Bienvenue dans mon petit Etat de liberté!

UtopiesUn livre recense 400 micronations qui ont été fondées par d'audacieux rêveurs.

La principauté d'Arbézie a été fondée en 1863 par Ponthus Ier.

La principauté d'Arbézie a été fondée en 1863 par Ponthus Ier.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L’historien français Bruno Fuligni est un collectionneur singulier. Voilà vingt ans qu’avec une joyeuse gourmandise de polygraphe il épingle sur le planisphère une prolifération de petites nations qui, du Moyen Age à nos jours, se sont proclamées indépendantes. Il en rassemble 400 dans un livre pour en raconter le destin par fiches distinctes, statistiques folkloriques et idéalistes jusqu’au délire. Ce ne sont que royaumes fantômes, républiques de pacotille, dictatures d’opérette, «dominions de poche»… Au revers de cette mappemonde encartée dans son catalogue d’utopies pavoisent en couleurs charivariques autant d’armoiries qui les représentent. La plus ancienne de ces «patries» fut, au début du XVe siècle, un royaume des Canaries instauré par un Jehan de Béthencourt, natif de La Rochelle. Suivent en vrac – toutes chronologies confondues – un royaume de l’île de Pâques, créé en 1867 par un autre Français, Jean-Baptiste Onésime Dutrou-Bornier. En 1926, un banquier londonien rusé échappa au fisc en se faisant roi de Lundy, au large de la cité estuaire de Bristol. Un îlet de 4 km2, peuplé de 20 habitants. Il y battit de la monnaie et, après sa mort, en 1954, son fils le revendit avantageusement à la couronne britannique. Aujourd’hui, à Lundy, on ne dénombre plus que dix sujets. Ils sont exemptés d’impôts!

Non loin de là se trouve le chapelet des Minquiers, qui dépendent de Jersey. Le 13 mai 1984, l’auteur français Jean Raspail y débarqua pour y faire flotter le pavillon du royaume de Patagonie, créé en 1860 en Argentine par le Périgourdin Antoine de Tounens, dont il fut le biographe. Ce coup d’éclat médiatique était une réponse sarcastique à la reconquête deux ans plus tôt des Malouines par le Royaume-Uni.

Tout aussi infructueuses, d’autres velléités d’indépendance ont été observées par Fuligni en Amérique du Sud, ou dans la mer de Corail, au nord-est de l’Australie. Sur l’îlot de Cato, la communauté des gays et lesbiennes de ce pays qui refusa, en 2004, de légaliser le mariage homosexuel y planta son drapeau arc-en-ciel. Au nom d’une liberté sexuelle, celle aussi de «rêver». On rêvait aussi d’indépendance à Montmartre dans les années 1860, «un ancien village absorbé par la ville». C’est à l’instigation de Rodolphe de Salis, le propriétaire du fameux bistrot Le Chat Noir, que les habitants de la butte eurent l’illusion, durant quelques semaines, d’être citoyens d’une république autonome.

Espoir d’une vie libre et heureuse

Un peu plus tard, en province française, une zone rurale ayant une même prétention parviendra peu ou prou à mieux s’imposer. Située dans le département du Doubs, limitrophe de la Suisse, la République libre du Saugeais est née en 1947, se composant de onze communes, dont Montbenoît, son chef-lieu. Jusqu’en 2008, elle a été régentée par une présidente qui accordait à son gré un permis de circuler aux visiteurs. On y émet encore des timbres. Elle a même un hymne «national» en patois. Dès qu’elle se pimente d’ironie, toute fantaisie idéaliste devient réalisable.

«Sans doute, conclut Fuligni, qu’il y a des plaisantins et quelques escrocs aussi pour imprimer passeports et billets de banque à leur sceau, mais le vrai mobile est plus intime et plus fort. C’est l’éternel espoir d’une vie libre et heureuse qui renaît à travers ces micronations.»

Créé: 11.07.2016, 07h57

Une principauté franco-suisse

Entre la commune vaudoise de Saint-Cergue et le plateau des Rousses, en France, se love un triangle de 15 ares qui se déclare encore la «plus petite principauté du monde». En 1862, le contrebandier Ponthus profita d’un litige frontalier entre l’empire de Napoléon III et la Confédération pour édifier, dans ce qui était alors un no man’s land forestier, et au défi des douaniers, un bâtiment binational. Une plate-forme de trafics douteux. Son «magasin» fut transformé en hôtel en 1921, puis en haut lieu de la Résistance par une famille Arbez, dont l’un des membres se proclama en 1944 Max Ier, prince d’Arbézie. Ce toponyme lui avait été soufflé par l’homme d’Etat français Edgar Faure (1908-1988), maire du bourg voisin de Saint-Claude. Aujourd’hui, on y mange, on y boit, à l’enseigne d’un Restaurant Franco-Suisse. On peut aussi y loger dans une chambre où, sans faire lit à part, deux amants dorment l’un en Helvétie, l’autre en Franche-Comté…

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 21 août 2019
(Image: Bénédicte ) Plus...