikon, recommandé et dûment coaché par Mengis. L’exécuteur touchera 500 francs, une gratification de 100 francs et une lettre de remerciements pour bons services rendus. Arrivé devant la veuve, Bernet refuse le bandeau. «Lorsque j’ai assassiné la jeune fille de Schattdorf, elle avait les yeux ouverts, elle a vu mes actes; je dois voir la guillotine pour expier mon crime.»

La population émue

À en croire la «Feuille», «la mort courageuse de Bernet a vivement ému la population. (…) D’aucuns n’hésitaient pas à proclamer bien haut que la majorité du Grand Conseil aurait dû (lui) accorder la grâce. De nombreux habitants d’Altdorf espèrent que c’est la dernière fois que, sur le sol de la Confédération, la peine de mort sera appliquée.»

Presque. Si l’on excepte les condamnations à la fusillade pour trahison durant la guerre, il n’y aura plus que deux exécutions capitales, pour des meurtres, en Suisse avant l’abolition de la peine de mort en 1942: à Zoug en 1939 et à Obwald l’année suivante. (24 heures)

Créé: 16.06.2018, 17h57

La guillotine de Lucerne montée pour l'exécution de Clément Bernet dans la cour du pénitencier d’Altdorf.

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Archives

Les archives de la «Feuille d’Avis de Lausanne» sont consultables sur scriptorium.bcu-lausanne.ch

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