Plongeons dans les années 20

HistoireÀ l’heure d’entrer dans une nouvelle décennie, coup de rétroviseur sur des années folles qui font parfois écho à notre époque.

1927. Lausannoises et touristes s’émancipent sur la très chic plage de Lausanne-Ouchy, comme cette élégante naïade sur un ancêtre du surf. Jusque-là bien couverts, les corps se dévoilent grâce à d’élégants maillots de bain épousant les courbes. 
Si bras et jambes apparaissent à la plage, la mode change à la ville aussi dans ces années folles. Les vêtements deviennent plus commodes, alors qu’à Paris Coco Chanel prône la simplicité. Elle lance le chapeau cloche, que les femmes portent sur des cheveux courts. Et bientôt ce sera le scandale: la femme en pantalon...

1927. Lausannoises et touristes s’émancipent sur la très chic plage de Lausanne-Ouchy, comme cette élégante naïade sur un ancêtre du surf. Jusque-là bien couverts, les corps se dévoilent grâce à d’élégants maillots de bain épousant les courbes. Si bras et jambes apparaissent à la plage, la mode change à la ville aussi dans ces années folles. Les vêtements deviennent plus commodes, alors qu’à Paris Coco Chanel prône la simplicité. Elle lance le chapeau cloche, que les femmes portent sur des cheveux courts. Et bientôt ce sera le scandale: la femme en pantalon... Image: MUSÉE HISTORIQUE DE LAUSANNE

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Il y a la montée des nationalismes. Il y a cet appétit galopant pour les nouvelles technologies. Il y a la finance internationale qui inquiète et la création culturelle qui bourdonne. Oui, on pourrait imaginer quelques traits communs entre les années 1920, dites folles, et notre propre époque. Sauf que folles, nos années à nous ne le sont guère. À la frivolité et à l’insouciance d’alors s’est substitué un plombant pessimisme quant à l’avenir de notre planète, et de l’humanité avec.

«Après la Première Guerre mondiale, on peut encore croire à la construction d’un monde meilleur», note Mary O’Sullivan, spécialiste en histoire économique et professeure à l’Université de Genève. «Toutes les expériences étatiques que l’on a connues depuis n’ont pas encore été menées, ou sont alors en cours de réalisation. Les socialistes, comme les nationalistes, sont encore porteurs d’espoir. Un siècle après, cet espoir s’est souvent transformé en cynisme.»

Reste qu’elle fait rêver, cette décennie-là. Après l’horreur de la Grande Guerre, il s’agit d’ouvrir grandes les soupapes. Il faut danser, rire, jouir, pour oublier le charnier, pour panser les plaies. Sur les cendres du dadaïsme naît le surréalisme et son cortège d’intellectuels, cinéastes et artistes flamboyants: Breton, Aragon, Desnos, Picabia, Dalí, Cocteau, Buñuel… Voyez la brochette.

Le jazz traverse l’Atlantique, avec dans son sillage de nouvelles danses sexys et endiablées. Joséphine Baker brûle les planches parisiennes, courtement vêtue d’un pagne de bananes (elle triomphera au Métropole, à Lausanne, en janvier 1932). La radio se glisse dans les foyers, ouvrant une palpitante lucarne sonore vers le globe. Tout comme les disques et le cinéma, qui dessinent une nouvelle culture populaire débarrassée des vieilles frontières.

Une ère d'euphorie

La plupart des pays occidentaux vivent durant ces quelques années une ère d’euphorie prospère et fertile. L’économie pétarade. Le tram zèbre le canton. L’automobile s’installe en ville. Comme la Société des Nations qui, de Genève, promet un monde sans guerre.

Promesse hélas non tenue. Car dans ce ciel limpide s’accumulent de noirs nuages. Le Traité de Versailles a ouvert en grand le robinet aux frustrations, aigreurs et rêves de revanche. Mussolini trouve là un terreau fertile pour s’emparer du pouvoir dès 1924. Cinq ans plus tard, c’est Staline qui met un point final brutal aux espoirs nés de la révolution russe. Aux États-Unis, la décennie voit le sinistre Ku Klux Klan retrouver des adeptes à cagoule et du poil de la bête, tandis qu’en France naissent en cascade les ligues d’extrême droite. Le krach boursier de 1929 porte l’estocade. Bonjour la dépression économique, fini la rigolade.

Voilà, c’était il y a un siècle déjà. Quid des années 20 qui démarrent? Pas superrigolotes, a priori. Mais sait-on jamais. Recausons-en dans dix ans.

Créé: 18.01.2020, 14h54

Radio, téléphone et automobile: en avant la technique!

Trois inventions majeures, d’un usage absolument banal de nos jours, font leur entrée dans la vie quotidienne des Vaudois durant ces années folles: la radio, le téléphone et l’automobile.

Pour la première, Lausanne fait carrément partie des pionniers puisqu’elle est la première ville de Suisse et la quatrième en Europe, en 1922, à s’équiper d’un émetteur, dont le rôle premier est de transmettre des informations météorologiques aux avions de la ligne Paris-Lausanne. Mais très vite, elle émet aussi de la musique et, en août 1922, les passagers de l’un de ces vols peuvent écouter, stupéfaits, un concert de cors de chasse tout en admirant un troupeau de chamois sur un sommet du Jura! Et si, en 1924, on ne compte encore qu’un millier de postes à galène dans toute la Suisse, ils seront 300'000 en 1931, qui peuvent capter les tout nouveaux émetteurs de Sottens, de Beromünster et de Monte Ceneri.

Au début de cette folle décennie, les numéros de téléphone vaudois n’ont encore que quatre chiffres, alors que le Département des travaux publics étudie la faisabilité d’un réseau téléphonique cantonal avec centrale automatique, destinée à relier les différents départements de l’Administration cantonale, ainsi que les principaux offices qui en dépendent, préfecture, gendarmerie, Parquet, greffe du tribunal. On va bientôt se passer des «demoiselles du téléphone», qui établissaient jusque-là les communications, et pouvoir composer soi-même le numéro de son correspondant. Et de 3,3 appareils pour 100 habitants en 1920, on passera à 11 en 1940.

Ce fut un peu plus conflictuel pour l’automobile! On n’en compte que 8902 en Suisse en 1920, à 90% au service du commerce, des services publics, de l’industrie ou de l’agriculture, mais elles occupent nombre de conversations.

Dans un pays où l’on se déplace essentiellement à pied, voire à bicyclette, ces engins sales, bruyants, soulevant des nuages de poussière sur les routes non goudronnées de l’époque, sont accusés d’être un danger public, de propager les microbes, de gêner les déplacements des troupeaux de vaches, d’empêcher les enfants de jouer dans la rue. Sans oublier qu’ils abîment les routes, ce qui risque de coûter cher aux Communes... C’est pourquoi, dans le canton de Vaud, on leur interdit de rouler le dimanche! C’est d’ailleurs l’anarchie en Suisse, où, faute de législation fédérale, les Cantons font ce qu’ils veulent. Et certains rêvent d’imiter les Grisons, où les voitures seront totalement interdites jusqu’en 1926.

Mais la bataille est inégale. En été 1923, l’interdiction de rouler le dimanche sur les routes vaudoises est remplacée par une sévère limitation de la vitesse: 30 km/h en rase campagne, et 18 km/h en ville. En dépit de l’augmentation du nombre de morts sur les routes, rien n’arrêtera plus l’automobile. Même pas les réflexions sur cette époque où, décidément, tout s’accélère et où la vie devient frénésie, dit-on.

À Lausanne, les signaux de circulation font leur apparition en 1927, et dès 1929 les piétons n’ont plus le droit de traverser Saint-François n’importe comment, mais seulement sur les «chemins de protection» à leur intention, alors que l’on crée, sur cette même place, le parcage en épi pour mettre fin à l’anarchie.
Gilles Simond

Dans le canton, en quelques dates

1920 Premier Comptoir Suisse.
1921 Retour de la Fête des narcisses
à Montreux. Création du «Roi David», opéra d’Arthur Honegger, au Théâtre du Jorat. Ouverture de la ligne aérienne Lausanne-Paris-Londres.
1922 Inauguration du vélodrome de la Pontaise. La «Feuille d’Avis de Lausanne» tire à 40000 exemplaires.
1923 Signature du Traité de Lausanne, qui établit les frontières de la Turquie.
1924 Meeting international d’aviation de Lausanne: 20000 spectateurs.
1926 L’«Helvétie» mis à l’eau à Lausanne.
1927 Huitième Fête des Vignerons.
1928 Premier Congrès international d’architecture moderne à La Sarraz, avec Le Corbusier et Walter Gropius.

1929 Le dirigeable «Graf Zeppelin» survole le canton.

Interview

«En 1920, on se relève d’un effondrement fondamental»

Ludovic Tournès enseigne l’histoire internationale à l’Université de Genève. Également poète et musicologue, il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont une thèse consacrée à l’accueil du jazz en France. Il nous parle des années 20.

D’où vient cet adjectif d’années «folles»?

Je ne sais pas qui a trouvé le terme. Mais il est resté dans le langage courant car il résume bien l’esprit de l’époque. Après la Première Guerre, il s’agit de s’amuser, de tourner la page, de retrouver une certaine insouciance. Partout en Europe, les mœurs se libèrent. Il y a la mode féminine, le jazz que l’on découvre, la danse, les spectacles… Ce mouvement se double d’une relative prospérité économique. On voit aussi apparaître une nostalgie pour un «âge d’or» d’avant-guerre, censé avoir été plus heureux.

Existe-t-il des similitudes entre cette décennie et notre époque?

Je vois en tout cas une différence majeure. En 1920, on se relève d’un ébranlement fondamental: la Première Guerre mondiale. On ne peut imaginer ça aujourd’hui. L’onde de choc a été terrible. Le conflit a provoqué un véritable traumatisme au niveau social et culturel. On va essayer d’oublier. Il y a de la frivolité, de l’abandon. Aujourd’hui, il me semble que nous traversons plutôt une période anxiogène, due en particulier à la question climatique. Ce thème-là est d’ailleurs porté par la jeunesse, qui a une grosse conscience du problème. L’ambiance n’est pas la même. Il faudrait peut-être remonter aux années 60 ou 70 pour retrouver un peu cet état d’esprit.

C’est tout de même une décennie de montée des extrémismes politiques, comme celle à laquelle nous assistons aujourd’hui.

Je ne suis pas sûr que l’on puisse comparer. Il y a un siècle, ce phénomène est lié à la Première Guerre mondiale et au bouleversement des frontières. Le règlement du conflit n’a satisfait personne et provoqué toutes les frustrations. En 1920, il y a 60 millions de réfugiés, ce qui pourrait évidemment rappeler la situation actuelle. Mais à l’époque, ce ne sont pas ces flux qui sont directement responsables de la montée de l’extrême droite et de la xénophobie, mais clairement le conflit mondial et son règlement.

On pourrait également comparer notre addiction technologique et l’appétit d’alors pour les nouveaux supports et techniques.

Il y a en effet «une nouvelle économie» qui se met en place après la Première Guerre. Le disque, le téléphone, la voiture et le cinéma se développent, en offrant des ouvertures inédites sur le monde et en facilitant les communications. L’espace se rétrécit; un peu comme cela se passe avec le web aujourd’hui. Autre caractéristique: cette industrie s’adresse d’emblée au marché international. Les produits culturels venus des États-Unis, par exemple, qui visent naturellement plusieurs types de consommateurs vu le patchwork de la population américaine, sont taillés pour le marché global. C’est une des nouveautés de l’époque.

Propos recueillis par J.EST.

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