Ferdinand Hodler éreinte la Fête des Vignerons

Histoire d'ici Une planche dessinée par lui paraît, en 1889, dans le «Papillon», journal comique genevois.

La page telle que dessinée par Hodler et parue dans ‹Le Papillon›

La page telle que dessinée par Hodler et parue dans ‹Le Papillon›

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La planche est peu connue. Elle a paru, cette année-là, le 21 août dans «Le Papillon», journal comique genevois. Intitulée «Autour de l’estrade», elle est sous-titrée «Le côté tragique de la fête des vignerons» (sic). Et il est précisé: «Croquis instantanés, par F. Hodler». Le peintre a alors 36 ans et n’a pas encore atteint la gloire que lui vaudront ses œuvres symbolistes. Sa fameuse «Nuit» ne sera remarquée par Pierre Puvis de Chavannes, à Paris, que deux ans plus tard.

On ne sait presque rien de cette unique contribution au «Papillon». C’est une planche de bande dessinée sans bulles mais avec récitatifs sous les images, comme cela se pratiquait beaucoup à l’époque. Et ça raconte les déboires d’un Genevois peu fortuné tenté par la Fête de 1889. Il se demande quoi mettre au clou pour se payer un billet. Il y a la nuit dans une salle d’attente, le fait que sans logement pas de billet. Donc les curieux et fauchés de grimper aux arbres pour tenter d’apercevoir quelque chose du spectacle… jusqu’au train des refusés. Le ton est vif, proche de la satire, et le trait, formidablement vivant, digne de son talent.

Derib, qui prépare une bande dessinée sur Ferdinand Hodler (à paraître en fin d’année), ne connaît pas ce reportage dessiné à Vevey. «Hodler, Biéler et mon père (ndlr: François de Ribaupierre), précise-t-il néanmoins, avaient un traitement graphique qui se rapproche de la BD avec ce contour noir qui cerne les choses. Si la BD avait été plus connue de leur temps, ils en auraient sûrement fait. Les trois qui se suivent en génération savaient particulièrement bien dessiner, condition sine qua non à l’époque pour faire de la peinture. Ce qui n’est plus forcément le cas aujourd’hui. On dit d’ailleurs de nous, les bédéastes, que nous sommes les derniers grands dessinateurs.»

Une anticipation du «Rire» parisien

Gabriel Umstätter, chercheur et commissaire d’exposition indépendant, écrit dans «Töpffer & Cie, la bande dessinée à Genève 1977-2016»: «En 1889, sans interrompre ses activités parisiennes, Viollier (ndlr: Auguste (1854-1908), artiste, caricaturiste, publiciste et affichiste genevois) fonde à Genève un nouveau bimensuel illustré, «Le Papillon», qui anticipe sur bien des points la formule du «Rire» parisien, mais sans gauloiserie car il se veut un journal lisible par toute la famille.» La formule, qui mêle chroniques, histoires drôles en textes ou en images, dessins d’humour et bandes dessinées très souvent muettes, rencontre un grand succès. Les premières BD sont de Viollier et de Döes, mais aussi de grands auteurs paraissant dans des revues étrangères, comme Jean Quidam ou Benjamin Rabier (futur auteur des aventures du canard Gédéon) de « La Caricature» , Adolf Oberländer des «Fliegende Blätter» de Munich, ou Chip ou F. M. Howarth de l’hebdomadaire américain «Puck». Il précise aussi que la collaboration de Ferdinand Hodler est restée unique.

Le premier numéro du «Papillon» paraît le 1er mai 1889. L’abonnement au quinzomadaire du mercredi coûte 5 francs. Il vivra jusqu’en 1919. Voici ce qu’en dit de lui le vénérable «Journal de Genève» du 23 novembre 1890: «Ce charmant journal dans lequel plusieurs de nos meilleurs artistes trouvent de l’occupation et en même temps l’occasion de donner essor à leur verve du meilleur aloi.»

Ferdinand Hodler, huit ans plus tôt, participe à l’exécution du «Panorama des Verrières» sous la houlette d’Edouard Castres. Conçu pour le diorama de Genève, à deux pas de la place du Cirque, il est toujours visible mais à Lucerne, où il a très vite déménagé. Castres et Hodler ont eu pour maître Barthélemy Menn (1815-1893). C’est avec lui qu’ils ont appris à dessiner, à donner du caractère à une silhouette. Les dessins de Hodler du «Papillon» ont été repris dans «L’art en Suisse», paru au bout du lac en 1927, à l’occasion de la 8e Fête des Vignerons. Curieusement, la planche a été scindée en deux et l’ordre des cases perturbé.

Le récit de Philippe Dubouillu

Revenons à ce numéro du «Papillon» du 21 août 1889. En deuxième page, une longue lettre d’un certain Philippe Dubouillu égratigne aussi la fête veveysanne. Il raconte avoir quitté Genève à 1 h 30 du matin sur un bateau bondé.

À Vevey, il s’enquiert d’un billet, mais il n’y en a plus. Comment dès lors voir la sœur de Jacques, son ami, qui appartient à la suite de la déesse Palès? S’ensuit une histoire abracadabrantesque: il partage une entrée à 20 francs avec quelqu’un qui comme lui n’en possède que la moitié et se fait mener en bateau par plus malin que lui. Et le pauvre perdra sa mise sans avoir rien vu.

Rappelons enfin que cette année-là les places se vendaient entre 2 et 40 francs. L’arène contenait 12 000 places et les cinq représentations furent suivies d’un cortège. Il en avait été prévu quatre: les 5, 6, 8 et 9 août. Mais le succès fut tel qu’une supplémentaire eut lieu le 10. On ignore si les spécialistes du temps et des lunaisons qui avaient aidé à fixer les dates furent consultés pour la dernière. (24 heures)

Créé: 03.06.2018, 08h00

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