Vos ancêtres les Vaudois se préoccupaient de leur mise

Histoire d'iciDes sociologues et des historiens racontent l'évolution de la mode en Suisse romande.

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1935

En automne de cette année-là, à Lausanne, la jupe-culotte fait son apparition dans les catalogues de mode féminine. On en trouvera une image en teinte sépia dans la 123e livraison de la Revue historique vaudoise , fondée en 1893. Cette dernière est une analyse plus générale et diversifiée des mœurs vestimentaires des Vaudois, et de leurs voisins romands ou français, depuis le Moyen Age. Elle a été conduite par une brochette de chercheurs universitaires, qui sont remontés jusqu’à la préhistoire de la chaussure (lire ci-contre) , se sont attardés sur la confection des chasubles, tuniques, étoles, et autres dalmatiques de la liturgie catholique du XIIe au XVIe siècle avant que notre contrée se ralliât à la Réforme. (Dans leur tissu sacerdotal très ouvragé se tissaient en filigrane d’or des «préférences idéologiques».)

On rappelle qu’au XVIIe Yverdon était une capitale petite mais active de la manufacture de la laine. Que tout près, à Neuchâtel, on fabriquait des «indiennes» en ornementant des toiles de coton venues d’Orient. Un chapitre est consacré au costume folklorique des Vaudois, bientôt confiné dans les campagnes ou dans les manifestations populaires. En ville, les citadins ont appris au fil des siècles à prendre soin de leur mise, en s’inspirant des modes évoluant chez leurs suzerains savoyards, puis bernois.

Chez les patriciens, et surtout les patriciennes, on suivait de près ce qui se cousait et se portait à Paris. C’est dire si s’habiller convenablement a été chez nous une convenance importante, caractéristique de civilités locales. A l’heure où l’Unesco désigne comme patrimoines universels de l’humanité non plus seulement des sites historiques ou paysagers (tel Lavaux, depuis 2007) mais aussi des trésors immatériels, les auteurs de la RHV confèrent à raison une valeur équivalente à l’évolution de l’habit. D’autant plus qu’elle continue.

Loin des carrefours

Dans sa préface, David Auberson, historien à l’UNIL, remarque que la Suisse romande est éloignée des carrefours de la haute couture (Londres, Milan, Paris), mais qu’elle n’en possède pas moins une longue tradition liée à la mode et au vêtement. A Lausanne, la maison de vente par correspondance Charles Veillon connut dès 1947 une prospérité à l’échelle européenne. Le couturier vaudois Robert Piguet (1898-1953) s’affirma en France comme un vrai «prince de la mode», habillant des célébrités et initiant à son art des jeunots appelés Hubert de Givenchy ou Christian Dior… «A l’exemple des temps anciens, où le vêtement était un marqueur symbolique d’une identité, l’actualité récente (…) démontre que se vêtir s’associe à un message aux dimensions multiples», note Auberson en citant les débats autour du port du voile intégral dans l’espace public.

Les auteurs truffent leurs études d’anecdotes amusantes. En 1916, dans la Gazette de Lausanne, le grand dramaturge morgien René Morax (1873-1963) s’indigna en ces termes d’un costume vaudois décrété officiel: «On nous a montré une robe toute noire, jupe noire, corsage noir, fichu blanc et tablier lilas. C’est un costume de deuil, ou de femmes âgées.» Un lustre plus tard, le vêtement féminin s’orientait «vers une plus grande simplicité et une mise en valeur des formes naturelles», en dénudant leurs jambes. Un choc dans l’histoire de la pudeur vestimentaire, mais que désinhibait la mode du charleston dans les bals musettes.

Dix ans plus tard, tout change. Une dissimulation des jambes est vivement indiquée, moins par pudibonderie que par un souci d’élégance. Cette fois, les mannequins qui déambulent dans les défilés dissimulent de nouveau leurs gambettes, et s’évertuent à s’amincir le plus possible. Mais sans plus avoir recours au corset à ressorts des aïeules du siècle passé, qui était un véritable instrument de torture. On lui préfère désormais la gaine, qui «répond au vœu de l’hygiène et modèle le corps sans le comprimer». La femme s’assouplit et se libère.

Elle ose même se parer de breloques à bon marché. «Ce n’est qu’après la Première Guerre mondiale, écrit Elizabeth Fischer, experte en design, que le terme de bijouterie fantaisie tel que nous le connaissons aujourd’hui va s’imposer.» Du coup, leurs fabricants ont cessé d’être méprisés comme des «faussetiers». Plus tard, c’est-à-dire au début du XXIe siècle, viendra ce qu’elle appelle l’ère du bling, où «se joue un nouvel acte dans l’association entre mode et bijou». Elle évoque bien sûr la vogue du tatouage et des piercings. (24 heures)

Créé: 09.01.2016, 09h02

Archéologie de la chaussure

En ce 123e tome de la Revue historique vaudoise, une dizaine de pages ont été rédigées par une éminente calcéologue, soit une archéologue spécialisée dans la chaussure ancienne. Marquita Volken est, avec son mari, Serge, la conservatrice d’un musée au Rôtillon où une collection de reproductions fidèles de souliers, mules, brodequins, sabots ou bottillons raconte 4000?ans d’histoire. De la Rome antique à l’époque préindustrielle en passant par le Moyen Age. Son chapitre est focalisé sur les chaussures anciennes trouvées en terre vaudoise. Dans les tombes de l’église Saint-Martin de Vevey ou dans un grenier de Bougy-Villars. Elles forment un corpus qui «illustre, écrit-elle, les grandes étapes de l’évolution de cet accessoire éminemment personnel, (…) une épopée qui va du chausson médiéval, fin et fragile, vers les nouveaux montages plus robustes qui donneront naissance au talon».

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