À Lavaux, les vignes des Faverges sont fribourgeoises depuis 150 ans

HistoireL’État de Fribourg fête le 150e anniversaire de l’acquisition du domaine, qui a en fait près de 900 ans d’existence.

Une vue des Faverges au XVIIIe siècle, signée par un certain «Meuvli».

Une vue des Faverges au XVIIIe siècle, signée par un certain «Meuvli». Image: Copyright Musée d'art et d'histoire Fribourg

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Il reste un témoin insolite du long séjour des moines cisterciens d’Hauterive au Domaine des Faverges, à Saint-Saphorin. Monté sur une planche rétractable, un crucifix noir se cache, grâce à un jeu de rails, au fond d’une armoire tout entière dévouée à l’objet. Le subterfuge raconte plus qu’il n’y paraît: l’autel catholique de la salle des messes a été remisé là en son temps (la Grande Maison date de 1760) pour ne pas provoquer les protestants! Si l’œcuménisme est passé par là, l’État de Fribourg – qui a succédé aux moines il y a 150 ans à Lavaux – n’a pas sorti Jésus de son placard. C’est de cette succession qu’il s’agissait un vendredi soir de la fin août. Afin de marquer les 150 ans de l’acquisition du domaine par Fribourg, le conseiller d’État Georges Godel remettait un cep de chasselas des Faverges au frère Marc de Pothuan, d’Hauterive, «pour rendre une part à l’Église». Le religieux a goûté le cadeau avec une retenue teintée d’humour noir. «Le mot acquisition m’interpelle. En fait, nous nous sommes simplement fait chasser en 1848. Éliminer le propriétaire est une bonne méthode pour acquérir un bien…» Ce qu’il voulait surtout, c’est rendre hommage à ses prédécesseurs, qui ont créé et entretenu ce domaine durant quelque 700 ans.

Les premiers défricheurs

Car si l’on fête 1867, c’est en 1138 (avant même la création de la ville de Fribourg en 1157!) que Guillaume de Glâne donne ses terres des Faverges au monastère d’Hauterive, et que les moines bourguignons commencent à remplacer la forêt et les buissons par de la vigne et quelques arbres fruitiers. À côté, presque simultanément, d’autres religieux façonnent le Clos des Abbayes, des Moines, du Burignon ou de Marsens. Et des moniales s’installent juste en dessus des Faverges, en Ogoz, rattaché au domaine dès 1962 (lire ci-dessous). Une légende, à qui seule la construction de l’autoroute tordra le cou, disait qu’un passage souterrain reliait les deux édifices… Petit à petit, à la force des bras et de la foi, le vignoble pentu de Lavaux prend la forme qu’on lui connaît.

Mais le Sonderbund, qui débouche sur la première Constitution fédérale en 1848, tire un grand trait sur les couvents et les monastères. Les biens des Faverges sont alors administrés par l’État de Fribourg au nom d’une «caisse des couvents supprimés» jusqu’en 1867 – la même chose se passe dans les cantons voisins. Une convention, datant du 26 novembre, lave les autorités fribourgeoises de toute culpabilité: les biens sont conservés par l’État, mais il est versé 435 000 francs à l’autorité ecclésiastique. Hauterive n’existe plus et ne sera restaurée qu’en 1939, grâce au rapatriement des moines argoviens de Wettingen exilés en Autriche. La congrégation ne récupérera pas ses vignes, mais reçoit des bouteilles chaque année…

Une petite vaudoiserie

Aujourd’hui, le plus grand domaine d’un seul tenant à Lavaux (15,4 ha) est donc fribourgeois. Enfin presque. Le conseiller d’État vaudois Philippe Leuba, invité aux festivités des 150 ans, a glissé dans son discours un détail piquant: l’État de Fribourg est en fait copropriétaire. En témoigne un loyer annuel de 75 francs versé à l’État de Vaud. En effet, ce dernier possède 77 m² du domaine, dont 49 de vignes, à la frontière de Chardonne, en contrebas de la route de Vevey.

Créé: 26.11.2017, 18h06

Un domaine, deux vignerons: Un Vaudois à Fribourg

Le Domaine des Faverges est l’un des deux vignobles de l’État de Fribourg, avec son petit frère du Vully (2,2 ha + 3,3 en location au Château de Mur). Avec ses 15,4 ha, il produit la plus grande partie du vin de l’État (quelque 150'000 bouteilles par an). Ses vignes sont cultivées par deux vignerons: le Fribourgeois Gérald Vallélian et le Vaudois Yvan Regamey, né au domaine. Car la tradition d’engager des vignerons vaudois sur ces terres fribourgeoises est ancienne et aurait été pensée «pour la paix des ménages».

Les vignerons et leurs familles vivent l’un au nord, en Ogoz, l’autre au sud, aux Faverges. Et, détail amusant, ils cultivent la part du vignoble inverse. La récolte est vinifiée dans les locaux historiques des Faverges par Gérald Vallélian. Le Gruérien, établi ici depuis 2004, est aussi le syndic de Saint-Saphorin (commune sur laquelle est réparti le domaine) depuis 2012.

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