L’OIT a sept ans quand Albert Cohen y entre

1926À l’OMC, jadis OIT/BIT, Pierre Latrille rend hommage au romancier genevois.

Pierre Latrille, fonctionnaire à l’OMC, pose devant le bureau d’Adrien Deume, le personnage créé par Albert Cohen sur la base de son expérience d’employé de l’OIT.
(Photo:©STEEVE IUNCKER)

Pierre Latrille, fonctionnaire à l’OMC, pose devant le bureau d’Adrien Deume, le personnage créé par Albert Cohen sur la base de son expérience d’employé de l’OIT. (Photo:©STEEVE IUNCKER) Image: Steeve Luncker-Gomez

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Savoir s’y retrouver dans la jungle des acronymes des organisations internationales, c’est déjà pas mal. Être en mesure d’affirmer où était logée l’une ou l’autre à ses débuts, c’est une autre paire de manches. En cette année du centenaire de l’Organisation internationale du travail (OIT) – domiciliée au 4, route des Morillons à Genève –, évoquons l’imposant bâtiment qui abrita cet organisme de 1926 à 1974, au 154, rue de Lausanne. Il est occupé aujourd’hui par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Ce palais grandiose, imaginé par l’architecte lausannois Georges Epitaux, possède une belle bibliothèque située sous la tour carrée qui surmonte l’extrémité du bâtiment côté Lausanne. Son décor n’a guère changé depuis le temps où le romancier Albert Cohen venait y relire les pages de son œuvre en devenir. Cet été, un fonctionnaire de l’OMC – organisation qui occupe les lieux depuis plus de quarante ans – a voulu rendre hommage à l’écrivain. Cela sur les lieux mêmes que l’auteur de «Belle du Seigneur» avait fréquentés comme employé.

Une tablette fait parler les objets

«J’ai entrepris de reconstituer le bureau d’Adrien Deume, le mari d’Ariane dans «Belle du Seigneur», en sachant que celui d’Albert Cohen devait lui ressembler beaucoup», explique Pierre Latrille. «Cela a été très amusant de chercher chaque objet décrit dans le roman. J’en ai trouvé plusieurs au marché aux puces. Il a fallu créer les dossiers que Deume traite ou enfouit dans le tiroir du bas. Nous avons retrouvé les éléments nécessaires dans nos archives et l’un de mes collègues a mis un vrai talent de faussaire dans ces fac-similés», plaisante le fonctionnaire.

Pour rendre l’exposition plus vivante, une tablette tactile est à la disposition des visiteurs. Elle leur permet d’interroger la bouchée au chocolat, l’agrafeuse ou le tampon encreur d’Adrien Deume. La citation de «Belle du Seigneur» qui les concerne, dite par la voix enregistrée d’un lecteur, vient en réponse au premier clic. Ce bureau et les objets dont il est jonché ne se trouvent pas dans une pièce où Cohen avait le sien. «Nous savons que l’écrivain a travaillé dans trois locaux différents dans cette maison», renseigne Pierre Latrille. «Aucun ne peut rivaliser avec cette magnifique bibliothèque qui a gardé son atmosphère des années 1930. Albert Cohen l’a connue ainsi.»

Un employé mal noté

Aux abords du meuble et de ses fournitures patiemment collectées, un panneau explicatif rappelle les principales étapes de la vie du romancier, né à Corfou en 1895 et mort à Genève en 1981. Son engagement à l’OIT date de 1926, favorisé par le premier directeur de l’organisation, Albert Thomas, sur recommandation de Jacques Rivière, directeur de la «Nouvelle Revue française» (NRF). «Il n’a pas occupé de poste important, précise Pierre Latrille. Il n’a même jamais été fonctionnaire international, comme son personnage romanesque Adrien Deume. Ses rapports avec la hiérarchie n’étaient pas très bons. Il a quitté l’OIT en 1932, a vécu à Paris jusqu’à la guerre, ensuite à Londres et de nouveau à Genève à partir de 1945. Il retournera travailler courtement à l’OIT jusqu’à sa retraite en 1952. Dans «Belle du Seigneur», le palais dans lequel travaille Adrien Deume est le Palais des Nations, dont la construction commencée en 1929 a duré jusqu’en 1936.»

L’hommage rendu à Cohen par Pierre Latrille dans la bibliothèque de l’OMC comprend un second panneau. Celui-ci accueille des citations des œuvres de l’écrivain sur le thème «Tous les personnages de Cohen sont amoureux de la Suisse et de Genève, la preuve en est…» Des exclamations admiratives de Salomon et de son ami marseillais Scipion dans «Mangeclous», aux extraits choisis de «Belle du Seigneur», l’attachement à Genève de l’exilé de Corfou s’exprime de manière aussi spirituelle qu’évidente.

Créé: 01.09.2019, 09h00

Photo d'époque



Avant d’avoir son propre bâtiment en 1926, cette organisation fondée en 1919 était logée à l’Hôtel Carlton. en dessus, la visite qu’y fit le négus.




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