Ces merveilleux fous volants à l’origine de l’aviation suisse

Histoire d'iciPremier pilote du pays, Ernest Failloubaz est mort le 14 mai 1919 de tuberculose.

<b>Pionnier </b>
Vu le succès populaire du premier vol d’Ernest Failloubaz d’Avenches à Payerne, des Payernois souhaitent organiser une journée d’aviation dans la foulée. Pour la précéder, 
une journée d’aviation improvisée est organisée à Avenches avec les pilotes Cailler, Grandjean et Failloubaz.

Pionnier Vu le succès populaire du premier vol d’Ernest Failloubaz d’Avenches à Payerne, des Payernois souhaitent organiser une journée d’aviation dans la foulée. Pour la précéder, une journée d’aviation improvisée est organisée à Avenches avec les pilotes Cailler, Grandjean et Failloubaz. Image: DR

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Au centre du village de Vallamand-Dessus, un mémorial rappelle que c’est ici qu’Ernest Failloubaz a grandi. Né le 21 juillet 1892, celui qui était surnommé le «gamin volant d’Avenches» est décédé de tuberculose le 14 mai 1919, à Lausanne, ruiné, alors qu’il avait hérité d’une des plus importantes fortunes du canton. Pour marquer le centenaire de sa disparition, une exposition revient ces jours sur les premiers pas de l’aviation suisse dans la région du Vully et d’Avenches. Elle met aussi à l’honneur l’inventeur de génie René Grandjean (1884-1963), constructeur de l’avion ayant réalisé le premier vol en Suisse, et Georges Cailler (1890-1938), héritier des chocolatiers de Broc et constructeur de plusieurs aéronefs, au château de Vallamand-Dessous, propriété de sa famille.

Honoré du brevet de pilote numéro un du pays en octobre 1910 dans le cadre des journées d’aviation de Berne et décoré d’une montre en or de poche de marque Ulysse Nardin par le Conseil fédéral, Ernest Failloubaz a vécu sa vie en accéléré. «Il était petit et léger, soit une corpulence idéale pour ces premiers vols, et avait un feeling parfait», expliquent plusieurs spécialistes de l’époque. Au lieu de tirer sur le manche à fond après avoir roulé quelques mètres, puis piquer du nez, «Failloub» sent parfaitement le rapport entre vitesse et portance.

Le 10 mai 1910, aux commandes du Grandjean, le gamin de 17 ans réalise à Avenches le premier vol de Suisse. Il enchaîne ensuite les performances, signant le premier vol de ville à ville, d’Avenches à Payerne, le 29 septembre. Orphelin de père et de mère à 10 ans, sa vie tient aussi du conte de fées. Il hérite d’une immense fortune qu’il dilapidera, notamment dans l’aviation, mais aussi dans les belles voitures. Dans la foulée de ses exploits, il ouvre une école de pilotage sur l’aérodrome-école d’Avenches, mais doit revendre ses terrains quelques mois plus tard, acculé à la faillite. Il meurt seul, oublié, à l’hôpital de Lausanne.

L’inventeur de génie

Né à Bellerive le 12 novembre 1884, René Grandjean n’a de loin pas été que le premier constructeur d’un avion en Suisse. Avant de s’atteler à la tâche, il a déjà pas mal bourlingué, travaillant notamment en Égypte comme chauffeur du sultan Omar Bey. Jusqu’en 1914, il construira trois avions, s’installant dès 1910 à Dübendorf, dont il est le premier pilote breveté. Le 18 juin 1911, il est le premier homme à traverser le lac de Neuchâtel, de Colombier à Portalban, en l’air. Alors qu’il devait rejoindre Avenches, son avion connaît des soucis de moteur et il rejoint de justesse la rive grâce à l’aide du joran, avant de se crasher dans la roselière. Inventeur de génie, il équipera ses aéronefs de skis, à Davos, où il divertit les riches durant l’hiver 1912, et de flotteurs, sur le lac de Zoug.

Après son départ de l’aviation militaire en 1915, Grandjean ne volera plus et séjournera en France, jusqu’en 1956. Il travaille pour de nombreuses entreprises à la recherche de solutions à des problèmes de mécanique, d’électricité ou d’organisation. Parmi ses nombreuses inventions, on relève notamment la fourchette qui ne brûle pas les doigts ou la vis indesserrable. Il meurt le 14 avril 1963 à Lausanne.

Le moins connu

Georges Cailler est probablement le moins connu des trois aviateurs de la région. Marié à Germaine, la sœur de Grandjean, l’héritier de la famille des chocolatiers n’en a pas moins construit trois avions, dont un biplan à deux hélices, du côté de Broc, dès 1909. Après avoir monté deux aéronefs n’ayant jamais décollé, il semble même avoir été le premier en l’air aux commandes de son «Hirondelle», en restant à un mètre du sol sur 70 mètres, en avril 1910.

Ayant ensuite acquis un Blériot avec lequel il a effectué plusieurs vols à Avenches, il a encore construit un dernier monoplan à Vallamand en 1911, avant de se retirer des affaires au moment de son mariage. Sans moteur, son hydravion a longtemps pu être admiré dans les jardins du château de Vallamand-Dessous. Cailler est mort le 1er août 1938 dans un accident alors qu’il était passager, trois ans après être remonté dans un avion.

Les ratés de l’armée suisse

Si les trois compères font partie des pionniers de l’aviation du pays, à l’heure où la Suisse étudie l’acquisition d’un nouvel avion de combat, il est intéressant de noter que l’armée a connu des ratés à l’allumage. Ainsi, Failloubaz a rapidement embarqué le lieutenant de cavalerie Gustave Lecoultre, d’Avenches, comme passager. Les deux hommes sont les premiers à réaliser des clichés aériens du pays et le militaire tente de convaincre sa hiérarchie de l’intérêt des avions pour repérer les troupes d’infanteries, lors d’essais réalisés en 1911. Mais en 1913, l’armée décrète que «l’avion, pour les manœuvres et en temps de guerre, est sans aucun avenir». «L’élite militaire voyait d’un assez mauvais œil la création d’une aviation très médiatisée, issue de la classe moyenne et entourée d’une certaine gloriole», expliquait Christophe Simeon, auteur d’un livre sur les soubresauts d’alors, dans les colonnes de «24 heures» en 2014, lors du centenaire des Forces aériennes.

En effet, malgré une souscription populaire lors de journées d’aviation dans tout le pays, qui permet de réunir 1,7 million de francs à sa clôture le 9 mai 1914, aucune formation aérienne n’existe dans la troupe fédérale quand la Grande Guerre éclate. La Suisse se retrouve dos au mur et réquisitionne finalement tous les avions à disposition pour créer sa première escadrille, au mois d’août. Formée de neuf hommes, dont huit Romands, elle comprend Grandjean. Volontaire pour s’engager, Failloubaz n’est pas retenu, étant considéré comme trop petit. Quant à Cailler, sa carrière s’était arrêtée en 1911.

Créé: 11.05.2019, 22h08

Trois aviateurs du Vully à la fête pendant dix jours

On y trouve une hélice de noyer fabriquée dans l’usine d’Ernest Failloubaz à Avenches, une réplique du moteur Oerlikon qui équipait les avions de Grandjean, ainsi que de nombreux documents et des centaines de photos sur les premiers pas de l’aviation en Suisse. Depuis ce samedi et jusqu’au dimanche 19 mai, une exposition revient sur les trois pionniers broyards, dans les locaux de l’ancien Café du Commerce de Vallamand-Dessus.

«On a retrouvé une copie d’un contrat de 45 000 francs entre trois partenaires en vue de la construction du Grandjean No 1, le premier avion fabriqué en Suisse. On a même mis la main sur des factures du ferblantier Simonet, employé alors par Grandjean sur le chantier pour un montant de 70 centimes par heure», détaille Jean-Charles Lauper, initiateur de l’exposition et archiviste de Vully-les-Lacs. L’homme est aussi le fondateur du site internet www.murtenseevully-history.ch, recensant nombre de photos historiques de Morat et du Vully.

Pour l’occasion, il est entouré d’une petite équipe comprenant notamment Fred Graf, un passionné de ces premiers pas de l’aviation. «Notre but est de faire connaître cette histoire que beaucoup ignorent dans cette région qui se développe et aussi de sensibiliser la population à ne pas jeter de vieux documents qu’ils pourraient abriter dans leurs greniers et qui ont une valeur historique», détaille Fred Graf. Et de citer en exemple un dessin de 1912 signé par Frédéric Delorme de Vallamand, sauvé de justesse de la benne à papier.

En octobre 1910, cet ami de Failloubaz avait assisté au meeting d’Avenches. Deux ans plus tard, il imagine ce que pourrait être une bataille aérienne en temps de guerre. Au dos du document, on apprend que le rendez-vous aérien avait attiré 9000 personnes sur la plaine de l’Estivage. «C’était quelques jours seulement après le vol de Failloubaz entre Avenches et Payerne. Vu son retentissement, les Payernois avaient alors décidé d’organiser une journée d’aviation à la fin du mois. Les Avenchois ayant appris cela, ils ont organisé en vitesse une journée le 2 octobre», sourit Jean-Charles Lauper.

Infos pratiques

Vallamand-Dessus
Café du Commerce

Ouvert les samedis et dimanches
De 10h à 18h et en semaine de 16h à 20h

Entrée libre

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