Le domestique transi d’amour a abattu le frère de sa bien-aimée

Sale affaireCoup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du «bon vieux temps».

En cette fin octobre 1924, la «Feuille d'Avis» narre par le menu le déroulement du procès du «crime de Neyruz».

En cette fin octobre 1924, la «Feuille d'Avis» narre par le menu le déroulement du procès du «crime de Neyruz». Image: FAL

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«Sale Boche, va! Tuer mon fils unique, rendre ma fille malheureuse. C’est bon dans les pays de sauvages, en Allemagne, mais pas dans le canton de Vaud!» L’homme qui s’exclame ainsi s’appelle Adrien Dutoit, agriculteur à Neyruz-sur-Moudon de son état. Nous sommes le 28 octobre 1924 à Moudon, devant le Tribunal criminel du district.

Car, le dimanche 9 mars précédent, «un drame sanglant jetait la consternation dans le paisible village» du Gros-de-Vaud, écrit alors la «Feuille d’Avis de Lausanne», qui relate le procès en détail: un domestique de campagne, «Gottfried Christen, d’origine bernoise, tuait d’un coup de mousqueton un jeune homme de 20 ans, Marcel Dutoit, fils unique de M. Adrien Dutoit».

«Christen venait très souvent dans sa chambre, la nuit, dans la maison de ses parents, et à l’insu de ceux-ci»

Le drame trouve son origine dans les amours de Gottfried et de Ruth Dutoit, 17 ans, sœur et fille des précédents. Durant l’instruction, celle-ci reconnaît «que Christen venait très souvent dans sa chambre, la nuit, dans la maison de ses parents, et à l’insu de ceux-ci. Jamais elle n’a appelé son père pour le chasser», lit-on dans la «Feuille» le 29 octobre.

Si la jeune fille n’est pas farouche, il en va autrement de son paternel. Ayant découvert le pot aux roses, il intime à Christen «de ne plus remettre les pieds chez lui. Christen ne répondit pas, mais dans son for intérieur il se dit qu’il ne tiendrait aucun compte de ces objurgations. De fait, il retourna à plusieurs reprises dans la chambre de Ruth Dutoit, sans être aperçu».

Et c’est ainsi que la tragédie se noue: rentrant chez lui en fin de soirée, Marcel Dutoit trouve Christen caché sous le lit de sa sœur. Il court dans sa chambre et empoigne le mousqueton de son père, qu’il a chargé d’une balle à blanc dans le but d’effrayer le Roméo s’il réapparaissait. Il décharge l’arme sur le domestique qui s’enfuit dans la nuit.

«Une balle, venue de l’extérieur, avait fait voler la vitre en éclats, frappé mortellement le jeune homme»

La «Julie» raconte: «Après cette scène, Marcel Dutoit se rendit à la cuisine pour se laver. Au moment où il était penché sur l’évier, placé tout près de la fenêtre qui donne sur la cour intérieure, une violente détonation se fit entendre et Marcel Dutoit tomba à la renverse dans les bras de sa tante, Mme Hélène Jaquier. Une balle, venue de l’extérieur, avait fait voler la vitre en éclats, frappé mortellement le jeune homme et été se loger dans le mur, au fond de la cuisine. Il était près de 23 heures. L’auteur de cet acte de lâcheté n’était autre que Christen. Sitôt après avoir quitté la maison Dutoit, il s’était rendu dans sa chambre, s’était muni du mousqueton de son patron, chargé d’une seule cartouche à balle, puis était revenu rôder autour de la maison Dutoit, dans l’intention de tirer sur Marcel.»

«Dans un pays civilisé comme le nôtre, le crime est une chose intolérable»

Christen se retrouve devant les juges et le jury de Moudon. À la barre, il affirme «avoir eu la ferme intention d’épouser Ruth Dutoit», qu’il a été emporté par un «tourbillon d’amour». Le procureur général du canton de Vaud, Auguste Capt, est virulent: «Dans un pays civilisé comme le nôtre, le crime est une chose intolérable.» Avocat de la défense, Charles Reymond décrit Christen comme «un malheureux qui a commis, sans le vouloir, un acte irréparable et qu’il regrette profondément».

Le samedi 23 novembre, le jury déclare Gottfried Christen coupable d’homicide volontaire. Mais la Cour ne lui inflige que le minimum de la peine applicable: 12 ans de réclusion. «Au milieu de l’émotion générale», relate la «Feuille», le président du tribunal adresse au condamné des paroles de réconfort: «S’il le veut, il peut redevenir un honnête homme.» (24 heures)

Créé: 15.09.2018, 11h37

Archives

Les archives de la «Feuille d’Avis de Lausanne» sont consultables sur scriptorium.bcu-lausanne.ch

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