À 16 ans, il tue pour des prunes

Sale affaire - 1925Coup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du «bon vieux temps».

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Le 5 août 1924, à Lausanne, Henri Bezençon, 48 ans, agriculteur de son état, monte la garde dans son verger de Montétan, situé dans le triangle entre les routes d’Échallens et de Prilly. C’est qu’à plusieurs reprises des maraudeurs s’y sont introduits et ont rempli leurs poches de prunes. Bezençon espère les prendre en flagrant délit et les dissuader de revenir. Mal lui en prend. Vers 21h, trois jeunes gens franchissent le mur entourant le verger. S’attendant à tomber sur le paysan, l’un d’eux, Victor Bonard, 16 ans, s’est muni d’une canne-épée héritée de son père, qu’il a dégainée.

«À ce moment-là, Bezençon sortit des buissons et s’avança vers les malandrins. Bonard eût pu fuir ou chercher à fuir. Il n’en fit rien. Il se mit en garde, attendit Bezençon et, de pied ferme, lui planta l’épée dans la poitrine», narre la «Feuille d’Avis de Lausanne» dans son récit du crime. Quelques minutes plus tard, Bezençon expire, laissant une veuve et deux enfants.

Le procès de Bonard et de ses deux complices, Otto Meier, 17 ans, et Robert Johner, 21 ans, s’ouvre le 14 janvier 1925 devant le Tribunal criminel du district de Lausanne, qui siège avec jury dans les locaux trop exigus de l’ancien évêché, actuel Musée historique de Lausanne. «Bonard a reconnu qu’il était décidé, déjà lors de la discussion qu’il eut à 13h avec Meier, à «planter son épée dans le corps de Bezençon» si celui-ci le dérangeait dans leur entreprise», écrit ce jour-là la «Feuille». Le jeune homme est donc poursuivi pour homicide volontaire.

«À l’ouverture des portes, la foule s’engouffre dans les tribunes»

Le «crime de Montétan», comme on l’appelle alors, a défrayé la chronique après sa découverte et l’arrestation des trois crapules. Aussi, la «Feuille» répond aux attentes de ses lecteurs en livrant des pages entières de comptes rendus des audiences, qui durent quatre jours. Interrogatoires des accusés, défilé des témoins, plaidoiries, tout est retranscrit dans le détail.

«À l’ouverture des portes, la foule s’engouffre dans les tribunes», relate le chroniqueur judiciaire – anonyme – de la «Julie». Les spectateurs entendent Bonard répondre aux questions du président Fonjallaz:
– Vous êtes-vous rendu compte que vous pouviez, au moyen de votre arme, donner la mort?
– Non, je ne m’en suis pas rendu compte. Je ne croyais pas le tuer, ni lui faire du mal.
– Vous ne prétendez pas cependant nous faire croire que vous vouliez lui faire du bien (rires).

«Bonard est la victime de ses mauvaises lectures»

Le procureur Krafft «fait le procès des odieux romans que la jeunesse peut se procurer et qui risquent d’empoisonner à jamais l’esprit de nos enfants. Bonard est la victime de ses mauvaises lectures. Son rêve consistait à devenir un Apache!»

L’avocat de Bonard, Me Vollenweider, dit «ce que fut la triste enfance de son client. Le père de Bonard, brutal, violent, alcoolique par surcroît, se montrait à l’égard de son enfant d’une cruauté détestable, le battant parfois jusqu’au sang.»

Le samedi 17 janvier, le jury écarte l’homicide volontaire, pour ne retenir que les voies de fait. Bonard est condamné à 6 ans de réclusion, 5 ans de privation des droits civiques et à la moitié des frais, le solde étant mis à la charge de ses deux complices.

«Cette lamentable affaire est ainsi terminée. Puisse-t-elle servir de leçon à la jeunesse. Le jugement sera sans doute approuvé par tous ceux qui pensent que le crime ne saurait demeurer impuni», conclut la «Feuille».

Créé: 16.05.2019, 16h50

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Archives

Les archives de la «Feuille d’Avis de Lausanne» sont consultables sur scriptorium.bcu-lausanne.ch

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