L’abominable Maillard échappe à la guillotine

Sale affaireCoup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du «bon vieux temps».

Extrait de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du jeudi 10 février 1910. La peine de mort était alors en vigueur dans plusieurs cantons suisses.

Extrait de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du jeudi 10 février 1910. La peine de mort était alors en vigueur dans plusieurs cantons suisses. Image: FAL

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Cette fois, Theodor Mengis n’a pas dû sortir de son coffret la lourde lame de la guillotine. Il s’en est fallu de peu, mais l’abominable Jules Maillard, 33 ans, deux fois assassin de ses épouses, a sauvé sa peau. En 1902, le bourreau argovien avait tranché la tête du meurtrier Étienne Chatton. Huit ans plus tard, et malgré un contrat signé par le Conseil d’État fribourgeois, il n’aura pas celle du double uxoricide, pourtant condamné à la peine capitale le 9 février 1910. Pour une question de mathématiques: chargé de statuer sur le recours en grâce du maléfique, le Grand Conseil fribourgeois n’a pas réussi à déterminer au cours du vote si les bulletins blancs devaient ou non être comptabilisés. Or il fallait une majorité des deux tiers et, à une voix près, en comptant les bulletins blancs ou non, Maillard passait à la guillotine. Ou pas!

«Après une brève délibération, le Grand Conseil décide que, vu le doute existant au sujet de la validité des bulletins blancs […] la grâce devait être considérée comme accordée, rapporte la «Feuille d’Avis de Lausanne» le 20 août 1910. En conséquence, il est fait grâce à Maillard de la peine de mort et la sentence est commuée en celle des travaux forcés à perpétuité.»

«Il n’a versé aucun pleur sur les tombes de ses deux femmes»

Pourtant, la Cour d’assises de la Glâne, siégeant à Romont, n’avait trouvé aucune circonstance atténuante au fermier du Replan, une ferme isolée de Vuarmarens, à quelques kilomètres de Moudon. La «Feuille d’Avis» du 10 février rapportait les propos du procureur général du canton de Fribourg, François Philipona: «Maillard est ici comme un être énigmatique, comme un bloc de marbre, impassible. Il n’a versé aucun pleur sur les tombes de ses deux femmes.»

Le chroniqueur judiciaire anonyme de la «Feuille» fut impressionné par le réquisitoire de Philipona, face à un accusé qui nie en bloc malgré les preuves accumulées, accablantes: «Le procureur général, dans un élan pathétique, adjure Maillard d’avouer son double forfait, d’en demander pardon devant Dieu et devant les hommes.»

Le mobile? «Le matérialisme, la poursuite âpre du lucre, la luxure»

Mais Jules Maillard, brute insensible, continue de nier, malgré le pharmacien qui reconnaît lui avoir vendu de l’arsenic, malgré le résultat des autopsies prouvant l’empoisonnement des deux pauvres femmes, Mariette née Barbey, et Séverine née Berset, malgré les brutalités qu’il leur a fait subir durant leur mariage, malgré son absence totale d’empathie.

Le mobile? «Le matérialisme, la poursuite âpre du lucre, la luxure», , tonne Philipona. La tentative du criminel d’accuser sa servante et dernière conquête, Marie Demierre, 19 ans, n’a pas d’effet. Maillard escomptait sans doute bien l’épouser – elle n’aurait pas refusé. Mais si elle lui a avoué être l’empoisonneuse, comme il l’affirme, pourquoi ne pas l’avoir dénoncée avant d’être arrêté?

«Une foule de curieux dans laquelle dominait l'élément campagnard»

Ce fut un procès en tout point exceptionnel, comme le rapporte la «FAL», qui consacre des pages entières à l’événement: «Dès le matin, les abords de la salle étaient envahis par une foule de curieux dans laquelle dominait l’élément campagnard. Les portes enfin ouvertes, ce fut une véritable ruée. Les femmes, le visage en feu, les cheveux défaits, chapeaux enfoncés, vêtements déchirés, n’étaient pas les moins ardentes à la lutte.» Diable, une condamnation à mort, ça ne se manque pas… (24 heures)

Créé: 08.01.2019, 06h57

Articles en relation

La veuve infanticide écope du minimum

Sale affaire Coup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du «bon vieux temps». Plus...

Le domestique transi d’amour a abattu le frère de sa bien-aimée

Sale affaire Coup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du «bon vieux temps». Plus...

L’assassin veut regarder la guillotine bien en face

Sale affaire Coup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du «bon vieux temps». Plus...

Bataille rangée en Valais

Sale affaire Coup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du «bon vieux temps» Plus...

Histoire d’os dans la campagne zurichoise

Sale affaire Coup d’œil dans la chronique judiciaire du «bon vieux temps» Plus...

Archives

Les archives de la «Feuille d’Avis de Lausanne» sont consultables sur scriptorium.bcu-lausanne.ch

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.