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Parmelin est mort en héros

L’aviateur valdo-genevois s’était mis au service de l’armée italienne lorsqu’il chuta.

Le 11 février 1914, Agénor Parmelin devenait mondialement célèbre à 30 ans en réalisant un exploit fou: être le premier humain à voler par-dessus le Mont-Blanc. A peine plus de trois ans plus tard, le 27 avril 1917, ses innombrables admirateurs sont terrassés par la cruelle nouvelle: l’intrépide pionnier de l’aviation romande est tombé, en Italie. «Le consul suisse de Milan a télégraphié à la police genevoise que l’aviateur suisse Agénor Parmelin s’était tué en faisant un vol d’essai à l’aérodrome de Sesto Calende près de Varese», écrit la Feuille d’Avis de Lausanne le 30 avril.

L’émotion est grande en Suisse romande. Né à Gilly, dans le canton de Vaud, Agénor Parmelin était devenu «de nationalité genevoise», comme l’indique son passeport établi en 1914 par la République et Canton de Genève. Son arrière-petit-neveu Reynald Parmelin, à Begnins, conserve le précieux document, comme d’autres souvenirs du roi des airs. Il précise tout de suite que le conseiller fédéral Guy Parmelin, de Bursins, n’appartient pas à la même branche de Parmelin.

Curiosité en envie de sortir de la norme

Méconnue du grand public, la trajectoire hors du commun d’Agénor a passionné Reynald. «J’ai été séduit par son côté pionnier, sa volonté d’aller jusqu’au bout de ses idées.» De quoi tirer un parallèle avec son propre parcours: avant-gardiste du vin bio, l’artisan de Begnins partage avec son lointain parent curiosité et envie de sortir de la norme. «La comparaison s’arrête là, relativise Reynald Parmelin. Moi, je ne mets pas ma vie en danger. Au contraire, avec le bio, je suis soucieux des questions de santé!» Ce qui ne l’empêche pas de rassembler ses meilleurs crus dans une «collection Agénor» haut de gamme.

Pilote et formateur

Si l’on ignore quelles étaient les relations d’Agénor Parmelin avec la dive bouteille, on en sait plus sur son curriculum de «faucheur de marguerites». Il vient à l’aviation grâce à sa passion pour la mécanique, qu’il a tout d’abord assouvie à travers l’automobile. Son destin bascule en 1911, lorsqu’il décroche son brevet de pilote à Etampes (F), sur un avion du Français Deperdussin. Il faut croire qu’il a impressionné son monde puisqu’on le retrouve, dès la fin de la même année, chef pilote instructeur des Ecoles militaires et civiles de ce constructeur alors célèbre. Cette promotion éclair salue les qualités du Parmelin aviateur, mais souligne aussi celles de l’homme: audacieux, volontaire, le Valdo-Genevois est aussi un meneur d’hommes, un maître dont l’intelligence et le sens de la justice lui permettent d’obtenir la confiance et l’adhésion de ses élèves. C’est ainsi qu’il va former de nombreux pilotes sur l’aérodrome de Bétheny, près de Reims.

Formateur, Parmelin n’en participe pas moins aux meetings qui déplacent les foules. La concurrence est rude, face à des pilotes prestigieux comme Roland-Garros, Marcel Brindejonc des Moulinais, Edmond Audemars, Jules Védrines, Eugène Gilbert, Georges Legagneux et bien d’autres. On cherche à battre de nouveaux records, de vitesse, de hauteur, mais aussi d’acrobatie ou de lenteur. Le 29 septembre 1913 à Reims, lors de la Coupe Gordon Bennett, Parmelin et ses confrères se livrent «aux plus audacieuses fantaisies, arrachant aux spectateurs des cris d’admiration et aussi des cris d’effroi», narre la Tribune de Lausanne.

Un immense défi

Agénor est le seul Suisse à prendre part à cette importante compétition – sous les couleurs françaises. Lors du concours d’altitude, il s’élève jusqu’à 4532 mètres. Il se sent prêt à relever l’immense défi qu’il s’est lancé: être le premier à survoler les 4809 mètres du Mont-Blanc, le plus haut sommet d’Europe, un exploit que personne n’a encore osé tenter (lire l'encadré).

«Même les aviateurs qui ont une famille peuvent être en mesure de faire de grands vols»

L’euphorie de son succès au Mont-Blanc ne dure guère, puisque six mois plus tard la Grande Guerre éclate. Parmelin avait fait une demande pour rejoindre l’aviation suisse naissante. Elle fut refusée, l’armée excluant les hommes mariés. Parmelin dira avoir résolu de franchir le Mont-Blanc justement «pour démontrer que même les aviateurs qui ont une famille peuvent être en mesure de faire de grands vols».

Comme son collègue Audemars, il est mobilisé chez… les cyclistes. Jusqu’à ce que quelqu’un en haut lieu réalise l’absurdité de cette situation. Sollicité semble-t-il par la Russie, l’Allemagne aussi bien que l’Angleterre, il fait finalement partie de la dizaine de pilotes, dont huit Romands, qui forment la première Troupe militaire d’aviation suisse. Mais celle-ci manque d’appareils, de moyens et… de mission. Au bout de cinq mois, comme d’autres, Parmelin demande et obtient un congé.

L’adjudant-pilote va alors s’engager comme simple soldat dans la Légion étrangère. Un stratagème qui lui permet en réalité de se mettre au service de la France: à Meulan, il fonctionne comme pilote-réceptionneur des hydravions Donnet-Lévèque produits pour la marine.

Au service de l’Italie en guerre

Il change d’activité début 1916 et rejoint l’Italie – pays d’origine de son épouse, également entré dans la guerre contre les empires centraux. A Sesto Calende, à l’extrémité sud du lac Majeur, il lui revient d’organiser l’école où il va former les pilotes des hydravions produits par la Società Idrovolanti Alta Italia (SIAI), basés sur les modèles français que Parmelin connaît bien.

Pour l’assister, il fait venir des camarades, dont les Genevois Emile Taddéoli et Paul Wyss, tout heureux de sortir de leur inactivité forcée – ils n’ont pas été retenus par l’armée suisse. Parmelin va faire de son école un centre d’aviation considérable. Sa passion lui vaut une grande admiration de la part de ses élèves, mais lui coûte la vie aux commandes d’un prototype d’hydravion, en compagnie du mécanicien italien Raffaele Michelini, mort lui aussi.

Des funérailles en Italie

L’Italie fait à Agénor Parmelin des funérailles imposantes, au cours desquelles ses anciens compagnons et élèves font part de leur vénération pour celui qui fut un «seigneur des airs», un «directeur aimé», un «maître inoubliable», un «noble ami», un «frère très cher», un «cœur noble», et bien sûr «le citoyen de la libre Genève, précieux collaborateur» volontaire de cette Italie en guerre, chère à son cœur.

Sa dépouille transférée à Genève, ses obsèques ont lieu le dimanche 6 mai 1917 au cimetière Saint-Georges, en présence d’une foule estimée à 20'000 personnes. Sur sa tombe, son ancien chef de la troupe d’aviation, l’ex-capitaine de cavalerie Théodore Réal, rappelle qu’en août 1914, Parmelin avait été le premier aviateur à se mettre à disposition du pays. Le tout sous un ciel si bas qu’il empêcha ses amis aviateurs de saluer en vol la disparition de leur frère d’armes. Il était le 16e pilote suisse à mourir aux commandes d’un aéroplane.

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