Deux aviateurs se crashent au 1er meeting de Lausanne

Histoire d'ici - 1911Les aéroplanes de Taddéoli et Wyss se sont écrasés sous les yeux des spectateurs: les as s’en tirent sans mal.

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En ce long week-end de Pentecôte 1911, Lausanne a la fièvre, comme l’écrit sa Feuille d’Avis: «Au marché, dans les rues, sur les tramways, on ne parlait qu’aviation, aéroplanes, moteurs, benzine, conquête de l’air.» Responsables de cette poussée de température: les 1res Journées lausannoises d’aviation, sur la place d’armes des Plaines-du-Loup convertie en aérodrome.

On y accourt en foule de la capitale vaudoise et de tout le canton mais aussi, note la Feuille, «de tous les cantons voisins, de Savoie et même de la Suisse allemande». Du côté de la ferme de la Blécherette, où se trouvent les places «de luxe», les chronométreurs, la tente de la presse, une cantine, la fanfare et les services sanitaires et de secours, «toute l’élégance lausannoise s’est donné rendez-vous».

Cinq pilotes et leurs appareils sont au centre de l’attention: le Français Frank Barra (1886-1922), sur son biplan Farman, son compatriote Emile Duval (1886-1956) et son biplan Caudron, les Suisses Ernest Failloubaz (1892-1919), qui pilote un biplan Dufaux, Paul Wyss (1885-1958), sur un monoplan Blériot, et Emile Taddéoli (1879-1920), qui embarque dans un monoplan Morane.

Ce dernier a été, quelques jours plus tôt, le premier aviateur à survoler Lausanne, au terme d’un vol de 55 minutes, extraordinaire pour l’époque, l’amenant de Viry, en Haute-Savoie, près de Genève, à la Blécherette. Wyss, lui, lors d’une sortie d’entraînement, est allé mettre en émoi la population de la Cité en effectuant un audacieux virage autour de la flèche de la cathédrale.

«Comme des libellules d’or jouant légères et capricieuses»

Samedi et dimanche, selon l’enthousiaste reporter de la Feuille d’Avis, «les gracieux appareils apparaissent sur l’azur du ciel comme des libellules d’or jouant légères et capricieuses». Les pilotes ravissent les 30'000 spectateurs quotidiens – dont 10'000 payants environ – par leurs vols intrépides. Les choses se gâtent le lundi. Vers 15 h 30, le meeting a débuté depuis une demi-heure à peine lorsque Wyss décolle, «et décrit dans l’air des évolutions dont la hardiesse enthousiasme les spectateurs. Soudain, on le vit descendre avec rapidité. Un cri d’effroi se fait entendre dans l’immense foule.»

Le Blériot semble vouloir s’écraser sur le public, mais son pilote réussit une ultime manœuvre et l’avion capote sur le terrain: «Les deux ailes se relèvent violemment et se referment sur le pilote, que tout le monde croit sérieusement blessé, sinon perdu. De toutes parts, on se précipite.» Mais le Genevois se dégage de l’épave, indemne, et salue. Il est ovationné.

Taddéoli tombe en chute libre

Le meeting se poursuit. Peu après 17 h, alors que Duval est dans les airs, Taddéoli décolle à son tour. Mais son appareil semble osciller, avant de tomber en chute libre et «disparaître derrière le bois qui couronne la propriété du Désert».

On se précipite dans cette direction, que prend également un peloton de dragons au galop, alors que l’ambulance automobile Addor et Margot file du côté de la caserne. «Les uns prétendent que l’audacieux pilote est tombé d’une hauteur de 1500 mètres; d’autres de 800. Il est infailliblement perdu.»

Le téléphone installé près des commissaires sportifs sonne: «Taddéoli est sain et sauf», s’écrie le Dr Charles Krafft, président de la Société de développement de Lausanne. Et quelques minutes plus tard, la foule soulagée aperçoit dans une automobile le maillot rouge du pilote.

Couché sur son aile

Taddéoli s’est crashé près de Malley. Il y a été récupéré par Gustave Borgeaud, de Genève, qui passait par là en voiture. «Ce fut terrible, raconte celui-ci. L’aéroplane nous a semblé faire deux ou trois fois un tour sur lui-même, puis s’abattre brusquement. Nous ne nous attendions à trouver qu’un cadavre affreusement mutilé.»

«J’ai cru ma dernière heure venue; j’ai vu, je vous l’assure, la mort de très près. (…) Heureusement que les pierres ne sont pas dures dans le canton de Vaud»

Légèrement blessé à la tête mais «fortement ému», l’aviateur genevois d’origine tessinoise raconte qu’il s’est retrouvé presque couché sur l’aile droite: «J’ai cru ma dernière heure venue; j’ai vu, je vous l’assure, la mort de très près. (…) Heureusement que les pierres ne sont pas dures dans le canton de Vaud.» Puis, prenant lui-même le volant, il effectue un tour de piste triomphal, sous les acclamations de la foule.

Après toutes ces émotions, le comité se demande s’il faut mettre un terme à ces Journées. Failloubaz, Duval et Barra ne veulent pas en entendre parler et offrent encore une heure de grand spectacle, sans accroc. Les cinq «faucheurs de marguerites» sont fêtés durant le banquet qui clôture l’extraordinaire manifestation. Une souscription est ouverte dans le bureau de la Feuille d’Avis de Lausanne afin de couvrir les frais de réparation des appareils de Wyss et Taddéoli (dont le Morane est pratiquement détruit).

«Taddé», brevet de pilote suisse No 2, trouvera la mort en 1920, à 41 ans, au meeting de Romanshorn (TG) avec son mécanicien Yvo Giovanelli, 23 ans: lors d’une acrobatie en hydravion, son hélice casse et l’appareil chute de 700 mètres dans le lac de Constance. Paul Wyss, brevet No 4, a plus de chance. Pilote, instructeur et technicien conseil pendant près de quarante ans, il meurt à Genève dans sa 72e année, en 1958. (24 heures)

Créé: 07.10.2017, 08h57

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