Mike Horn: «Je n’ai pas le droit de tricher. Sinon, je meurs!»

Tribune des ArtsEntretien sans filtre d'un homme à la fois fascinant et attachant.

Mike Horn vient d'entamer la dernière étape «Pole2Pole». Elle doit le ramener à Monte-Carlo via le pôle Nord.

Mike Horn vient d'entamer la dernière étape «Pole2Pole». Elle doit le ramener à Monte-Carlo via le pôle Nord. Image: Panerai / DR

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Est-il encore utile de présenter Mike Horn? Sa vie est une aventure à elle toute seule. Lieutenant dans les forces spéciales de l’armée sud-africaine, il décide de quitter son pays en 1990. L’histoire veut qu’à l’aéroport de Johannesbourg, il prit le premier billet d’avion à destination de l’un des trois seuls pays qui acceptaient les Sud-Africains sans visa: c’est ainsi qu’il atterrit en Suisse, à Zurich! S’il n’a jamais perdu son accent, Mike Horn a bâti sa réputation d’aventurier, dur au mal, au fil de ses expéditions. Rien ne lui fait peur! Il grimpe le Makalu sans oxygène, descend l’Amazone en hydrospeed, affronte le froid sur le cercle polaire... Tout-terrain, indestructible, il est surtout un formidable communicateur, distillant ses mantras sans filtre. Avec cette pointe d’humour qui le rend immédiatement sympathique. Une personnalité fascinante qui fait le bonheur de la TV française depuis quatre ans.

Lorsqu’on lui a téléphoné, Mike Horn se trouvait encore à Hong Kong, avec ses deux filles, Annika et Jessica – qui, depuis le décès de leur mère, Cathy, en 2015, emportée par un cancer du sein, se chargent de sa logistique. Le Sud-Africain s’apprêtait à attaquer la dernière étape de son expédition «Pole2Pole» qui doit l’amener jusqu’au pôle Nord par la mer, via le Japon, l’Alaska et le détroit de Béring. «Je devrais revenir à Monte-Carlo vers la fin novembre», souffle-t-il. Mais, avant de lever l’ancre, il a pris le temps de parler de lui et... d’écologie. Avec la franchise qui le caractérise.

Avec son épouse, Cathy, décédée en 2015 des suites d'un cancer du sein

Est-il vrai que, l’an dernier, vous avez dû repousser cette étape vers le nord à cause du réchauffement climatique?
C’est exact. Une bande de glace s’est détachée de la banquise et a dérivé au nord du détroit de Béring. Elle m’empêchait d’entrer dans l’océan Arctique avec mon bateau. Ce phénomène est clairement une conséquence de l’été caniculaire que nous avons vécu en Europe en 2018. Ces grosses chaleurs précipitent la fonte des glaces. Ainsi, c’est la première fois que le Grœnland en était dépourvu... Là, je ne pouvais pas passer où je voulais, j’ai préféré renoncer.

Vous êtes aux premières loges pour constater ces changements...
Je vis quand même beaucoup à l’extérieur, au contact de la nature. J’ai près de 30 ans d’expéditions derrière moi, j’observe les changements sur le terrain plus vite que d’autres. D’autant qu’ils me concernent directement. Quand on planifie une expédition, on doit souvent jongler avec les dates de départ ou d’arrivée. L’été dure plus longtemps, l’hiver, désormais plus court, arrive de plus en plus tard... Il devient difficile de dire précisément où être et à quel moment. En 2018, au Nanga Parbat, dans la chaîne de l’Himalaya, il n’y avait pas autant de neige que d’habitude, à l’endroit où l’on peut grimper normalement.

Avez-vous toujours été sensible à la cause écologique?
J’ai toujours été intéressé par la nature et par le... rôle que l’homme joue dans la destruction de la planète. Il y a trente ans, lors de mon expédition «Latitude Zéro», j’ai traversé l’île de Bornéo et j’ai vu les arbres coupés, les forêts brûlées. Dans l’océan, il y avait déjà du plastique qui flottait... Aujourd’hui, il n’y a plus un endroit, sur la mer, où je ne trouve pas de détritus. Parfois même dans des endroits où personne ne vient. Hong Kong, et la Chine en général, a un impact énorme sur la production de déchets. Je ne pense pas que nous polluons plus aujourd’hui. Simplement, l’être humain a pollué pendant vingt-cinq ans sans se soucier de l’impact que cela pourrait avoir sur la planète.

Pourriez-vous vous engager personnellement et devenir une sorte de porte-parole?
Je trouve que l’on parle trop et que l’on n’agit pas assez. Je préfère être sur le terrain et tenter de mobiliser les industries, d’encourager les jeunes à monter des projets pour la préservation de la nature. Si on devait compter à 100% sur les politiciens, il n’y aurait jamais de changements. À mes yeux, l’environnement est l’affaire de chacun de nous, à notre niveau, dans notre manière de vivre, d’utiliser le plastique ou de consommer les ressources de notre planète. Évidemment, on ne peut pas réparer, tout seul, tous les dégâts sur la terre. Mais cette prise de conscience personnelle est essentielle pour notre avenir.

Qu’est-ce qui vous a le plus choqué?
Cette île de plastique que j’ai mis près de deux semaines à traverser dans le Pacifique... Elle a la taille du Mexique. Il y a plus de plastiques dans la mer que de poissons. Le pire, c’est que les poissons sont ensuite contaminés par tous ces bouts de plastique qu’ils bouffent. Des poissons qui se retrouvent dans nos assiettes au bout de la chaîne alimentaire... C’est quasiment du suicide!

En 1999, vous aviez entrepris le tour du monde par l’équateur, sans moyen de transport motorisé. À quelque part, vous êtiez un pionnier de la mobilité douce...
Tout va tellement vite aujourd’hui. On cherche à aller d’un endroit à l’autre sans perdre de temps, on ne prend même plus la peine de marcher. Même en vacances, on est pressé de visiter, on rêve de traverser vingt pays différents en cinq jours. Finalement, on veut tellement voir de choses qu’on ne voit plus rien... Est-ce que le luxe, aujourd’hui, ne serait pas justement de se poser, d’arrêter de courir, pour regarder autour de soi et de comprendre ce que l’on voit dans la nature? Notre meilleure manière de valoriser notre existence, c’est de prendre le temps, d’observer, d’apprendre...

Depuis quelques années, vous cultivez ce côté gourou, avec ces punchlines qui vont droit au cœur. Une impression exacerbée par vos performances à la télévision...
Lorsqu’on voyage, on dépense de l’argent et on a tendance à oublier tout ce qu’on a vu jour après jour... Avec ces émissions de télévision, j’offre un voyage à l’intérieur de soi-même. Parce qu’on peut devenir plus riche au travers des émotions que l’on vit. J’emmène ces stars françaises loin de leur zone de confort. Ils n’ont plus de rôle à jouer, ni d’image à protéger. Ils partent à la découverte d’eux-mêmes. En anglais, on parle de «soul discovery»... J’estime que chaque personne est unique, mais, au départ, je ne connais pas ces célébrités autrement qu’à travers les médias. Et, souvent, j’ai découvert des personnages qui sont aussi forts et déterminés dans leur vie quotidienne qu’ils le sont dans leur carrière.

Y a-t-il une personnalité qui vous a marqué plus qu’une autre?
Michael Youn. Il donne l’impression qu’il est heureux dans sa vie; que tout va bien à l’intérieur de lui. Il joue la comédie, il a du succès... Mais, en fait, à 40 ans, il estime qu’il n’a rien fait de sa vie et il comptait sur cette aventure pour rechercher les vraies valeurs de la vie. Comme moi, en fait! J’ai aussi apprécié les jours passés avec Adriana Karembeu. D’elle, on a l’image d’une petite princesse! Elle est mannequin, c’est une belle fille... Mais, dans des conditions météo extrêmes, elle ne s’est jamais plainte une seule fois, elle n’a jamais râlé, elle a accepté ces conditions, elle s’est révélée très forte de caractère. C’est la meilleure façon de traiter ses problèmes à l’intérieur de soi!

Que reste-t-il de ces rencontres une fois que les caméras se sont éteintes?
J’ai gardé des contacts avec certains d’entre eux. Nous avons vécu des choses très fortes ensemble, ce n’est pas juste une émission de télé-réalité. Pour moi, il est important qu’il y ait un sens! Ils ont appris quelque chose, au contact de la nature, ils sont allés au bout d’eux-mêmes. Ils n’auraient pas pu le faire s’ils avaient été tout seuls. Mais, de mon côté, j’ai aussi appris quelque chose à leur contact.

Qu’est-ce que vous apportent vraiment ces expéditions à titre personnel?
Dans le métier que je fais, je n’ai pas le droit de tricher. Sinon, je meurs! Le fait d’être longtemps seul avec soi-même, sous la tente, n’est pas difficile à vivre en soi. Mais tu as beaucoup de temps pour réfléchir aux vraies valeurs de la vie et à la façon d’être la meilleure version de toi-même. Ce sont ces moments-là qui te permettent de construire qui tu es. Mais ces connaissances, ces expériences, tu as envie de les partager. Je ne fais rien d’autre, en donnant des conférences ou en participant à des émissions de télévision.

En 2014, vous avez aussi aidé l’Allemagne à devenir championne du monde de football, non?
Mes études à l’université (ndlr. il a obtenu un diplôme dans le domaine de la science du mouvement humain à l’université de Stellenbosch) étaient consacrées à la psychologie du sport et aux risques de blessures: comment gère-t-on la pression? Comment repousser les limites? Encourager un groupe à tendre vers un seul et même objectif? Quand vous disputez une Coupe du monde, vous êtes motivés, forcément, mais il est important d’avoir une discipline quotidienne, d’en faire toujours un peu plus que les autres. C’est là qu’on peut faire une différence! Et, surtout, ne pas avoir peur de perdre, ne pas avoir peur de l’autre... Si vous jouez la finale de la Coupe du monde, avec la même mentalité qu’un gamin dans la rue, c’est-à-dire sans pression, vous avez de bonnes chances de l’emporter. C’est ce qui est arrivé!

D’où vient ce besoin de vous dépasser, de repousser sans cesse vos limites?
C’est venu très jeune... J’avais des parents qui laissaient leurs enfants s’exprimer. Petit, j’avais reçu un vélo et je pouvais aller où je voulais. Ma seule contrainte était de rentrer à 18 heures à la maison. Cela m’a permis d’explorer mon quartier. En toute liberté. J’avais aussi un père, joueur de rugby, qui se levait tous les matins pour faire son footing. Chaque matin, je l’accompagnais et j’essayais de le suivre, d’aller toujours plus loin avec lui... C’était naturel, je n’essayais pas de gagner ou de battre quelqu’un, je cherchais juste à m’améliorer. Et je n’avais qu’une seule crainte: que quelqu’un fasse mieux que moi. Un jour, juste avant de disputer son dernier match de rugby, alors que j’étais dans le vestiaire, il m’a demandé pourquoi, selon moi, il courait tous les matins. Sa réponse a été étonnante: il m’a dit que c’était moi qui l’inspirais! Il se levait parce que j’étais debout... C’est ce qui me fait croire que chaque enfant, chaque personne sur terre, dans la même situation que moi, peut traverser le pôle Nord ou le fleuve Amazone à la nage. (Tribune des Arts)

Créé: 07.06.2019, 17h34

Biographie Mike Horn

1966
Naissance le 16 juillet à Johannesbourg, en Afrique du Sud.

1984
Lieutenant dans les forces spéciales de l’armée sud-africaine.

1990
Arrivée en Suisse. Il s’installe à Château-d’Œx, où il rencontre sa femme, Cathy.

1999
Débute son tour du monde par l’équateur, «Latitude Zéro»: 40 000 km parcourus en seize mois!

2002
Entreprend le tour du monde par le cercle polaire: «Arktos».

2008
Sa nouvelle expédition, «Pangaea», l’emmène sur les cinq continents par la mer.

2015
Anime les émissions The Island, puis À l’état sauvage sur la chaîne M6.

2016
Lance son nouveau défi, «Pole2Pole», depuis le Yacht Club de Monaco.

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