Le 17 juin 1939: la «Veuve» a maté le «tueur au regard de velours»

Dans la «Feuille d'Avis de Lausanne»Eugène Weidmann reste dans l’histoire comme le dernier guillotiné en public en France.

Eugène Weidmann (chemise blanche) sort de la prison de Versailles pour être conduit à la guillotine (à g.).

Eugène Weidmann (chemise blanche) sort de la prison de Versailles pour être conduit à la guillotine (à g.). Image: AFP

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«Eugène Weidmann a été exécuté ce matin, à 4 h 32», écrit la Feuille d’Avis de Lausanne ce 17 juin 1939. Weidmann, 31 ans, s’était rendu célèbre en décembre 1937, avouant six assassinats qui lui valurent d’abord le surnom de «Monstre de Saint-Cloud». D’origine allemande, installé à Paris depuis quatre mois, il avait exécuté ses victimes de sang-froid pour les dévaliser avec trois complices.

Ténébreux séducteur, ce serial killer plaisait, semble-t-il, aux femmes de son temps, ce qui lui vaudra d’être appelé le «tueur au regard de velours». Mais pas l’indulgence des juges qui, le 31 mars 1939, le condamnent «à avoir la tête tranchée sur une place publique de Versailles».

Sur les pas de Landru

Le 17 juin, vers 2 h du matin, les bois de justice ont été dressés dans la rue, devant la prison Saint-Pierre de Versailles. Depuis le raccourcissement du célèbre tueur en série Henri Désiré Landru, le 25 février 1922 – par le chef exécuteur Anatole Deibler –, c’est la quatrième exécution capitale à se dérouler au même endroit.

«Une foule nombreuse – près de mille personnes, venues de Paris et des environs – était refoulée derrière les barrières par le service d’ordre, et seuls quelques privilégiés purent prendre place devant la prison, lit-on dans la Feuille. C’est M. Desfournaux, nouveau bourreau, successeur de Deibler (ndlr: décédé en février précédent, avec 395 exécutions à son palmarès), qui avait monté la guillotine.»

En réalité, les choses ne se sont pas déroulées de manière aussi limpide. L’exécution avait été annoncée dans les journaux et les cafés avoisinants avaient obtenu l’autorisation de nuit. Dès 23 heures, de nombreux curieux se pressaient contre les barrières, entretenant «une atmosphère amorale sinon immorale», écrira le quotidien parisien Ce soir. Les resquilleurs furent nombreux, malgré le service d’ordre et la présence de la troupe.

«Des scènes déplorables se sont déroulées autour de l’échafaud»

Lorsque Weidmann, entravé, encadré par deux aides, passe la porte de la prison et monte sur la «Veuve», le jour est levé depuis quarante-six minutes. Plusieurs secondes s’écoulent entre le moment où Weidmann est placé sur la planche et celui où sa tête roule dans le panier. Photographes et cameramen sont prêts et peuvent immortaliser l’instant fatidique (document vidéo ci-dessus). «Des scènes déplorables se sont déroulées autour de l’échafaud», écrira encore Ce soir. Certains évoqueront des femmes se précipitant pour tremper leur mouchoir dans le sang encore frais.

Ces désordres – une «kermesse», écrira-t-on aussi – font scandale et poussent le président du Conseil, Edouard Daladier, à interdire à l’avenir les exécutions capitales en public. (24 heures)

Créé: 17.06.2016, 10h14

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