L’huile essentielle coule à Bassins depuis 42 ans

TraditionDans la distillerie familiale, deux passionnés cultivent et transforment diverses plantes en nectar

Jean-Marc Genevay et Frédéric Guenin produisent des huiles essentielles à base de plusieurs plantes qu’ils cultivent entre le bord du lac à Longirod.

Jean-Marc Genevay et Frédéric Guenin produisent des huiles essentielles à base de plusieurs plantes qu’ils cultivent entre le bord du lac à Longirod. Image: Christian Brun

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«Il faut un peu plus d’une tonne de plantes pour produire un litre d’huile essentielle», explique Jean-Marc Genevay en supervisant la production de l’après-midi. Dans la grande halle de la distillerie, implantée en bordure du village de Bassins au pied du Jura, une forte odeur d’essences mélangées flotte dans l’air. Plusieurs mètres cubes de livèche, récoltée le matin même, attendent de rejoindre les cuves dans lesquelles elles vont être transformées en huile essentielle. Cela fait 42 ans que l’entreprise cultive ses propres variétés de plantes aromatiques et médicinales, dont le nombre a augmenté au fil des ans, assurant une continuité entièrement locale, de la pousse au produit fini.

L’aventure a démarré en 1975 avec les parents de Jean-Marc Genevay et l’oncle de Frédéric Guenin, habitants de Bassins qui ont mis leurs domaines agricoles en commun pour se lancer dans cette folle aventure. La nouvelle génération a progressivement pris la relève, d’abord en 1985 avec Jean-Marc puis en 2000 avec l’arrivée de Frédéric. Formé par ses pairs, le duo se qualifie encore «d’aventuriers qui doivent se débrouiller, rechercher et sans cesse innover», afin de garantir l’avenir de l’entreprise, la seule de ce type dans la région.

«Lorsque les gens pensent à des producteurs d’huiles essentielles, ils nous imaginent en chemise blanche dans un laboratoire, mais en réalité nous passons nos journées en salopette dans les champs», sourit Jean-Marc Genevay. Avec une demande toujours plus forte, le duo a doublé son volume de production en 10 ans. Les cultures s’étendent aujourd’hui sur 40 hectares répartis entre le bord du lac et Longirod – certaines parcelles étant gérées par d’autres agriculteurs, faute de place. Camomille romaine, lavande, persil ou encore estragon poussent au gré des saisons et des demandes des clients. La majorité des huiles essentielles sont destinées à l’industrie agroalimentaire et à la parfumerie fine.

«Dans la composition de certains anciens parfums de luxe par exemple, ils privilégient les essences naturelles aux synthétiques.» La camomille romaine reste la star en la matière. Dans le domaine de l’alimentaire, la livèche peut se retrouver dans la charcuterie comme épice ou comme condiment dans des plats préparés. Avec l’engouement pour l’aromathérapie et l’intérêt grandissant du public à comprendre le système de fabrication, les complices se sont lancés, avec l’aide de leurs épouses, dans la production de leurs propres cosmétiques – de l’eau florale aux gels douche ou aux sprays d’ambiance à base de leurs huiles essentielles – préparés dans des laboratoires du coin.

Un savoir-faire qui se cultive

Pour extraire ces nectars aux nombreuses vertus, les agriculteurs ont recours à la distillation. Les plantes, placées dans des cuves, sont chauffées par la vapeur d’eau. L’huile essentielle s’évapore dans l’eau. Une fois condensé, le liquide décante. Comme l’huile essentielle est plus légère que l’eau, cette dernière reste en surface et peut être facilement prélevée. Pour obtenir une qualité homogène, les deux hommes ont passé des heures à adapter le processus à chaque espèce. La composition de l’huile peut varier selon quelle partie de la plante est utilisée, mais aussi selon sa maturité et sa variété. La paire peut passer jusqu’à 5 ans à tester de nouvelles essences, comme actuellement avec la mélisse.

Depuis quelques années, ils ont élargi leur offre avec l’extraction d’huile essentielle de sapin, qui représente aujourd’hui 10% de leur production. Avec la fin prochaine des récoltes de plantes, ils commenceront fin octobre avec les conifères dont ils trouvent les branches dans les bois du Jura.

Tributaires de la météo – ils ne peuvent récolter et donc distiller que par beau temps – ils attendent l’hiver pour prendre leurs vacances annuelles. «Ça tombe bien, on préfère le ski à la plage», lance Frédéric Guenin en rigolant. (24 heures)

Créé: 30.09.2017, 10h02

Comment ça marche?


La distillerie de Bassins cultive plus d’une dizaine de plantes, ici de la camomille romaine, sur un domaine de 40 hectares.


Lors de la distillation, les plantes sont placées dans de grandes cuves chauffées avec de la vapeur d’eau.


Le liquide contenant l’huile essentielle doit décanter afin que cette dernière, plus légère que l’eau, monte à la surface.

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