«Toinon» la maudite charme la jeunesse

HistoireDeux biographies «restarifient» la reine Marie-Antoinette, guillotinée en 1793.

L'actrice Kirsten Dunst incarnant une Marie-Antoinette charmante et volage dans le film de Sofia Coppola «Marie Antoinette» (2006).

L'actrice Kirsten Dunst incarnant une Marie-Antoinette charmante et volage dans le film de Sofia Coppola «Marie Antoinette» (2006). Image: AFP

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A la cour de Vienne, elle fut baptisée Maria-Antonia. A Versailles, elle devint Marie-Antoinette. Plus tard, dans de diffamants libelles, on la surnommera la «Toinon», l’«Autrichienne», l’«autre chienne», la «catin royale», la «fureur utérine» et l’on en passe. Dès le lendemain de sa décapitation, le 16 octobre 1793 à Paris, son destin qui fut fastueux et folichon, puis mémorablement tragique, ne cessera de magnétiser les imaginations. Selon une étude récente, elle serait le 25e personnage féminin préféré des biographes, sur une échelle où la Sainte Vierge est en 17e position.

Or depuis dix ans, la perception de la personnalité de l’épouse de Louis XVI prend un tour différent sous la plume d’historiens – d’historiennes surtout – qui s’intéressent à son identité féminine. A la psychologie de la femme aux abois qu’elle fut en une fin du XVIIIe siècle qui serait comparable à celle qui, plus tard, tourmentera une Lady Di, tuée accidentellement un certain 31 août 1997, à Paris.

Biographes multiples

Deux siècles plus tôt, Marie-Antoinette avait, elle, péri en public, sur une place de la même cité. Elle avait 38 ans quand elle fut conduite à l’échafaud, debout sur un tombereau, attifée en prisonnière, déjà blanchie aux cheveux – elle qui avait jadis su rehausser les splendeurs dorées de Versailles par son élégance et ses coiffures poudrées monumentales. Son premier et meilleur biographe, Stefan Zweig, avait déjà dépeint en 1932 son funeste destin comme celui d’une petite nigaude, ignorant qu’elle deviendrait reine, puis une traîtresse mise à mort par son peuple. Encore moins une future martyre sanctifiée. Bien plus tard, en 2002, la Française Chantal Thomas décrira Marie-Antoinette comme une individualité «fragmentée, traversant des destins opposés». Ses Adieux à la reine inspireront à Benoît Jacquot un film au titre éponyme où Diane Krüger incarne une souveraine grave et triste, consciente d’un malheur national qui s’approche et meurtrie par des amours personnelles inavouables.

«Une individualité fragmentée, traversant des destins opposés»

Plus rafraîchissante pour des jeunes spectateurs, peu soucieux des exactitudes de la grande Histoire mais qui raffolent de la petite, sera le film réalisé par la New-Yorkaise Sofia Coppola en 2006, d’après une bio récente de la Britannique Antonia Fraser: The Journey. Avec, dans le rôle-titre, une Kirsten Dunst trop biquette et désarmante d’insouciance, de folâtrerie, et captée dans un camaïeu rosâtre de falbalas et de friandises. Pécheresse peut-être, idiote selon la théorie de Zweig, elle devient une reine du kitsch, voire du pop et punk… Quel contraste avec la Marie-Antoinette traditionnelle, cruelle et méprisante qui, sous les traits d’une admirable Lise Delamare, apparut en 1936 dans La Marseillaise de Jean Renoir!

Avant-dernière enfant de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche, Maria-Antonia fut mariée trop jeune, en 1770, à un nouveau dauphin de France à peine plus âgé qu’elle. Le futur Louis XVI était un grand, gros et brave garçon timide et myope, plus féru de géographie et de serrurerie que de plaisirs conjugaux. Le jour où, malgré lui, il succéda à son grand-père Louis XV, il avait 20 ans, et sa Marie-Antoinette 19. Celle-ci s’en effara comme lui, quand bien même elle avait déjà réussi à charmer la cour, sans comprendre qu’elle devait bientôt s’y fourvoyer, et que ses innocentes sottises de jouvencelle attardée la conduiraient vers une mort infamante.

Charmer, s'égarer et mourir

Charmer, s’égarer et mourir aura été son très singulier destin. Ces trois verbes intitulent pertinemment un livre réussi de Christine Orban (lire ci-contre). Sorti récemment à l’instar de Juger la reine, d’Emmanuel de Waresquiel, il raconte cette fois «de l’intérieur» une «Toinon» mise à nu corporellement – rituels de l’étiquette – et sondée dans les tréfonds d’une âme restée naïve jusqu’au bout.» Le secret de la vie de Marie-Antoinette, écrit-elle, se trouve dans le rythme de ses pas, empressés de vivre, puis empressés de mourir. D’un pas alerte, elle va au bal, d’un pas alerte, elle grimpe à l’échafaud.» Sa démarche était d’écouter le personnage en confidente, car «sa voix résonne dans sa correspondance, dans ses silences, dans les mots effacés et retrouvés. Les lignes tracées de sa main sont comme des notes sur une partition de musique».

Le récit de Christine Orban est très élégamment écrit, les chapitres agencés en une mosaïque chatoyante. La narration peut quelquefois devenir irritante par un lyrisme exacerbé: l’improvisée confidente de la reine martyre parle un peu trop d’elle-même.

Créé: 10.10.2016, 20h00

On lui fit un simulacre de procès

Le 16 octobre 1793, la reine se laisse conduire vers l’échafaud «avec une fermeté incroyable», écrit Emmanuel de Waresquiel dans un récit qui décrit d’une manière circonstanciée les derniers jours de Marie-Antoinette. Incarcérée durant trois nuits à la Conciergerie, elle a dû confronter dans le même bâtiment des juges plus imbibés de haine que soucieux de la véracité des témoignages à charge contre elle. Et subir les huées d’un public tout aussi hostile. Elle fut, sans preuve aucune, accusée de comportements incestueux envers son propre fils.

Un procès «où tout est truqué», et où l’on s’évertue, s’indigne cet excellent historien de la Révolution (spécialiste aussi de la Restauration et de Talleyrand), à salir une mère, à humilier la femme. Et la femme en général: les fondateurs de la République ne furent pas des parangons du féminisme…

En se fondant sur des archives inédites, l’auteur décrit toutes les étapes de ce procès où chacun sait que la reine est condamnée d’avance. Il le met en lumière tel «un tournant de la Révolution et l’un des moments paroxystiques de la Terreur».

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