Le pseudo-secrétaire de Frank Sinatra prend 4 ans de placard

Sale affaire - 1967Coup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du «bon vieux temps».

Extrait de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du 21 février 1967.

Extrait de la «Feuille d'Avis de Lausanne» du 21 février 1967.

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Au milieu des années 60, le jeune William S., toujours sapé comme un prince, habitait un luxueux appartement à Genève, ville dans laquelle il se déplaçait en Cadillac avec chauffeur. En fonction de l’interlocuteur du moment, il se disait homme d’affaires international, acteur de télévision, mais aussi secrétaire de Frank Sinatra, agent immobilier, metteur en scène, ou tout simplement «fils à papa», héritier d’une entreprise pharmaceutique américaine. Le Genevois n’était rien de tout cela mais, au bénéfice d’un talent de baratineur hors norme, était apparemment capable de faire avaler n’importe quelle couleuvre à son pigeon du jour. Et sur tout l’arc lémanique, ils ont été nombreux à en faire les frais.

Cependant, toutes les bonnes choses ont une fin, et, le 20 février 1967, William S., 25 ans, se retrouve devant la Cour d’assises de Genève, accusé d’escroquerie par métier. La «Feuille d’Avis de Lausanne» a dépêché un de ses correspondants sur place. «On pourrait le prendre pour un étudiant studieux promu à un avenir intellectuel sans histoires, écrit Ph. G. Et pourtant, des histoires, il devait en engendrer d’extraordinaires pour pouvoir duper les victimes vaudoises et genevoises de ses 16 escroqueries pour lesquelles il est jugé.»

Ses victimes défilent à la barre: un chauffeur de taxi, abusé pour plus de 4500 francs, des fleuristes, un tailleur, un marchand de bibelots, un magasin de comestibles, un patron de restaurant qui subit un préjudice de 5000 francs. Mais aussi un architecte de La Tour-de-Peilz, à qui William S. promettait un prêt de plusieurs millions de francs et à qui il soutira plus de 100 000 francs. Le tout à coup de chèques sans provision, de faux télégrammes, de coups de téléphone imaginaires, de cachets imités ou de papier à lettres factice.

«Une de ses escroqueries les plus odieuses, écrit le chroniqueur, est sans conteste celle qu’il commit au préjudice [d’un Lausannois] avec lequel il entretint des rapports homosexuels. Il déclara à ce dernier avoir contracté à la suite de ces rapports une maladie vénérienne nécessitant un traitement médical coûteux.» L’arnaqueur réussit à soutirer plus de 14 000 francs à ce modeste employé, qui «se saigna littéralement, pour pouvoir lui fournir les sommes nécessaires à la guérison de sa pseudo-maladie».

«Dans ce monde hostile, il n’y a que l’argent qui prime»

Un éducateur genevois, qui connut S. adolescent, vient dire que ce dernier, «déjà dénué de tout sens moral à cette époque, avait connu une enfance lamentable». Interrogé par le président, S. déclare avoir agi de la sorte par réaction, par révolte contre sa condition. «J’ai voulu tenter ma chance! dit-il fiévreusement. Et je suis parti de l’idée que dans ce monde hostile il n’y a, à l’heure où nous vivons, que l’argent qui prime.»

Son avocat tente de plaider le déséquilibre mental de son client, après qu’un psychiatre a déclaré que celui-ci «bien que présentant une psychopathie caractérielle, avait la faculté d’apprécier le caractère illicite des faits qui lui sont reprochés». Le représentant du Parquet réclame 5 ans d’emprisonnement contre William S. Le 21 février, la Cour lui en inflige 4.

Les archives de la «Feuille d’Avis de Lausanne» sont consultables sur scriptorium.bcu-lausanne.ch

Créé: 23.09.2019, 11h34

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