Le major devenu officier SS s’en tire avec le minimum

Sale affaireCoup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du «bon vieux temps».

Extrait de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du samedi 13 octobre 1945. Le verdict est livré sans commentaire.

Extrait de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du samedi 13 octobre 1945. Le verdict est livré sans commentaire. Image: FAL

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Le 12 octobre 1945, devant le Tribunal militaire IIa, se tient à Berne le procès du major Johann Eugen Corrodi, ancien commandant du bataillon de couverture-frontière 234. Une affaire qui a pris par la suite des allures de scandale. Si ce n’est pas tous les jours qu’un officier est jugé pour être parti servir dans la Waffen-SS, Corrodi a été en outre le plus haut gradé helvète à entrer dans l’armée d’Hitler, et le Suisse décrochant le plus haut grade militaire allemand durant la Seconde Guerre mondiale, celui de SS-Oberführer, entre colonel et brigadier.

Le 13 octobre, la «Feuille» rend compte de la sentence: «Les jugements rendus par contumace, le 27 décembre 1943 et le 10 avril 1915 (ndlr: 3 ans de réclusion pour divulgation de secrets militaires et 2 ans pour service militaire étranger), sont abrogés. À la suite de la nouvelle instruction, le major Johann Eugen Corrodi est déclaré coupable de violation des règlements de service, de désobéissance aux ordres généraux commise par la violation de l’arrêté du Conseil fédéral relatif à la fermeture partielle de la frontière et au service militaire à l’étranger.»

La peine: 2 ans et demi de prison sous déduction de la préventive; perte du grade de major; exclusion de l’armée; privation des droits civiques pour une durée de 5 ans après l’accomplissement de la peine; frais de la procédure.

La «Feuille» poursuit: «L’exposé du jugement fait valoir qu’en été 1941, Corrodi a quitté illégalement la Suisse et est entré en Allemagne dans les Waffen-SS. Il a été immédiatement désigné Sturmbannführer (égal major) et envoyé sur le front. Corrodi devint SS-Oberführer et était en dernier lieu chef de l’état-major du commandant des Waffen-SS en Italie. Après l’effondrement du front italien, Corrodi rentra clandestinement en Suisse. La preuve n’a pas été faite que Corrodi ait violé le secret militaire ou qu’il se soit rendu coupable d’avoir communiqué des nouvelles.»

«Si l’on considère les chefs d’accusation retenus, Corrodi méritait une peine plus sévère. On a fusillé des traîtres moins dangereux pour la Suisse»

En juin 1941, les rédactions avaient été avisées de ne rien publier au sujet de la fuite de l’officier félon, alors dans le viseur de la justice pour ses accointances pronazies. En octobre 1945, pas le moindre commentaire n’accompagne dans la «FAL» la reprise de ce qui est visiblement un communiqué de la justice militaire.

Mais la clémence de cette dernière n’échappe à personne à l’époque: deux jours plus tard, pour des faits d’espionnage au profit de l’Allemagne, un ancien sergent-major est condamné à perpétuité.

Or, pour l’opinion suisse, Corrodi ne pouvait être qu’un traître, prêt à prendre les armes contre son propre pays. C’est tout particulièrement des troupes jurassiennes de couverture-frontière que vient la protestation. L’amicale de la compagnie V/233 écrit aux journaux: «Si l’on considère les chefs d’accusation retenus, Corrodi méritait une peine plus sévère. On a fusillé des traîtres moins dangereux pour la Suisse.»

Justice clémente

Deux ans plus tard, le colonel brigadier Jakob Eugster, auditeur en chef de l’armée, donnera raison à ceux qui avaient servi fidèlement, estimant la peine infligée au renégat «extraordinairement légère». Sa peine purgée, l’ex-major quittera le pénitencier de Witzwil en novembre 1947 et reprendra ses activités dans le commerce de confection féminine. Il est décédé en 1980. (24 heures)

Créé: 13.03.2019, 16h54

Pour en savoir plus

Plus de détails sur l’affaire Corrodi dans un ouvrage heureusement réédité et complété récemment:
«Un officier suisse dans la SS», de l’historien François Wisard, (Éd. Livreo Alphil)

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Archives

Les archives de la «Feuille d’Avis de Lausanne» sont consultables sur scriptorium.bcu-lausanne.ch

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