LSD: le carburant favori de la génération hippie

1967: «Summer of Love» (3/5)Il y a cinquante ans, la Californie vivait sa lune de miel hippie tout au long de ce que l’on a nommé le «Summer of love». Cette semaine, «24heures» vous raconte ce drôle d’été 67 plein de rêves, de promesses et d’amères désillusions.

Le bus bariolé des Merry Pranksters. Ce joyeux groupe de hippies aux idées et cheveux également longs sillonna les Etats-Unis pour promouvoir le LSD et la contre-culture, via des «acid tests», soirées où les participants étaient invités à avaler l’hallucinogène pour libérer leur parole et sentiments.

Le bus bariolé des Merry Pranksters. Ce joyeux groupe de hippies aux idées et cheveux également longs sillonna les Etats-Unis pour promouvoir le LSD et la contre-culture, via des «acid tests», soirées où les participants étaient invités à avaler l’hallucinogène pour libérer leur parole et sentiments. Image: TED STRESHINSKY/CORBIS

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Episode 1: L’été où 100'000 hippies affluèrent à San Francisco

Episode 2: Monterey Pop: le papa de tous les festivals open air

«Lucy in the Sky with Diamonds», entonnent joliment Lennon et McCartney sur la troisième plage, face A, de leur Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, le disque emblématique de l’été 67. D’emblée, l’acronyme du titre n’échappe à personne. Les Beatles nous chantent le LSD. Et le LSD, c’est la défonce la plus cool et gobée de l’époque. Plus encore, le psychotrope va devenir l’hostie, la muse, le supercarburant de la génération hippie. Sa tumeur peut-être aussi. Rarement on n’a vu, en tout cas, drogue à ce point consubstantielle à un mouvement culturel et social. «Si l’on faisait prendre du LSD aux hommes politiques, la paix régnerait dans le monde», déclare, avec un zeste d’ingénuité, David Crosby, des Byrds, au Festival de Monterey. C’est dire l’estime que l’on porte alors à l’hallucinogène. Sans acide, point de psychédélisme. Amen.

L’imaginaire en irruption

Pour nos chers lecteurs qui n’ont jamais boulotté un buvard d’acide, quelques présentations s’imposent. L’acide lysergique diéthylamide, synthétisé dans les années 30 par deux chimistes suisses (voir encadré), provoque une profonde modification de la perception. L’expérience, qui dure plusieurs heures, se nomme un trip, soit un voyage. Lequel peut être bon ou mauvais. Si tout va bien, le consommateur commence par glousser très fort. Puis décolle gentiment. Formes, couleurs, sons et odeurs se retrouvent alors tout chamboulés. La notion du temps s’efface. L’imaginaire s’emballe. Et à l’atterrissage, le sujet se souvient de tout son périple intérieur. Ce qui n’est pas le cas avec le pastis, par exemple.

Pour ses prosélytes hippies, le LSD n’est pas simplement un chouette moyen de se mettre sur le toit. Mais la possibilité d’un voyage émancipateur dedans son soi-même. Parfaitement. «On vante alors les mérites d’une exploration contrôlée des richesses de l’inconscient, ouvrant les portes dans le mur vers l’autre monde», explique Jean-Marc Bel dans En route vers Woodstock (Ed. Le Mot et le reste). «Les visions que révèle ce monde intérieur sont sources de créativité et moyens d’analyse; elles aident à maîtriser ses propres flux mentaux et son agressivité.» De là à penser que tous les gobeurs d’acide deviennent géniaux, il n’y a qu’un pas que l’on s’abstiendra évidemment de franchir. D’ailleurs, quelques-uns d’entre eux ne regagneront jamais le plancher des vaches une fois leur trip achevé.

Plusieurs figures tutélaires vont assurer la promo et la diffusion du LSD dans la Californie des sixties. Les écrivains de la Beat Generation William S. Burroughs et Allen Ginsberg ouvrent le bal dès les années 50 en expérimentant, dans la joie ou pas, les effets du psychotrope sur la création littéraire. Une décennie plus tard, un professeur de psychologie à Harvard nommé Timothy Leary, et surnommé «le prophète de l’acide», propose à ses étudiants, et étudiantes surtout, un programme d’études sous LSD, qui relève plus du happening psyché que des travaux pratiques. Il se fait virer, comme de bien entendu, et démarre une carrière de théoricien et gourou de l’expérience hallucinogène.

Il faut aussi citer l’impayable Augustus Owsley Stanley, fils et petit-fils de gouverneur, prof de chimie à Berkeley, qui devient le plus actif et légendaire des chimistes underground en fabriquant des millions de doses d’un excellent LSD cédé à petit prix. L’homme fournit en particulier les Merry Pranksters, joyeuse bande de nomades bien perchés sillonnant dès 1964 le pays à bord d’un bus bariolé. Mission: encourager la consommation d’hallucinogènes en proposant de gaies soirées sous LSD, ou acid tests. Composés de personnalités hautes en couleur, les fougueux Merry Pranksters auront un rôle clef dans la propagation non seulement de l’acide, mais aussi d’une vision alternative, psychédélique et créative de l’American way of life.

Je suis un oiseau

On pourrait longuement gloser sur les conséquences fâcheuses qu’eut souvent l’ingestion, ou l’indigestion, de LSD pour les enfants du flower power. Les très mauvais trips, les redescentes fatales, les noyades, les accidents stupides (je suis un oiseau; je peux voler: et paf), les dépressions, les égarements durables, les addictions et tutti quanti. Reste que le plus célèbre des hallucinogènes de synthèse fut le catalyseur d’un art graphique novateur et souvent épatant (voir notre der de demain) ainsi que d’une musique libre, candide et authentique. L’expérience psychédélique inspira directement, de leur propre aveu, le travail des Beatles, de Hendrix, des Byrds, des Doors et de centaines d’autres. Révélateur est, à cet égard, le petit nom que l’on donna alors à la zizique barrée et électrique des groupes chevelus de San Francisco: l’acid rock . Difficile d’être plus clair. (24 heures)

Créé: 05.07.2017, 09h02

Sandoz, les nazis et la CIA

En 1938, Albert Hofmann, un chimiste bâlois qui travaille chez Sandoz (futur Novartis), synthétise le LSD en travaillant sur les applications thérapeutiques de l’ergot de seigle. L’expérimentation tourne court. Cinq ans plus tard, le chercheur remet la molécule sur le métier. En ingère par mégarde. Et se retrouve tout chose. A partir de là, le LSD va être testé sur des milliers de patients dans l’espoir de guérir névroses ou psychoses. Les nazis s’intéressent un moment à la chose. Avant que l’armée américaine et la CIA, qui flairent là une arme potentiellement redoutable, ne testent la drogue à leur tour, sur des cobayes pas toujours au courant de ce qui leur arrive. Parmi eux, certains garderont un souvenir ému de l’expérience, tel l’écrivain Ken Kesey, et deviendront paradoxalement des prosélytes farouches du psychotrope. Les protocoles d’expériences militaires s’achèvent en 1966. La même année, le gouverneur de Californie, Ronald Reagan, interdit l’usage du LSD.

Articles en relation

Monterey Pop: le papa de tous les festivals open air

1967: "Summer of Love" (2/5) Il y a cinquante ans, la Californie vivait sa lune de miel hippie tout au long de ce que l’on a nommé le «Summer of love». Cette semaine, «24heures» vous raconte ce drôle d’été 67 plein de rêves, de promesses et d’amères désillusions. Plus...

L’été où 100'000 hippies affluèrent à San Francisco

1967: «Summer of Love» (1/5) Il y a cinquante ans, la Californie vivait sa lune de miel hippie tout au long de ce que l’on a nommé le «Summer of love». Cette semaine, «24heures» vous raconte ce drôle d’été 67 plein de rêves, de promesses et d’amères désillusions. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

Dimanche, la population nyonnaise a refusé pour la troisième fois un projet des autorités visant à créer un foyer pour l'Etablissement vaudois d'accueil des migrants (EVAM). Paru le 25 septembre.
(Image: Bénédicte) Plus...