La Suisse avait accueilli les Hongrois à bras ouverts

Histoire d'iciNaguère, les frontières étaient moins étanches mais les cœurs plus grands.

Avant d'être dirigés vers des villes d'accueil, les réfugiés hongrois étaient cantonnés dans la commune frontalière de Buchs (SG).

Avant d'être dirigés vers des villes d'accueil, les réfugiés hongrois étaient cantonnés dans la commune frontalière de Buchs (SG). Image: Keystone

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Le 2 novembre 1956, il y a bientôt soixante ans, 2000 chars russes entrent dans Budapest pour écraser une insurrection estudiantine qui s’est déclenchée quelques semaines plus tôt, et à laquelle se sont ralliés des ouvriers. Le 4, quelque 200 000 Hongrois fuient leur pays pour s’exiler en Europe de l’Ouest, en trouvant un premier refuge en Autriche, où les autorités s’affolent d’un afflux chaotique de 120 000 d’entre eux.

D’autres Etats sont disposés à en accueillir, car cet exode soulève une compassion générale dans toutes les démocraties du continent. En Suisse aussi, où des universitaires zurichois avaient d’emblée proclamé leur empathie pour ces victimes de la dictature soviétique, les premières du bloc de l’Est à s’être insurgées. Et cette flamme se propage dans tout notre pays, y déclenchant le plus fort mouvement de solidarité de l’après-guerre. Le Conseil fédéral y adhère sans tarder.

Avec l’appoint de la Croix-Rouge suisse, des moyens de transports sont coordonnés pour la réception, entre novembre et décembre, de 14 000 exilés. Dans la commune frontalière saint-galloise de Buchs, où elles sont provisoirement cantonnées et soumises à des formalités de désinfection, les premières familles se voient applaudies par des autochtones souriants qui les couvrent de présents: drapeaux suisses, fleurs, fruits, habits d’hiver, cigarettes, chocolats, bonbons. Après quoi, des convois spéciaux des CFF les mènent à Schwytz, Zoug, Unterwald, Lucerne.

Puis dans des cités romandes tout aussi hospitalières: Genève, Neuchâtel, Montreux, où 350 arrivants sont reçus sur le quai par le syndic en personne. Selon la Feuille d’Avis de Lausanne du 15 novembre 1956, des coiffeuses montreusiennes offrent leurs services bénévoles aux réfugiés, cela deux ou trois fois par semaine.

Lausanne en hébergera 500, dans la caserne de la Pontaise. Ces «combattants de la liberté» (le terme de migrant n’était pas encore idoine…) y sont traités convenablement, au point de vue sanitaire, alimentaire aussi grâce au concours d’une population lausannoise généreuse en denrées diverses. De nombreux foyers s’engagent à inviter un Hongrois à leur réveillon de Noël 1956. Pour les autres, une association d’étudiants bénévoles parvient à récolter plus de 350 kg de pommes de terre, 100 kg de petits pois, 200 kg de fruits, etc.

A la Pontaise, les pensionnaires peuvent apprendre ou perfectionner leur français. On leur distribue des livres et des instruments de musique, car beaucoup en jouaient professionnellement dans leur pays. Nos élus locaux s’exerceront à trouver la meilleure solution pour inscrire ces nouveaux citoyens dans le tissu social de la ville. Quitte à s’écharper politiquement à la Palud, pour vitupérer la posture insuffisamment indignée de la gauche popiste face à l’infamie «bolchevique» qui les a réprimés. D’autres rappellent qu’un certain nombre d’entre eux sont de confession protestante, et qu’il manque de pasteurs parlant le hongrois…

Mais à Lausanne, comme dans la plupart des autres communes, c’est davantage grâce aux habitants ordinaires, le plus souvent anonymes, que ces nouveaux citoyens ont fini par trouver des possibilités de logement durable, de formation professionnelle conséquente et de travail. Même si leur intégration n’a pas toujours été facile (lire ci-contre).

En ce début de XXIe siècle, près de 4000 personnes de nationalité hongroise vivent en Suisse. Quelque 1400 d’entre elles, qui s’étaient naturalisés, sont retournés dans leur pays d’origine.

Créé: 20.12.2015, 11h57

Des immigrés aux «migrants»

Il y a soixante ans, les exilés de Budapest avaient trouvé dans le monde entier un accueil spontané. En Suisse aussi, même si des historiens affirment qu’elles furent surtout induites par des motivations anticommunistes, un besoin de main-d’œuvre bon marché, et la mauvaise conscience d’avoir naguère refoulé des victimes du nazisme. On a en parlé un jour avec la poétesse Agota Kristof (1935-2011), qui débarqua à 21 ans à Neuchâtel pour travailler d’abord dans une usine avant d’être reconnue comme une grande romancière francophone. Elle nous affirma sans détour que son «assimilation» ne fut pas pour elle une promenade de santé. Qu’aurait-elle dit du rejet de migrants du Sud qu’assume ouvertement l’actuelle Hongrie en érigeant un rideau de fer sur sa frontière avec la Serbie? «La situation n’est pas comparable, nous dit une de ses compatriotes, devenue à son tour Neuchâteloise: nous étions Européens et chrétiens comme vous.»

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