Leur maison, c'est désormais le monde entier

Après leur tour de la planète, les Romands Fabienne et Benoit Luisier sont devenus nomades.

Benoit et Fabienne Luisier, 34 et 32 ans, ont abandonné pour de bon la vie sédentaire peu après être rentrés de leur tour du monde.

Benoit et Fabienne Luisier, 34 et 32 ans, ont abandonné pour de bon la vie sédentaire peu après être rentrés de leur tour du monde. Image: NOVO-MONDE.COM

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Fabienne et Benoit Luisier ont toujours nourri des envies d’ailleurs. «On aimait voyager, sans imaginer autre chose que des vacances», raconte Fabienne. Il suffira pourtant d’une vidéo de cinq minutes, celle du Français Alex Vizeo résumant son tour du monde, pour que le couple décide de larguer les amarres. Les tourtereaux, qui se sont rencontrés à l’Université de Lausanne – lui venant du Valais, elle de Suisse alémanique mais ayant grandi à Lausanne –, habitent alors à Vienne. Il mène une thèse de doctorat en biomécanique, dans la modélisation en 3D de l’ostéoporose. Elle travaille pour une start-up.

Fonceurs, vifs et enthousiastes, mais la tête parfaitement sur les épaules (Benoit est «le pragmatisme incarné» selon sa compagne, et Fabienne a le dada des chiffres), ils préparent minutieusement l’affaire. Pendant des mois, une carte du monde décore leur salon viennois. Chaque soir, ils soupèsent les destinations, croisent leurs envies avec des impératifs budgétaires et climatiques. L’Afrique du Sud, la Namibie ou le Japon sont déclarés hors budget. Puis, un jour, ils acquièrent deux billets tour du monde à 3500 francs chacun. Ils ne le savent pas encore, mais de ce clic sur Internet découlera un changement de vie complet, qui commence par le blog Novo-monde.com. Lancé un mois avant le départ, il a vite connu un joli succès. «La préparation de notre voyage était devenue notre loisir favori et, comme on aime tellement les blogs, on a fini par lancer le nôtre. On l’a imaginé pour rester en contact avec les proches, mais très vite on y a mis toutes les informations pratiques qu’on avait récoltées.»

Du provisoire qui dure

Avant le départ, ils imaginent cette aventure comme une parenthèse dans une trajectoire qui semble bien esquissée. Benoit allait pouvoir reprendre sa thèse à Vienne ou en Suisse, Fabienne, à l’aise en français et en allemand, retrouverait bien du travail. À la manière décrite par Nicolas Bouvier dans «L’usage du monde», le voyage les a pourtant faits bien davantage qu’ils ne l’ont fait. La métamorphose débute dès qu’ils se posent Pékin. La Chine, où ils passeront deux mois et demi, a été «un choc culturel complet». En routards débutants, ils l’abordent avec un emploi du temps minuté. «On allait à deux cents à l’heure, avec un programme de visites très soutenu, ça nous rassurait. Puis on s’est rendu compte qu’il n’était pas nécessaire de tout planifier», se souvient Benoit. La barrière de la langue les forcera à improviser. «Un jour, nous ne sommes pas parvenus à prendre le train pour une destination qui nous tenait à cœur, toute la file au guichet s’y est mise pour nous aider, mais personne n’a pu lire le nom qui figurait sur notre carte en anglais. Nous sommes donc allés à l’endroit pour lequel on a bien voulu nous vendre un billet, et c’était aussi bien.»

L’apprentissage de la lenteur

Après la descente de l’Asie, du Vietnam à l’Indonésie, ils abordent l’Amérique du Sud. Ils s’arrêtent à Quito pour un cours d’espagnol de deux mois. «Ça a changé notre voyage, nous avons pu vraiment entrer en contact avec la population.» Le binôme se lance alors dans des treks en autonomie. Une ode à la lenteur qui les séduit au point qu’ils ne se sont jamais arrêtés de marcher depuis. «L’an dernier, on a fait l’itinéraire suisse de la Via alpina, 380 kilomètres en 25 jours de marche. Avant, un tel projet ne nous aurait jamais traversé l’esprit», sourit Fabienne. Autre bouleversement, en cours de voyage, Benoit décide d’abandonner sa thèse pour créer des sites Web. «J’ai toujours eu envie de faire ça. Je me suis lancé.» Au retour, les bourlingueurs ont bien essayé de se poser à Zurich. Ils travaillent dans la même société, mais cette vie n’est plus pour eux. «Au bout d’un an et demi, on a remis notre appartement à un expatrié, qui a repris tout ce qui s’y trouvait, des meubles à la vaisselle.» Depuis, ils n’ont plus de domicile fixe, vivent et travaillent où ça leur chante, tirant leurs revenus de leur blog et de leur société de conception de sites Web. «Nous gagnons beaucoup moins qu’avant, mais nous choisissons nos projets.» Ils savent que cette vie ne durera pas toujours, particulièrement lorsqu’ils décideront d’avoir des enfants. Mais, pour l’instant, leur maison, c’est le monde. (24 heures)

Créé: 03.06.2018, 08h45

Sur la route

Dans un ouvrage qui se veut avant tout pratique, les auteurs ont glissé des anecdotes vécues durant ces dix-neuf mois hors norme. Morceaux choisis.

Une surprise de taille
Benoit a demandé Fabienne en mariage sur la Grande Muraille de Chine. «Il m’a vraiment eue par surprise», rit-elle. «Ce n’était pas prémédité», se défend-il. La preuve, la bague achetée à Pékin a fini par rouiller.


La plus petite chambre du monde

À Hongkong, le couple jette son dévolu sur un hébergement bon marché dont les photos en ligne semblent prometteuses. Au final, la chambre fait 5 m2, salle de bains comprise. Pour y tenir à deux, l’un doit être installé sur le lit.


Suissesse en route depuis seize ans

À Xi’an, en Chine, leur chemin a croisé celui de la Neuchâteloise Marita, 68 ans, qui parcourait le monde seule depuis seize ans, sac au dos.


De drôles de petites annonces

À Chengdu, leur hôte couchsurfing les envoie observer un curieux manège dans le People’s Park. Ils découvrent des fiches pendues à un immense arbre et des gens autour qui discutent avec force, semblant négocier. Le soir, leur hôte leur livre l’explication: les personnes réunies autour de l’arbre y avait suspendu des petites annonces, en vue de débusquer des conjoints pour leurs enfants célibataires.

En chiffres
Les deux jeunes Suisses ont résumé leur tour en quelques chiffres marquants: 18 pays visités, 72 743 km parcourus, 213 lits différents, 16 langues parlées, 400 km de randonnée, 7 ascensions de volcans et… 53 degrés perdus en vol entre Buenos Aires et Helsinki.

Le guide du parfait globtrotter

«Destination tour du monde» n’est pas le récit du périple de Fabienne et Benoit Luisier. Il contient certes de jolies anecdotes tirées de leur aventure, mais l’ouvrage se présente bien davantage comme un guide pratique à l’intention de ceux qui souhaiteraient tenter l’aventure. «Nous ne voulions pas raconter notre voyage. Nous sommes des gens normaux partis faire une expérience extraordinaire à notre échelle, pas Mike Horn, rigole Fabienne. Nous voulions plutôt dédramatiser le voyage au long cours et inciter les gens à se lancer.» Le secret: bien préparer son exploration de la planète, et la calibrer à son image. Tous les points sont abordés, rétroplanning, estimation du budget, annonce aux proches et leurs principales réactions, vaccins nécessaires, choix des habits, optimisation du sac à dos. Mais aussi, sur place, l’organisation d’un trek en autonomie, les dangers prévisibles ou les astuces pour travailler à l’étranger. Sans oublier leur philosophie du voyage, la gestion de l’ascenseur émotionnel à des kilomètres de chez soi, ou l’évolution du mental du voyageur au fil des pérégrinations. En fin de recueil, ils donnent la parole à dix autres blogueurs voyageurs aux profils variés: en solitaire, en couple, en famille ou en fauteuil roulant. Le tout illustré par les dessins et les infographies de Florian Bellon. De quoi bien préparer une parenthèse enchantée ou, comme Fabienne et Benoit, ce qui conduira à un réel changement de vie.


«Destination tour du monde»
Fabienne et Benoit Luisier
Illustrations de Florian Bellon
Ed. Helvetiq, 184 p.

En dates

2013
Le 19 août, Benoit et Fabienne Luisier s’envolent pour Pékin. Après deux mois et demi en Chine, ils poursuivent par Taïwan, le Vietnam, le Cambodge, la Thaïlande, le Laos, l’Indonésie, l’Australie puis l’Équateur.

2014
Ils décident de ne pas prendre le vol de retour qui les attend en août à Bogotá et prolongent leur périple de sept mois, en grande partie en Amérique du Sud, puis en Finlande, en Géorgie, en Lituanie, en Turquie et en Grèce.

2015
En mars, retour de leur périple et installation à Zurich. Elle et lui travaillent dans la même société, mais comprennent rapidement que ces horaires fixes et cette vie sédentaire n’est plus pour eux.

2016
En juillet, le couple se marie et annonce ce jour-là aux proches leur projet de devenir nomades. Ils passent d’abord un mois et demi à Chiangmai. Suivront notamment Minorque et la Bretagne.

2018
Sortie de «Destination tour du monde». Leur blog Novo-monde.com, ouvert en 2013, draine désormais 90 000 visites par mois. En ce moment, le couple sillonne la France pour un mandat touristique.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Visite du pape en Suisse, paru le 21 juin.
(Image: Bénédicte) Plus...