Pour ses 20 ans, le D! Club exhume l'ancien Lumen

Intérieur-extérieurDes galeries et une rotondité affirmée relient le club au premier cinéma permanent de Lausanne.

Un bar circulaire et une passerelle suspendue relient le club à son ancêtre, le Théâtre Lumen, qui offrait trois galeries et une belle rotondité.

Un bar circulaire et une passerelle suspendue relient le club à son ancêtre, le Théâtre Lumen, qui offrait trois galeries et une belle rotondité. Image: Patrick Martin

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«Per artem probam ad lumen». La devise qui flottait en avril 1911 au-dessus du linteau de la scène du plus grand cinéma-théâtre de la ville n’existe plus. On s’est peut-être aussi un peu éloignés de cette idée que ce n’est que «par l’art honnête» – comprenez moralement irréprochable – qu’on mène «à la lumière».

C’est que le Lumen a depuis longtemps laissé sa place au Cinéma ABC (1935), puis au D! (1996). A l’occasion des 20 ans du club de la place Centrale, qui seront célébrés tout au long du mois d’octobre (lire encadré), l’architecte Pierre Winthrop et son équipe du bureau SAS architecture ont su redonner à la salle de 550 m 2 aux dimensions étonnantes quelques-unes de ses qualités d’antan.

«Nous avons révélé le volume initial de ce bâtiment d’une très belle hauteur, qui occupe intelligemment une dent creuse en reliant deux niveaux de la ville», explique l’architecte. Qui précise: le sous-sol de feu Hug Musique a raboté un étage et fortement abaissé le plafond du théâtre. Il a aussi privé les lieux de leur entrée originale, qui offrait un vaste foyer avec fenêtres arquées sur la place Centrale.

A l’origine, l’établissement construit par l’architecte veveysan Edmond Quillet, sur les ruines du premier Lumen – logé sous le Grand-Pont et inauguré à peine trois ans auparavant, mais vite trop petit – offrait 1000 places et possédait trois galeries (et huit catégories de prix). Le «nouveau» D! Club en a recréé une, sous laquelle ont été installées des banquettes rouge cinéma. Outre le clin d’œil, mais sans velours, à l’aménagement initial, la passerelle crée une intimité pour ceux qui préfèrent les discussions d’alcôve au dance-floor, sans en être coupés.

Un nouveau bar circulaire, conçu en collaboration avec le décorateur Alexandre Boyer, vient, lui, faire référence à une autre particularité des lieux: son seul mur porteur intérieur qui dessine un arc de cercle dans la plus grande largeur du bâtiment trapézoïdal. «Nous avions déjà amorcé cette intention avec la forme en verre à l’entrée, mais le nouveau bar donne enfin le vrai sens à ce geste naturel, qui fluidifie les circulations», se réjouit Pierre Winthrop, qui nourrissait ce projet dès les premiers travaux de réfection en 2009.

Au début du siècle, ce mur avait fait couler de l’encre. Le Bulletin technique de la Suisse romande de mai 1914, qui consacre onze pages à l’ouvrage, évoque cette unique paroi intérieure de 20 cm d’épaisseur qui supporte les planchers supérieurs et les deux grands balcons suspendus «qu’elle tient en équilibre par le jeu combiné de ses armatures croisées et de sa forme en fer à cheval». «C’est un des premiers bâtiments lausannois utilisant des sommiers en béton précontraint, artifice technologique permettant à dimension de poutre égale de plus grandes portées, explique Pierre Winthrop. Cette technique, idéale pour une salle de spectacle, permet de s’abstenir de poteaux intermédiaires.»

Pour tester ce porte-à-faux, on raconte dans le Bulletin technique que des sacs de ciment d’un total de 4,5 tonnes furent posés sur une galerie. Et pour s’assurer de sa solidité, «on fit encore monter tout le personnel, une vingtaine de personnes, sur le tas de sacs». Dans La Tribune de Lausanne, on évoque «des prodiges d’ingéniosité» pour créer cette salle qui étonne par «sa profondeur et ses vastes proportions». Ce qui passionne le rédacteur de l’époque, c’est aussi la machinerie installée dans le nouveau cinéma-théâtre. «Une vue cinématographique prise le matin pourra être projetée à la représentation du soir.

C’est, on le voit, le record de l’actualité», lit-on dans la Feuille d’Avis de Lausanne. Il y a aussi l’ascenseur hydraulique, qui met en lien la salle et le café-restaurant, qui prenait place au rez de Hug Musique (aujourd’hui remplacé par un escalier métallique en colimaçon qui mène aux installations techniques qui n’ont pas quitté le sous-sol). Le système de chauffage et de ventilation, par air sous pression, impressionne également. On insiste sur le fait que l’architecte et le propriétaire sont allés visiter de nombreux théâtres à l’étranger, c’est dire!

Si les médias s’émeuvent de ces révolutions technologiques, ils parlent aussi d’une autre révolution. Le bâtiment d’Edmond Quillet permet enfin de relier deux niveaux, le Grand-Pont et la place Centrale, par l’intérieur (on entrait au Lumen par le haut et on en sortait en bas). En lieu et place de locaux industriels disparates, dont on pouvait observer les toits depuis le pont – la fameuse dent creuse dont parle Pierre Winthrop –, le paquebot du Lumen propose un ensemble clinquant qui offre à ce pan de ville un certain lustre.

Outre le nouvel établissement culturel qui sera très prisé, le café-restaurant précité – un café-glacier avec terrasse – et plusieurs arcades commerciales viennent faire le lien, en hauteur, entre la route de Bel-Air et la ruelle du Grand-Pont (qui comporte aujourd’hui des escaliers). Une nouvelle «place to be» est née à Lausanne, qui n’a de cesse de s’offrir de nouveaux chapitres depuis 1911. (24 heures)

Créé: 17.09.2016, 17h01

De l'ABC au D!

Les derniers travaux rapprochent le D! Club de son ancêtre le Théâtre Lumen. Mais ce sont surtout les vingt dernières années du lieu qui seront célébrées durant tout le mois d’octobre. Avant d’être repris par la famille Wegmüller, en 2003, le D!Club est lancé le 19 octobre 1996 par Stéphane Bezençon. A l’époque, Lausanne ne compte que quelques clubs, contre plus de vingt licences de discothèques aujourd’hui. En vingt ans, la fréquentation du D! passe de 330 personnes à 950 aujourd’hui. Pour garder le lien avec le Cinéma ABC, qui occupe le bâtiment pendant plus de soixante ans et dont on peut encore observer contre les parois les lames de bois utiles à la ventilation et à l’acoustique du lieu, le patron continue de projeter ponctuellement des films sur le balcon.

En bas, on danse, notamment sur des groupes ou le son de DJ locaux. C’est pour rendre hommage à cette programmation que le club invite à une soirée anniversaire le 20 octobre, qui verra les Lausannois A Few Good Men reformés rejoints sur scène par plusieurs invités du cru. Au Bar-Club ABC, Charles Schillings, Ripperton ou encore Jack’O Mollo seront aux platines, invités par Stéphane Bezençon. Tout le programme sur www.dclub.ch

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.