On en sait plus sur le tsunami du Léman

Histoire d'iciLa réédition de l'ouvrage «Un tsunami sur le Léman» apporte la preuve terrestre de la catastrophe qui dévasta les rives du lac au VIe siècle.

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Les Presses polytechniques et universitaires romandes ont la bonne idée d’éditer cet hiver une nouvelle mouture du passionnant livre «Un tsunami sur le Léman», paru une première fois fin 2018. En réalité, auteurs et éditeurs n’avaient pas le choix. Car, les pages de la première édition à peine sèches, de nouvelles découvertes archéologiques apportaient des éléments inédits venant confirmer la thèse de l’ouvrage.

«Lors du vernissage du livre, le professeur Philippe Schoeneich, expert en la matière, nous annonce que lors de travaux de creusage d’un canal d’évacuation à Noville, une fouille d’urgence a révélé la présence d’un édifice gallo-romain qui aurait pu être perturbé par le fameux tsunami, se souvient Pierre-Yves Frei, auteur du livre. Je crois que je suis devenu pâle.»

Gigantesque onde de choc

Mais rappelons les faits, tels qu’on peut les reconstituer de nos jours. En l’an 563, entre 30 et 50 millions de mètres cubes de rochers se détachent du sommet de La Suche, éminence située au-dessus des Évouettes, dans le Chablais, sur la rive gauche du Rhône. Le puissance de la chute de ces matériaux dans le sol mou du delta du Rhône provoque une gigantesque onde de choc. Elle déclenche un glissement de terrain sous-lacustre et ce sont 250 millions de mètres cubes de sédiments accumulés sur les pentes du lac qui s’écroulent en direction des profondeurs.

Les vagues soulevées par ces phénomènes sont monstrueuses. Les simulations effectuées à l’Université de Genève permettent d’établir que la plus haute atteint 13 mètres lorsqu’elle passe devant Lausanne! Environ 70 minutes après son déclenchement entre les actuels Saint-Gingolph et Villeneuve, le tsunami frappe Genève avec une hauteur estimée à huit mètres. Car après avoir perdu de la hauteur dans sa course, il en a repris en arrivant dans le Petit-Lac, moins profond.

«La grande montagne du Tauredunum […] s’écroula si brusquement qu’elle écrasa un bourg qui était proche, des villages et en même temps tous leurs habitants»

Comment sait-on tout cela? Il y a plusieurs sources d’information. Deux textes d’époque, tout d’abord, dont celui de l’évêque Marius d’Avenches, auteur d’une chronique historique couvrant les années 455 à 581 ap. J.-C. À propos du tsunami de 563, le pieux homme a dû recueillir des témoignages. Il écrit: «Cette année-ci, la grande montagne du Tauredunum, dans le diocèse du Valais, s’écroula si brusquement qu’elle écrasa un bourg qui était proche, des villages et en même temps tous leurs habitants. Sa chute mit aussi en mouvement tout le lac, long de 60 milles et large de 20 milles, qui, sortant de ses deux rives, détruisit des villages très anciens avec hommes et bétail. Le lac démolit même beaucoup d’églises avec ceux qui les desservaient. Enfin, il emporta dans sa violence le pont de Genève, les moulins et les hommes et, entrant dans la cité de Genève, il tua beaucoup d’hommes.»

Ce témoignage est confirmé en 2010 par deux géologues de l’Université de Genève, Stéphanie Girardclos et Katrina Kremer, qui découvrent et mesurent au fond du Léman les dépôts de sédiments provenant de la catastrophe de 563 et déposés en quelques heures. La datation au carbone 14 de morceaux de bois trouvés dans ces sédiments, elle, confirme la date de l’événement. De son côté, l’étude géologique des collines qui parsèment le Chablais dans le triangle Chessel, Noville et Rennaz montre qu’elles sont issues de plissements, de vagues de terre soulevées par la chute des rochers de La Suche.

De nouvelles preuves

C’est ainsi qu’au moment de mettre la main à la première édition de son ouvrage, Pierre-Yves Frei regrettait «l’absence de preuves archéologiques terrestres dans ce dossier». Or c’est celles-ci que lui apportèrent les archéologues œuvrant à Noville peu après, sous la forme d’un fragment de mur et d’autres éléments de maçonnerie, mais aussi des pièces de monnaie, des céramiques et d’autres objets, tous pris dans des sédiments perturbés par l’écroulement du sommet de La Suche.

«Là, on s’est rendu compte qu’on avait en main tous les éléments de l’histoire, relève Pierre-Yves Frei. Afin de préparer une réédition du bouquin, on est alors retourné vers nos mécènes, qui nous permettent de le vendre à 19fr.90. Ce qui nous intéresse, c’est que chacun puisse y accéder.»

«Désormais, on peut découvrir entièrement cette histoire»

Un prix extrêmement modeste pour un ouvrage de cette qualité, il faut le souligner. Car Pierre-Yves Frei et son épouse Sandra Marongiu, qui a conçu graphiquement la chose et réalisé les nombreuses infographies, ne se contentent pas de narrer dans le détail l’histoire résumée ci-dessus. Le journaliste scientifique s’est lancé dans une véritable et passionnante étude pluridisciplinaire, faisant des détours par les manuscrits moyenâgeux, Jules César et les migrations helvètes, les carottages de sédiments, le façonnage du Léman par les glaciers, les controverses ou encore les autres catastrophes du genre.

«Désormais, on peut découvrir entièrement cette histoire, avec cette volonté de montrer qu’en fusionnant les sciences, on arrive à raconter une belle histoire», se réjouit-il. Ajoutez-y une riche iconographie et la conclusion s’impose: une réussite.

Créé: 12.01.2020, 09h02

Le livre

«Un tsunami sur le Léman - Tauredunum 563»
Pierre-Yves Frei et Sandra Marongiu
Presses polytechniques et universitaires romandes,
192 p., 19 fr 90

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