Il fut le Goethe bâlois des maths

Histoire d'iciLe sourire de Leonhard Euler se profila jusqu'en 1995 sur nos billets de 10 fr. On inventorie toutes ses oeuvres.

Leonhard Euler (1707-1783) est considéré comme le mathématicien le plus prolifique de tous les temps.

Leonhard Euler (1707-1783) est considéré comme le mathématicien le plus prolifique de tous les temps. Image: AFP

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1783

A la fin de septembre de cette année-là, sous le règne du tsar Paul Ier, on inhume au cimetière luthérien de Saint-Péters-bourg, en l’île de Vassilievski, un mathématicien bâlois qui vient de mourir à 76 ans d’une hémorragie cérébrale. Leonhard Euler a été un des premiers découvreurs du calcul infinitésimal et de la théorie dite des graphes. Il forgea aussi un grimoire hérissé de formules algébriques, de lettres grecques, de symboles graphiques qui exaspéreront les cancres. Mais serviront d’outils à tous ceux qui aiment l’arithmétique, la trigonométrie, etc. Pour tout Helvète qui avait l’âge de raison il y a 5 lustres, Euler était cet homme enturbanné figurant sur les billets rosâtres de nos 10 francs en cours de 1976 à 1995.

Il a été plus qu’une effigie emblématique de notre savoir-faire scientifique national. Tous les savants du monde le tiennent encore pour un prodige prolifique et pluridisciplinaire: opticien, astronome, il contribua aussi à l’amélioration des turbines. Il fut même un médecin avisé dans la marine militaire… Avec ça, il récitait par cœur, et en latin, tout l’Enéide de Virgile, et sa plume était effectivement intarissable: en 1775, il produisit un document scientifique par semaine!

Après des décennies d’investigations, la publication complète de ses travaux, riche de 75 volumes, touche à sa fin, grâce à une Académie des sciences naturelles, qui les édite, et à Martin Mattmüller, son commissaire le plus motivé, qui proclame: «La Suisse n’a eu ni un Goethe ni un Mozart, mais Euler.» L’aventure éditoriale aura été longue et épineuse, pour des raisons financières, mais aussi diplomatiques: une grande partie des manuscrits d’Euler étant conservée à Saint-Pétersbourg, l’URSS, puis la Russie ont rechigné à les céder aux universitaires suisses. Le savant ayant choisi de finir ses jours parmi les Russes (il parlait leur langue parfaitement), ces derniers le considèrent comme un des leurs.

Antipathie réciproque

Il naît donc à Bâle, le 15 avril 1707, d’un père pasteur, d’une mère elle aussi d’éducation protestante. Les Euler sont très liés à la famille Bernouilli, dont le plus illustre représentant, Jean, est considéré dans toute l’Europe comme le patriarche des sciences. Quand, à 16 ans, le jeune Leonhard obtient sa maîtrise de philosophie à l’Université de leur ville, tout en étudiant le grec, l’hébreu et la théologie, c’est grâce aux Bernouilli qu’il poursuivra un cursus exceptionnel.

C’est avec leur appui, qu’il peut débarquer à Saint-Pétersbourg un 17 mai 1727. Il y devient d’abord conseiller médical à l’Académie impériale des sciences, fondée quatre ans plus tôt par Pierre le Grand. En 1731, il enseigne la physique, et, 4 ans après, le voilà à la tête de tout un important département de mathématiques. Très attaché à la nouvelle capitale russe, il la quitte en 1741 pour occuper un poste à l’Académie de Berlin, qui lui est offert par le roi de Prusse. Il doit courtiser Frédéric II durant 25 ans, jusqu’à ce qu’une antipathie réciproque l’en détache.

Il retourne en Russie en 1766, y achète une villa au bord de la Neva, pour y vivre avec une première épouse, Katharina Gsell, fille de peintre, dont il aura 13 enfants. Devenu veuf, il épousera sa belle-sœur Abigail Gsell. En vieillissant il perdit progressivement la vue, mais il parvenait à surmonter ce handicap par sa mémoire et le calcul mental.

Créé: 20.08.2016, 16h13

Un savant éclairé aux croyances très religieuses

Défiant la volonté de son père, Paul Euler, qui espérait le voir devenir comme lui un pasteur des Eglises réformées, Leonhard Euler opta donc pour les sciences exactes. Et au Siècle des Lumières, le rationnel fut, comme on sait, chez certains penseurs les prémices de l’agnosticisme. Mais, pour Euler, qui l’avait inventé, le calcul infinitésimal impliquait l’infini, donc Dieu, en lequel il conserva toujours une foi vibrante et absolue.

Il avait en aversion de nouvelles doctrines de son époque, parmi lesquelles la monadologie de son lointain prédécesseur le philosophe Gottfried Leibniz, quand bien même le métaphysicien de Hanovre était aussi un croyant. Il se montra plus intransigeant envers l’athéisme de ses contemporains, notamment de Denis Diderot, qui était en visite à la cour de la tsarine Catherine II de 1773 à 1774. L’impératrice demanda au vieux Bâlois de convaincre en public l’immense encyclopédiste français.

Leonhard Euler n’usa point de mots ou de tournures poétiques pour démontrer l’existence de Dieu, mais d’une équation mathématique: «Monsieur, (a+bn)/n=x; donc Dieu existe, répondez!»

La légende voudrait que l’auteur de Jacques le Fataliste en eût le cœur troublé, au point de refuser de prolonger son séjour en Russie…

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