Les frères assassins se chargent mutuellement

Sale affaire - 1968Coup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du «bon vieux temps».

Photo parue le 26 août 1968 dans la «Feuille d'Avis de Lausanne» montrant l'arrivée de Georg S. à Yverdon, où il va être jugé.

Photo parue le 26 août 1968 dans la «Feuille d'Avis de Lausanne» montrant l'arrivée de Georg S. à Yverdon, où il va être jugé. Image: FAL

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Le canton de Vaud tout entier a été ému, en février 1967, lorsque le fermier-épicier d’Épendes, Henri T., 59 ans, fut retrouvé mort, sauvagement frappé, son épouse grièvement blessée à ses côtés. Heureusement, les affreux auteurs des faits ont été vite interpellés: deux frères, Alfred et Georg S., de nationalité allemande, sont sous les verrous trois jours après.

Le premier nommé avait, en 1950, volé 60'000 francs dans un café du village de la plaine de l’Orbe et fut condamné à 3 ans de réclusion, puis expulsé de Suisse. Convaincu de pouvoir réussir un «coup», il a choisi de revenir, dix-sept ans plus tard, sur les lieux de son méfait précédent. Il a cette fois-ci réussi à s’enfuir à Hambourg, d’où il vient, et où la police allemande l’a cueilli. Georg, lui, arrêté à Kreuzlingen, est coffré au Bois-Mermet, à Lausanne. Ils seront donc jugés séparément.

«Entendre celui des assassins qui est détenu chez nous, pour confronter sa version avec celle de son frère»

Le 14 mai 1968, le Tribunal criminel de Hambourg est à Yverdon, «principalement pour y entendre la déposition de l’expert médecin légiste», révèle la «Feuille d’Avis de Lausanne». Les juges allemands veulent aussi «entendre, au titre de principal témoin, celui des assassins qui est détenu chez nous, pour confronter sa version avec celle de son frère». Là, les choses se corsent: dans la salle de justice de l’Hôtel de Ville d’Yverdon, «les frères assassins se contredisent», écrit le 16 mai le chroniqueur judiciaire de la «Julie», Pierre Vidoudez.

Car Alfred a fait le déplacement du nord de l’Allemagne avec le «Schwurgericht» (Cour de justice siégeant avec jury). «Interrogé à son tour, le prisonnier de Hambourg déclare d’une voix sèche et neutre que sur plusieurs points [le récit de Georg] n’est pas conforme à la vérité. «Es stimmt nicht!» L’accusé conteste notamment avoir encore frappé au sol le malheureux T., qui s’était effondré dès les premiers coups. […] Il semble bien qu’il veuille rejeter sur son frère une part égale de l’horreur du crime, alors qu’il est, lui, de treize ans son aîné et qu’il est plus que probablement, lui, malfaiteur endurci, l’organisateur et le chef de l’expédition.»

«Ces divergences dans leurs aveux ne joueront vraisemblablement aucun rôle pour le sort réservé à ces misérables»

Ce même jeudi 16 mai 1968, le tribunal hambourgeois se déplace à Épendes en compagnie des deux frères pour la reconstitution du crime. D’importantes forces de la gendarmerie vaudoise les accompagnent. En février 1967, lors de l’enterrement du malheureux épicier, des villageois n’avaient-ils pas menacé: «Que la police soit nombreuse lors de la reconstitution, sinon S. ne repartira pas vivant d’ici.»

Dans la maison du crime, les frères S. se contredisent de nouveau sur le déroulement des faits et sur l’emploi de la barre de fer qui acheva le malheureux T. «Ces divergences dans leurs aveux ne joueront vraisemblablement aucun rôle pour le sort réservé à ces misérables, commente Pierre Vidoudez le lendemain. Il est vrai qu’à Hambourg Alfred S. doit répondre du crime d’assassinat, tandis que devant le Tribunal criminel d’Yverdon qui jugera Georg, ce dernier sera inculpé de brigandage suivi de mort d’homme.»

Le chroniqueur voyait juste. Le 22 mai 1968, Alfred S. est condamné à la réclusion à vie, la sentence la plus grave qui puisse se prononcer en RFA. En août suivant, Georg tente encore de charger son frère. Mais il ne peut empêcher le Tribunal criminel d’Yverdon de le condamner, devant un public nombreux, à une peine de 20 ans de réclusion

Créé: 08.04.2019, 13h54

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