Quand Winston Churchill se ressourçait à Bursinel

Histoire d'iciOnze ans avant sa mort, le «Vieux lion» avait séjourné sur la Côte vaudoise.

L’ancien Premier ministre britannique traversant Lausanne le 11 septembre 1946.

L’ancien Premier ministre britannique traversant Lausanne le 11 septembre 1946. Image: MUSÉE HISTORIQUE DE LAUSANNE

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Le 24 janvier 1965, Sir Winston Churchill s’éteint à 90 ans à Londres, et c’est comme si «l’Empire mourait avec lui», écrira le Daily Telegraph. Et Paris Match, au lendemain de ses obsèques nationales: «Ce jour-là coulaient deux fleuves, la Tamise et un fleuve de larmes.» On vit même la reine Elizabeth II en verser quelques-unes. La cérémonie eut lieu le 30 dans la cathédrale Saint-Paul, en présence de nombreux chefs d’Etat. Retransmise en direct à la télévision, elle fut suivie par 350 millions de téléspectateurs de toutes les nations. De Suisse aussi, et peut-être tout particulièrement de Bursinel, dans le district de Nyon, où, deux lustres auparavant, il s’était ressourcé un été avec son épouse, Clementine, et leur fille cadette, Mary, âgée alors de 24 ans.

Après une visite triomphale à Lausanne, c’est dans ce pimpant village de La Côte qu’ils séjournèrent du 23 août au 16 septembre 1946. Un ami, le banquier genevois Alfred Kern, avait mis à leur disposition la villa de Choisi, propriété d’une société immobilière. Une résidence cossue s’étendant en pente douce vers le bord du Léman, que la route intercantonale sépare du vieux château de Bursinel – théâtre d’un épisode historique vaudois, celui, en 1527, de l’insurrection des chevaliers prosavoyards de la Cuiller. De dimensions plus modestes, ce castel avait été construit en 1828 pour une famille Delessert. Il fut un temps convoité par le roi d’Espagne Alphonse XIII, alors en exil à Rome, pour l’élégance classique de son avant-corps en demi-cercle, et l’opulence de sa décoration intérieure. Celle-ci n’impressionna guère Churchill, qui avait hérité de ses aïeux le château de Blenheim, dans l’Oxfordshire. Il jeta son dévolu plus simplement sur un fumoir Art déco pour y savourer des havanes et son indispensable whisky. Deux drogues qui jalonneront toute sa vie, une neurasthénie résurgente qu’il appelait «son chien noir».

Sa passion de peindre fut un meilleur exutoire. A Choisi, il planta son chevalet dans le parc, au plus près des lumières changeantes du lac, et porta une attention particulière à un îlot minuscule (10 m sur 15), situé à 70 m du rivage à galets, où se côtoyaient un sapin maigrichon et un bouleau chétif. Les habitants de la commune ne virent point ses peintures, mais même en villégiature le vieux lion était impressionnant. Dire que peu d’années auparavant ce vieillard tranquille avait dirigé d’une main ferme un gouvernement britannique quelquefois récalcitrant, donné l’ordre à l’ex-roi Edouard VIII et à son épouse compromise avec les nazis de s’exiler aux Bahamas, et commandé des armées terrestres, la marine britannique, la RAF…

Mais là, sur les berges lacustres d’un pays qui n’avait pas vécu les horreurs de la guerre, il se ressource en n’allant qu’au rythme de ses pinceaux sur des toiles – qu’il se faisait un honneur de clouer lui-même sur les châssis. Car, pour lui, toute grande œuvre devait être accomplie, de bout en bout, par un même créateur. Leçon artistique, leçon politique, leçon de chef de guerre.

Lui et les siens faisaient l’objet d’une surveillance rigoureuse. Selon la Feuille d’Avis de Lausanne, l’ancêtre de 24 heures, il y avait des agents de sécurité (suisses et britanniques) jusque dans les arbres.

Quant au service ordinaire, il était assuré par un majordome autochtone affable et souriant, un certain Vincent Blanchard, qui était accessoirement syndic de Bursinel! (24 heures)

Créé: 24.05.2015, 14h23

L'esprit corrosif de Sir W.

Parangon du flegme et de l’humour pince-sans-rire, Winston Churchill a laissé des piques et traits d’esprit qui tissent sa légende.

A la féministe Lady Astor qui lui lança: «Si j’étais votre femme, je mettrais du poison dans votre thé», il répliqua: «Si j’étais votre époux, je le boirais!»

Télégramme du dramaturge G. B. Shaw: «Vous ai réservé deux places pour la première. Amenez un ami, si vous en avez un.» Réponse de Sir Winston: «Présence impossible pour la première. Viendrai à la deuxième, s’il y en a une.»


Mots écrits:

«L’histoire me sera indulgente, car j’ai l’intention de l’écrire.»

«Une pomme par jour éloigne le médecin, pourvu qu’on ait la visette.»

«Le Tout-Puissant, dans son infinie sagesse, n’a pas cru bon de créer les Français à l’image des Anglais.»

«J’ai retiré plus de choses de l’alcool que l’alcool ne m’en a retirées.»

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