Jeté dans l’Orbe, le garde-pêche s’est noyé

Sale affaire - 1945Coup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du «bon vieux temps».

Extrait de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du vendredi 18 mai 1945.

Extrait de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du vendredi 18 mai 1945.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Alors qu’à Paris les blindés de la 2e division du général Leclerc s’apprêtent à libérer la Ville Lumière, à Orbe une guéguerre entre chevaliers de la gaule trouve sa dramatique conclusion. Ce 22 août 1944, le dénommé Maillefer, 29 ans, menuisier mais surtout pêcheur, pousse dans l’Orbe Louis Pichonnat, 75 ans, retraité des Moulins Rod d’Orbe mais surtout garde-pêche. Las, le vieil homme ne sait pas nager et, gêné par sa boille pleine d’eau, il coule à pic.

Le 17 mai 1945, Maillefer se retrouve devant le Tribunal criminel du district d’Orbe, accusé de meurtre. «Son coup fait, M. prit le large sans s’occuper de sa victime, écrit ce jour-là la «Feuille d’Avis de Lausanne» (qui paraît l’après-midi et peut donc relater les péripéties de l’audience matinale). Il rentra à son domicile deux heures plus tard pour s’y faire arrêter. Alertée par des enfants qui jouaient à proximité, la gendarmerie fit des recherches qui n’aboutirent que vers 23 heures, trop tard pour qu’il fût possible de ranimer le malheureux garde-pêche.»

«Un débile mental, paresseux invétéré, au sens moral insuffisant»

Durant l’interrogatoire, Maillefer «prétend que le garde-pêche lui cherchait constamment chicane, ce que la majorité des pêcheurs conteste». Il a contre lui un casier judiciaire qui porte déjà deux condamnations pour vol et escroquerie. «C’est un grand garçon maigre, au visage émacié, au teint gris, aux cheveux frisés, aux yeux décolorés, qui demeure affaissé sur le banc d’accusation», poursuit la «Julie». En outre, «le rapport psychiatrique de l’Asile de Cery définit l’homme comme un débile mental, paresseux invétéré, au sens moral insuffisant».

Le président du tribunal, André Rossel, fait remarquer à l’accusé que l’on n’a pas l’impression qu’il ait honte «de s’être attaqué, lui, un jeune homme de 29 ans, à un vieillard de 75 ans et qu’il ait des remords sincères de son acte».

«Si Pichonnat continue à m’embêter, je le flanquerai à l’eau»

Parmi les 24 témoins qui se succèdent à la barre, un pêcheur vient dire que Pichonnat était un brave homme, alors que Maillefer, braconnier notoire, lui aurait dit, «un ou deux mois avant le drame: «Si Pichonnat continue à m’embêter, je le flanquerai à l’eau.» Le juge de paix d’Orbe, Marcel Béguelin, «tient l’accusé pour un fieffé menteur, comptant sur l’assistance publique pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants». Cependant, il appert qu’à Orbe certains prêtent à Pichonnat «un peu de jalousie envers les pêcheurs plus heureux que lui, et M. était au nombre de ceux qui prenaient souvent plus de poissons».

L’après-midi, le tribunal se transporte sur les lieux du drame, presque sous le grand pont, à proximité de la tannerie (disparue dans un incendie en 1965) à fins de reconstitution. «L’Orbe coule si calme au fond de la vallée verdoyante, sous le soleil déjà estival, qu’on a de la peine à se représenter qu’elle fut le théâtre d’une tragédie dont l’issue fut fatale», écrit joliment le reporter de la «Feuille».

La fatalité invoquée

Le 18 mai, dans son réquisitoire, Me André Bercher, substitut du procureur général, requiert 7 années de réclusion. «Dans une belle plaidoirie, apprécie la «Feuille», Jacques Vuilleumier […], défenseur d’office, fait appel à la clémence du jury.» Pour l’avocat, l’intention de son client «n’a jamais été de se débarrasser de P., mais de lui administrer une «correction» en le «flanquant à la flotte». La fatalité a voulu que l’endroit fût particulièrement dangereux.»

Hélas pour Maillefer, le jury n’est pas convaincu. Et le verdict est sévère, plus encore que le réquisitoire puisque Maillefer, reconnu coupable d’homicide, écope de 8 ans de placard.

Créé: 13.02.2020, 11h41

Source

Les archives de la «Feuille d’Avis de Lausanne», consultables sur scriptorium.bcu-lausanne.ch

Articles en relation

À Lausanne, épicier est un job dangereux

Sale affaire - 1924 Coup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du «bon vieux temps». Plus...

Le pseudo-secrétaire de Frank Sinatra prend 4 ans de placard

Sale affaire - 1967 Coup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du «bon vieux temps». Plus...

Le major devenu officier SS s’en tire avec le minimum

Sale affaire - 1945 Coup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du «bon vieux temps». Plus...

L’abominable Maillard échappe à la guillotine

Sale affaire - 1910 Coup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du «bon vieux temps». Plus...

L’assassin veut regarder la guillotine bien en face

Sale affaire Coup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du «bon vieux temps». Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.