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La photo de presse suisse, un trésor menacé

La conservation des millions de clichés produits pour les journaux au XXe siècle est une tâche gigantesque.

Ce document évoque la visite du maréchal Pétain en Suisse en 1938. Le chef militaire français avait été invité par celui qui était alors le colonel commandant de corps Guisan à assister aux manœuvres du 1er corps d'armée. La photo fut prise devant le café de Forel-Lavaux par M. Maurice Bertschi, de Romanel-sur-Lausanne. Un photographe a ensuite réalisé une reproduction d'un tirage privé.
Ce document évoque la visite du maréchal Pétain en Suisse en 1938. Le chef militaire français avait été invité par celui qui était alors le colonel commandant de corps Guisan à assister aux manœuvres du 1er corps d'armée. La photo fut prise devant le café de Forel-Lavaux par M. Maurice Bertschi, de Romanel-sur-Lausanne. Un photographe a ensuite réalisé une reproduction d'un tirage privé.
ARCHIVES CANTONALES VAUDOISES
A Moudon, en juin 1940, le général passe en revue le 7e Régiment de spahis algériens, alors stationné près d'Yvonand et de Combremont. Il faisait partie du 45e Corps d'armée du général Marius Daille, pris en tenailles par les Allemands tout au début du conflit et entré en Suisse le 19 juin.
A Moudon, en juin 1940, le général passe en revue le 7e Régiment de spahis algériens, alors stationné près d'Yvonand et de Combremont. Il faisait partie du 45e Corps d'armée du général Marius Daille, pris en tenailles par les Allemands tout au début du conflit et entré en Suisse le 19 juin.
ARCHIVES CANTONALES VAUDOISES
Prise en juillet 1969, cette série de clichés montre le buste du général Guisan, visible actuellement au centre de la ville d'Avenches, en hommage à son célèbre bourgeois.
Prise en juillet 1969, cette série de clichés montre le buste du général Guisan, visible actuellement au centre de la ville d'Avenches, en hommage à son célèbre bourgeois.
ARCHIVES CANTONALES VAUDOISES
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Des montagnes de tirages noir-blanc et de diapositives. Depuis les années 50, les photographes de presse suisses ont produit des millions de clichés que les journaux ou les agences qui les employaient ont commencé par ranger dans leurs propres locaux d’archives. Mais voilà: l’apparition du numérique et la crise de la presse ont changé la donne. Dans un environnement informatisé, ces images «physiques» ont perdu de leur utilité immédiate et, lorsque les éditeurs ont dû procéder à des économies, ils ont cherché à s’en débarrasser.

Pour éviter une destruction pure et simple, certains se sont alors tournés vers des institutions publiques, communales, cantonales ou nationales, à même de les prendre en charge. Le groupe de presse zurichois Ringier a déposé à lui seul plus de 7 millions de photos aux Archives cantonales d’Argovie en 2009. En 2012, les Archives de l’Etat de Berne ont reçu 1,5 million d’images de la Berner Zeitung. L’année suivante, le journal L’Express de Neuchâtel a remis plus de 50'000 tirages papier à la Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds.

«La masse peut effrayer les personnes ayant à prendre des décisions et les pousser à penser qu’il vaut mieux détruire, alors qu’il faut, au contraire, songer à l’acte de mémoire, se battre pour ce patrimoine»

Avec d’autres responsables d’institutions dédiées à la préservation de la mémoire, Gilbert Coutaz vient de participer à la publication de Photographies de presse en Suisse. Regards sur les archives. Le patron des Archives cantonales vaudoises (ACV) y parle d’«urgence patrimoniale».

Il y a urgence à sauver les photos de presse, vraiment?

Ces archives accumulées au cours du XXe siècle représentent une masse qui peut effrayer les personnes ayant à prendre des décisions et les pousser à penser qu’il vaut mieux détruire, alors qu’il faut, au contraire, songer à l’acte de mémoire, se battre pour ce patrimoine.

De quel nombre de photos parle-t-on?

En Suisse, il s’agit au moins de 27 millions d’images, tirages sur papier, négatifs ou diapositives.

Combien aux Archives cantonales vaudoises?

Nous possédons un fonds de plus d’un million de pièces, inventorié mais insuffisamment valorisé et diffusé.

D’où proviennent ces images?

On y trouve notamment le Fonds Edipresse, soit plus de 600'000 photos. Elles couvrent les années 1950 à 1998 et reflètent la production de nombreux photographes vaudois ayant travaillé pour les quotidiens du groupe, comme la Feuille d’Avis de Lausanne, 24 heures aujourd’hui, ou la Tribune de Lausanne – Le Matin. Nous avons, heureusement, également sauvé la cartothèque centrale de tout le fonds, qui permet de s’y retrouver dans les 149 mètres linéaires de dossiers suspendus. Et avec les images, nous possédons également la collection de référence des journaux, car pour nous la photographie de presse ne doit pas être dissociée de son support de diffusion ni du texte qui l’accompagne.

Comment ces clichés sont-ils arrivés chez vous?

La demande émanait à la fois de l’éditeur, qui cherchait à se défaire d’une masse énorme de clichés devenue encombrante, et du Conseil d’Etat, qui souhaitait sa conservation. C’est pourquoi nous sommes intervenus en 2007, dans l’urgence.

Que voit-on sur ces photos?

Du fait divers à l’événement sportif ou politique en passant par les commémorations, l’urbanisme et l’Expo 64. Nous avions affaire à 800 mètres linéaires de photographies. Nous avons privilégié ce qui concernait de plus près le canton de Vaud et son histoire, le reste étant récupéré par d’autres institutions. Cela représente une part de notre histoire, de notre identité. La collection comprend ainsi des photos exceptionnelles de Churchill à Lausanne en 1946. Il faut relever que ce fonds est constitué à 85 ou 90% de photos inédites, donc d’un gisement sous-exploité. Il témoigne aussi de l’histoire des métiers de la photographie, des agences de presse, de l’évolution technologique et du matériel.

La photo de presse est-elle suffisamment considérée en Suisse?

La photographie a occupé une part grandissante dans nos journaux, elle est la mesure du temps qui passe, raconte l’histoire des gens et du paysage. Elle est très populaire mais, paradoxalement, n’a pendant longtemps pas été considérée comme un bien culturel et n’a donc pas intéressé les institutions chargées de la conservation du patrimoine. Ses détracteurs ont longtemps tenu la photo de presse à l’écart, privilégiant les critères artistiques, esthétiques et créatifs plutôt que la valeur documentaire. C’est afin d’encourager sa conservation et sa valorisation que, avec d’autres institutions du pays vouées à la préservation de la mémoire, nous avons créé en 2010 Réseau Archives photographiques de presse. Et c’est dans ce cadre que nous venons de publier Photographies de presse en Suisse, ouvrage qui fait le point sur ces problématiques.

Quels sont vos principaux axes de travail?

Les enjeux, financiers mais aussi patrimoniaux, sont tels que nos premiers soucis sont la conservation, le conditionnement et l’inventaire des fonds.

Pas la numérisation?

Non, celle-ci n’est pas dans nos priorités, en raison des coûts trop importants et des engagements pris dans la sécurisation et la numérisation de documents historiques menacés, comme les plans cadastraux et la cartographie. Notre activité est un défi envers le temps. Comment maîtriser le temps qui passe, avec des éléments périssables? Concernant les photos, il faut aller dans l’ordre des priorités, d’abord assurer leur identification. Au moins, nous savons que le support photographique analogique (ndlr: les tirages sur papier photo ou la pellicule sous forme de négatifs ou de diapositives) possède une pérennité que n’a pas le support numérique. Nous avons évité à ces images de partir à la benne. Leur diffusion se fera au fil des opportunités.

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