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Le couronnement, raison d’être de la Fête

En 1797, la mise à l’honneur des meilleurs travailleurs de la vigne donne naissance aux festivités.

Dessin du Lausannois Théophile-Alexandre Steinlen pour le dépliant de la Fête des Vignerons de 1833, avec le corps des Anciens Suisses et, sous l'arceau, les vignerons couronnés.
Dessin du Lausannois Théophile-Alexandre Steinlen pour le dépliant de la Fête des Vignerons de 1833, avec le corps des Anciens Suisses et, sous l'arceau, les vignerons couronnés.
ARCHIVES DE LA CONFRÉRIE DES VIGNERONS
La troupe d'honneur de la Fête de 1951, avec les fifres et tambours, une fanfare, les Anciens Suisses, des vignerons, l'abbé et son conseil et les vignerons couronnés sous l'arceau, avant les membres de la Confrérie des Vignerons.
La troupe d'honneur de la Fête de 1951, avec les fifres et tambours, une fanfare, les Anciens Suisses, des vignerons, l'abbé et son conseil et les vignerons couronnés sous l'arceau, avant les membres de la Confrérie des Vignerons.
ARCHIVES DE LA CONFRÉRIE DES VIGNERONS
Le 29 juillet 1999, l'abbé-président Marc-Henri Chaudet couronne Arlevin (le comédien Laurent Sandoz) sous l'œil amusé des vrais rois, Jean-François Franceschini, Gaston Butty, Jean-Daniel Crausaz, Raymond Favez et Salvatore Lecci.
Le 29 juillet 1999, l'abbé-président Marc-Henri Chaudet couronne Arlevin (le comédien Laurent Sandoz) sous l'œil amusé des vrais rois, Jean-François Franceschini, Gaston Butty, Jean-Daniel Crausaz, Raymond Favez et Salvatore Lecci.
PATRICK MARTIN
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À moins de deux semaines du début de la Fête des Vignerons 2019, la cérémonie du couronnement des vignerons-tâcherons est au centre de toutes les préoccupations à Vevey. Ce moment clé de la manifestation, fixé au 18 juillet, a tout d’abord été repoussé de 7 heures du matin à 11 heures, et ensuite à 19 heures, dans l’espoir de parvenir à remplir les gradins. Puis une vente à prix cassés d’un nombre limité de billets de ce qui sera la première représentation du spectacle est venue échauffer les esprits de ceux qui ont payé plein pot et ont vu les tickets soldés à 30% du prix de départ.

«Le couronnement des vignerons-­tâcherons est une cérémonie solennelle à l’intérieur du spectacle de la Fête des Vignerons», relève Sabine Carruzzo-Frey, secrétaire générale et archiviste de la Confrérie des Vignerons de Vevey. On peut même dire que le couronnement, c’est la raison d’être, l’alpha et l’oméga de la Fête. Et la Fête des Vignerons est née lorsqu’une simple remise de récompenses est devenue un événement public, en 1797.

D’assemblée générale en spectacle

Cette année-là, le médecin et érudit Louis Levade (1748-1839) est élu Seigneur abbé d’une Louable Société d’Agriculture de Vevey (la future Confrérie des Vignerons) largement renouvelée. Ces hommes nouveaux décident de remanier l’événement. Jusque-là, il consistait en une assemblée générale, où l’on commentait et critiquait le travail des vignerons, suivie d’une parade à travers la ville, et enfin du banquet de l’Abbaye. Ils vont en faire un spectacle.

Membre fondateur de la Société des sciences physiques de Lausanne en 1783, Levade est un homme des Lumières, qui publiera en 1824 le premier «Dictionnaire géographique, statistique et historique du canton de Vaud». Féru de sciences naturelles, il souhaite, dans le sillon de la Société économique de Berne, contribuer à l’amélioration des cultures, donc à l’augmentation de la productivité et du rendement financier pour les propriétaires terriens.

Le sens du marketing

Levade semble en outre doté d’un bon sens de ce que l’on appellerait de nos jours le marketing. Pour encourager à l’assiduité les vignerons-tâcherons veveysans travaillant pour le compte d’un propriétaire, on ne se contentera plus de blâmer les négligents, mais on va honorer publiquement les plus méritants d’entre eux, couronner les deux meilleurs avant de les faire défiler en tête de la procession. À cette fin, une estrade est montée sur la place du Marché de Vevey, histoire que le public puisse assister au rituel dans de bonnes conditions.

On décide de l’organiser le 9 août 1797, «époque de la pleine Lune pour favoriser la marche des étrangers (ndlr: autrement dit les Lausannois, Vaudois des autres régions et confédérés des cantons voisins…).» Car les spectateurs, c’est bien naturel pour l’époque, se rendent à pied ou en char attelé à Vevey, où la cérémonie débute à 7 heures du matin! Et le public devra délier sa bourse afin de voir les vignerons récompensés pour l’excellence de leur travail.

«Il n’est point en Europe de fête périodique plus intéressante»

Louis Levade n’y va pas par quatre chemins dans son discours prononcé lors du couronnement de 1797: «Il n’est point en Europe de fête périodique plus intéressante que celle que nous allons célébrer.» Il ne manque pas non plus de saluer «la paix dont nous avons joui jusqu’à présent par la prudence, & la tendre sollicitude de notre Gracieux Souverain». Il veut bien entendu parler de Leurs Excellences de Berne et de leur bailli, car le Pays de Vaud est encore – pour quelques mois, mais cela personne ne peut le deviner – sous la férule bernoise. Une autorité qui veille à ce que les festivités en terre vaudoise se déroulent sans dépenses excessives pour des banquets et autres futiles activités.

«Car pendant que nos voisins voyoient (sic!) leurs vignes arrachées, leurs champs couverts de sang & de carnage, leurs maisons pillées & brûlées, nous mangions tranquillement notre pain à l’ombre de nos arbres couverts de fleurs & de fruits, nous vendangions & pressions nos raisins en paix», déclare Levade devant l’assemblée. C’est qu’en ce mois d’août 1797 l’Europe sort à peine de cinq ans de guerre entre la France révolutionnaire et une coalition regroupant à peu près tout ce que le continent compte de têtes couronnées. L’Abbé veveysan fait également une allusion à la paix qu’ont conclue Bonaparte et l’Autriche en avril – qui n’empêchera pas le déclenchement de la guerre de la deuxième coalition l’année suivante.

Une fête célébrée «avec toute la pompe & la décence qui lui convient»

Mais dans les terres en paix, l’époque est à la célébration de la nature et aux Festspiele théâtraux. À Vevey, «dans le calme et le respect dû aux autorités», on imagine une mise en scène toute nouvelle autour de la célébration des vignerons méritants. Bacchus et Cérès, ces «faux dieux» du vin, de l’agriculture, des moissons et de la fécondité, étaient déjà présents dans les parades de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Ils sont rejoints par la «prêtresse» Palès, déesse des bergers. Autour des quatre saisons, faucheurs, faneuses, moissonneurs et glaneuses, jeunes filles portant des corbeilles, vendangeurs, tonneliers et vignerons vont célébrer «avec toute la pompe & la décence qui lui convient», cette fête qui ne s’appellera désormais plus autrement que «des Vignerons».

Et pour la première fois les deux meilleurs vignerons, Abraham Descloux et Jean-Daniel Blanchoud, sont couronnés de houx. «Les cérémonies ont évolué au fil du temps, remarque Sabine Carruzzo-Frey. Autrefois, les vignerons passaient sous un arc de triomphe, maintenant ils sont sur une scène. Ils ont été couronnés de lauriers, ils le sont maintenant de métal. Mais le principe demeure: les mettre en avant afin qu’ils recueillent les acclamations du public, les sortir de l’anonymat de leurs parchets pour les placer sur le devant de la scène.»

Cependant, le couronnement est parfois intégré de manière différente à la Fête. En 1999, François Rochaix avait conçu un spectacle spécifique, solennel et indépendant pour le couronnement, qui n’a eu lieu qu’une fois, le 29 juillet. En 2019, le couronnement aura lieu le 18 juillet, aux deux tiers de la première représentation. La réalité rattrapant le spectacle, 74 vignerons-tâcherons seront appelés nominativement et recevront une médaille de bronze, d’argent ou d’or. Les médaillés d’or seront coiffés d’une couronne.

La liste des récompensés est jusque-là le secret le mieux gardé du canton de Vaud, à tel point que les couronnes seront adaptées au tour de tête de leur impétrant plus tard. Médaillés et couronnés seront également salués, mais collectivement, dans les autres représentations.

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