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Le haut Moyen Âge romand s’épanouit au Palais de Rumine

À Lausanne, une exposition permet de faire plus ample connaissance avec la période charnière située entre la fin de l’empire romain et l’an 1000, à l’histoire longtemps négligée.

Cocommissaires de l’exposition avec le directeur du MCAH Lionel Pernet, Carine Raemy Tournelle et Sabine Utz admirent le précieux coffret reliquaire de Teudéric, recouvert d'or et orné de grenats, datant de la première moitié du VIIe siècle. Un objet exceptionnel, qui sort pour la troisième fois seulement du Trésor de l’abbaye de Saint-Maurice.
Cocommissaires de l’exposition avec le directeur du MCAH Lionel Pernet, Carine Raemy Tournelle et Sabine Utz admirent le précieux coffret reliquaire de Teudéric, recouvert d'or et orné de grenats, datant de la première moitié du VIIe siècle. Un objet exceptionnel, qui sort pour la troisième fois seulement du Trésor de l’abbaye de Saint-Maurice.
ODILE MEYLAN

L’ouverture du Musée cantonal des beaux-arts près de la gare de Lausanne fait le bonheur de son homologue en matière d’archéologie et d’histoire (le MCAH). Dans les locaux du Palais de Rumine désertés par les artistes – le plasticien chinois Ai Weiwei a fait la clôture début 2018 –, après l’exposition collective «Cosmos» en 2018-2019, historiens et archéologues se réjouissent d’occuper, en ce début d’année, l’ensemble de l’espace à leur disposition à l’occasion de l’exposition «Aux sources du Moyen Âge». Et c’est tant mieux, car le propos est vaste, la matière passionnante, les pièces magnifiques, provenant pour l’essentiel de fouilles archéologiques réalisées en Suisse romande.

«Pour la plupart, les objets exposés sortent des réserves du Musée cantonal d’archéologie et d’histoire», se réjouit Sabine Utz, conservatrice en chef et cocommissaire de l’exposition avec Carine Raemy Tournelle et Lionel Pernet. Dans les vitrines de Rumine, ces artefacts sont rejoints par des pièces importantes prêtées par d’autres musées romands.

Du plus commun au plus précieux

«C’est exceptionnel de voir tous ces objets rassemblés, poursuit Sabine Utz, d’être confronté à un mélange qui va des petits outils du quotidien, comme un cure-oreille, jusqu’aux pièces les plus prestigieuses, tel le précieux coffret à reliques de Teudéric, conservé à l’abbaye de Saint-Maurice, qui date de la première moitié du VIIe siècle.» Un objet recouvert de feuilles d’or, si précieux qu’il ne s’agit que de sa troisième excursion hors du trésor agaunois!

Mais, d’abord, le haut Moyen Âge, c’est quoi? On parle d’une période qui se situe grosso modo entre l’an 350 de notre ère, soit la fin de l’Antiquité romaine, et l’an 1000, considéré comme le début du Moyen Âge. Une époque trop souvent réputée obscure et agitée, durant laquelle des bandes de prétendus barbares, Alamans, Vandales, Ostrogoths et Wisigoths sans foi ni loi, ont mis à sac l’Occident.

«Même le Röstigraben remonte à cette époque!»

La réalité est un peu plus complexe que cela, confirme Sabine Utz. «Cette période, qui est celle de l’expansion du christianisme, permet de poser de nombreux éléments qui forment les bases de l’histoire et de la culture de notre époque. De nombreux villages de nos contrées reçoivent leur nom, la nouvelle géographie de l’Église détermine la géographie des villes, la répartition des petits villages, identifiés par les découvertes archéologiques, montre la répartition du territoire exploité. C’est aussi le temps de la mise en place des paroisses, qui ont traversé le temps, et l’installation du christianisme a un impact fort sur les modes de vie et de pensée dans nos régions, entre Alpes et Jura. Même le Röstigraben remonte à cette époque, qui est celle de l’installation en région lémanique des Burgondes, qui adoptent le latin, et, à l’est de la future Suisse, des Alamans, qui conservent leur langue germanique.»

La scénographie propose une plongée dans l’époque en suivant un plan qui ressemble à celui d’une église: narthex, puis nef, avant d’arriver dans le chœur. Une idée en phase avec l’époque. L’exposition elle-même est divisée en huit parties, comme autant de chapelles dédiées, chacune, à un aspect de la vie quotidienne de nos ancêtres du haut Moyen Âge.

On y découvre ainsi que les prétendus barbares entretenaient des relations commerciales avec des contrées éloignées: des perles de verre datant du VIe siècle trouvées à La Tour-de-Peilz proviennent du sud de l’Inde, des perles d’ambre découvertes à Yverdon sont originaires de la Baltique. Leur utilisation dans des parures créées par des artisans locaux démontre la finesse de techniques telles que le damasquinage à l’argent ou le moulage à la cire perdue, alors que les monnaies prouvent que les souverains de l’époque se libèrent de la tutelle impériale romaine.

Une époque longtemps déconsidérée

Dans la «chapelle» Peuples et migrations, l’impressionnant crâne déformé de la «Dame de Dully» témoigne d’une coutume consistant à bander la tête des bébés pour lui donner une forme plus allongée. «Une trentaine de ces crânes ont été retrouvés entre Alpes et Jura», précise Carine Raemy Tournelle, cocommissaire de l’exposition et conservatrice au MCAH. Une pratique, abandonnée dans la région, qui pourrait avoir été une volonté esthétique, ou un signe de reconnaissance, d’appartenance à une tribu. Peut-être dans une peuplade emmenée en esclavage à l’époque de l’installation des Burgondes en région lémanique.

Décidément, cette région de la «Burgondie franque», qui voit apparaître vers le VIIesiècle la notion d’un pagus valdensis, d’un «pays vaudois», et ses habitants, ancêtres prétendument barbares des Vaudois, méritent bien qu’on s’y intéresse de plus près, histoire de réviser quelques préjugés courants.

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