La mob familiarise les Vaudois avec l’argot

Histoire d'ici - 1940Dans leurs cantonnements, les pioupious cultivent l’humour à travers la «langue verte».

Les dessins originaux de Géa Augsbourg sont parus dans la «Feuille d’Avis de Lausanne» entre novembre 1939 et mai 1940.
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Les dessins originaux de Géa Augsbourg sont parus dans la «Feuille d’Avis de Lausanne» entre novembre 1939 et mai 1940. Cliquer dans l'image pour agrandir. Image: GÉA AUGSBOURG/© 2019 PRO LITTERIS/ZURICH

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Le parler vaudois comprend son lot de régionalismes et ce ne sont pas les termes savoureux qui manquent. Mais les mobilisations de soldats au XXe siècle ont eu un effet inattendu sur la langue parlée ici, avec l’apport de termes d’argot.

«Chaque fois qu’un groupe humain s’est trouvé plus ou moins isolé du reste de l’humanité, écrit la «Feuille d’Avis de Lausanne» en septembre 1939, il s’est développé en son sein des habitudes, des coutumes, des usages qui lui étaient propres, en un mot un folklore particulier. Et dans tous les cas où cet isolement a duré assez longtemps, le particularisme s’est étendu au langage de ce groupement, qui a pris des traits distinctifs l’éloignant de la langue des régions avoisinantes.»

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Le phénomène a déjà été observé au terme de la Première Guerre mondiale par la Société suisse des traditions populaires, qui avait demandé aux officiers de lui communiquer ce vocabulaire. La chose se répète lors de la Seconde: un nombre incroyable de mots et d’expressions, à ne pas confondre avec le jargon militaire, apparaissent et font florès parmi les pioupious. Avant, du moins pour certains, de se répandre dans la population.

D'où viennent ces mots fleuris? À l’évidence, un certain nombre sont empruntés directement à l’argot des tranchées françaises de 14-18. On peut penser à l’arbalète (le fusil), aux grolles (les chaussures), au pousse-au-crime (l’alcool, vin ou eau-de-vie), ou encore à l’armoire à glace (le sac militaire ou havresac, mot qui provient lui-même de l’allemand Habersack, sac à avoine). D’autres, fort nombreux, sont tout bonnement issus de l’imagination et de la fantaisie des mobilisés.

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Du reste, on constate vite que les sujets ayant le plus de synonymes argotiques ont trait à ce qui manque le plus aux soldats (les femmes, évidemment), à tout ce qui leur est rationné et aide à oublier un moment l’ennui du quotidien sous les drapeaux (tabac, nourriture, alcool). Ainsi de l’ivresse: quand on se prend une cuite, une camphrée, une caisse ou une biture, elle peut être mortelle ou fédérale.

Et bien sûr, tout ce qui permet de sourire un peu du gris-vert, de la vie militaire, en s’en moquant, est riche et populaire: ainsi les officiers sont traités de bande à Bonnot, de Schabziger, de gâcheurs, de nuquards, de juteux, de lopes ou encore de traîneurs de sabre et de ficelle. Il faut signaler le képi, qui fit fleurir une belle liste de termes imagés: chapeau de guerre, boîte à sucre, marmite, pailleux, panama fédéral, seille à choucroute ou encore kepson.

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Pour faire revivre et illustrer quelques-uns de ces termes de la langue verte militaire, nous avons choisi les non moins savoureux dessins de Géa Augsbourg. Fin 1939, le dessinateur vaudois, né Georges-Charles Augsburger en 1902 à Yverdon, est mobilisé dans le Service territorial et autorisé à croquer de son crayon inspiré la vie quotidienne de ses camarades.

Admis dans l’entourage du général Guisan, le caporal Augsbourg est l’auteur d’une «Vie en images du général Guisan» croquignolette. Les dessins ici reproduits ont servi d’illustration à la «Page du mobilisé» hebdomadaire de la «Feuille d’Avis de Lausanne», entre novembre 1939 et mai 1940.

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Créé: 11.01.2020, 09h07

Sources

«L’argot du soldat romand 1914-1918», Jean Roux, Gérard & Cie, Bâle, 1921

«Le poilu tel qu’il se parle»,
Gaston Esnault, Éd. Bossard, 1919

Archives des journaux vaudois,
scriptorium.bcu-lausanne.ch

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