À Melbourne, Federer n’en finit pas de redéfinir ses attentes

TennisDouze ans après les ravages du «monstre», le Bâlois gère tout des attentes du public. Mais il entretient le flou sur les siennes.

Roger Federer a passé sans encombre le premier tour.

Roger Federer a passé sans encombre le premier tour. Image: Keystone

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Melbourne est pour Roger Federer un lieu de vérités. Une vérité mathématique: il y est devenu pour la première fois No1 mondial (2004). Une autre sémantique: il y a lâché son aveu le plus fort: «J’ai créé un monstre» (2008). Enfin cette vérité la plus intime: celle qui l’a conduit vers un lâcher-prise inédit et le titre qui a redéfini sa carrière (2017). Alors en regardant le «Maître» déclasser Steve Johnson lundi matin, on s’est pris à chercher en lui ce qui restait du monstre et de l’insouciant. Étaient-ce les fantômes du premier qui l’avait poussé à avouer ses doutes avant d’entrer en scène? Existe-t-il encore de la place pour le second, même à 38 ans, même lors de cet interminable rappel qui le transforme chaque saison un peu plus en rock-star?

Une énorme différence

Poser ces questions revient à interroger les attentes de Roger Federer. Les exigences qu’il s’impose, les objectifs qu’il se fixe et les rêves qu’il s’autorise. D’un côté, le Bâlois a passé l’âge de devoir prouver quelque chose. Mais de l’autre, il n’y a jamais eu autant de gens à la surface du globe qui rêvent de le voir signer un dernier exploit. Le paradoxe a quelque chose de monstrueux, non? «Quand j’ai dit que j’avais créé un monstre, je pensais aux attentes du public, nous a-t-il expliqué lundi. À cette époque, c’était un drame quand je perdais un set. Ma cote pour une victoire finale était ridiculement basse. C’était dingue. Avec le recul, je crois que l’expression était assez juste.»

Et les choses ont-elles vraiment changé douze ans plus tard? «Complètement. Car celui qui connaît un peu le tennis comprend que le mec de 38 ans (sic) ne peut pas être le favori numéro un du tournoi. Sur les deux semaines d’un Grand Chelem, ce statut revient à ceux qui sont dans la force de l’âge. C’est un constat et il m’enlève de la pression. En plus, j’ai l’impression de pouvoir évoquer plus ouvertement mes limites du moment depuis ma blessure (2016). C’est une énorme différence avec la séquence 2004-08 durant laquelle j’avais l’impression de devoir tout gagner.»

Pour son 21e Open d’Australie, Roger Federer ne se sent donc plus obligé de rien. Son agent Tony Godsick aime d’ailleurs le rappeler lorsqu’il faut tempérer des ardeurs ou raccourcir une obligation. «Il a 38 ans et quatre enfants, les gars…», glisse-t-il dans un sourire entendu. C’est vrai. Mais il y a un mois à Dubaï, ce bon père de famille se demandait comment faire pour ne pas revivre une saison sans titre majeur. «Comment est-ce que je passe le cap? Est-ce que je dois changer quelque chose? On va tout mettre sur la table avec Seve (Lüthi) et Ivan (Ljubicic) pour être certains de bien se comprendre.»

«Les pulsations vont monter»

Avouez qu’un discours détaché sonne autrement. Si «RF» s’est depuis longtemps libéré de son vieux monstre, il ne sera jamais plus l’insouciant de la parenthèse enchantée de 2017. Pour le reste de sa formidable carrière, la vérité de ses attentes se situe donc au milieu. Quelque part entre les regrets du vieux sage notant que «les conditions sont aussi lentes qu’en 2019» et cet avertissement teinté d’orgueil: «Il faudra beaucoup travailler pour gagner un point; les pulsations vont monter. Mais je me suis préparé pour cela.» En décembre, le Bâlois s’est même fait livrer à Dubaï ces balles Dunlop qui lui ont fait des misères l’année dernière. Sa conclusion: «Contre les meilleurs, il faudra bien réfléchir, notamment sur l’utilisation du slice et la bonne façon de basculer de la défense à l’attaque. L’année dernière, j’avais été un peu surpris contre Tsitsipas. Je pense être mieux préparé cette fois.»

Nouvelle vérité

Samedi, Roger Federer priait l’assistance de «ne pas [le] compter parmi les favoris». Lundi, il a confié sa feuille de route: «Arriver frais physiquement et mentalement en deuxième semaine.» Entre ces deux discours, le patron semble encore un peu chercher le bon ton. Une partie de lui est sans doute attirée par ce génial lâcher-prise qui avait estourbi Djokovic au Masters. Mais l’autre doit se souvenir qu’une ambition assumée l’avait mené à un point du titre à Wimbledon. Alors entre l’obligation de gagner (monstre) et le droit de perdre (insouciant), Roger Federer hésite. Il avance et compte sur le terrain pour révéler la nouvelle vérité de ses attentes.

Créé: 20.01.2020, 19h13

Ashleigh Barty et la théorie du «chaos»

S’il fallait encore une preuve qu’Ashleigh Barty avait mûri, elle est tombée lundi soir lorsque la No1 mondiale a trouvé les ressources pour écarter Lesia Tsurenko après un départ manqué (5-7, 6-1, 6-1). Premier «Aussie Open» comme patronne, des affiches «Barty Time» sur tous les murs de la ville et une arrivée tardive à cause d’un titre conquis à Adélaïde, l’affaire avait tout du piège parfait pour la championne de Roland-Garros. «Je fais de mon mieux pour gérer tout ça, expliquait l’Australienne au sujet de l’effervescence autour d’elle. Avec mon équipe, on la prend comme une aventure et on adore.» Un plaisir qui ne vient pourtant pas tout seul. «Parce qu’un Grand Chelem, c’est différent. Il y a tellement de monde entre les joueurs de simple, de double, les familles, les coaches. Il faut réussir à séparer cet environnement de ce qu’il se passe sur le court. C’est un apprentissage et je pense me sentir de plus en plus confortable au fil des années.» Ashleigh Barty a tout intérêt. Parce que l’Australie attend une gagnante depuis 1978 (Chris O’Neil) et la pression populaire ne va faire qu’augmenter.

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