Caprices de décolleté

Magazine encore!Accessoire séculaire, le soutien-gorge épouse les circonvolutions de l’histoire. Aujourd’hui, le séduisant dessous adore la légèreté.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Aujourd’hui, il peut être invisible pour laisser la place au vêtement, ou discrètement apparent, ou encore visible au point de devenir une pièce d’habillement. Quoi qu’il en soit, le soutien-gorge se doit d’être présent. Et cela fait des siècles que cela dure... Mais avant le Moyen Age, la tendance était plutôt à cacher les attributs féminins.

En Grèce antique, la silhouette androgyne était un must: ressembler aux hommes, c’était avoir un accès à l’instruction et au pouvoir… Pour dompter leurs formes, les femmes utilisaient des bandelettes et les jeunes filles se bardaient d’une sorte de ruban pour empêcher les seins de se développer. La même volonté de gommage s’observe chez les Romaines qui, avec le strophium, aplatissaient leur poitrine. Le Moyen Age semble plus enclin à assumer les rondeurs, et un premier soutien-gorge fait son apparition, très semblable à celui des débuts du XXe siècle. Les encolures des robes étant peu échancrées, les seins n’étaient pas exposés aux regards. Le but de ce sous-vêtement n’était plus de comprimer la poitrine mais de la soutenir. Seules les femmes de haute distinction étaient concernées.

Une période corsée

C’est alors que se profile le corset, au début cousu autour d’une armature en bois, puis en métal. Durant plus de 400 ans, il affine les tailles, faisant ressortir les hanches et les poitrines, devenues symboles de la féminité et de la beauté. Mais ce carcan n’est pas porté par toutes les femmes, «privilège» des nobles et des grandes bourgeoises, mais aussi des filles de petite vertu, qui devaient séduire pour survivre. Le corset, au propre comme au figuré, empêche la femme de respirer et de vivre librement. Réduite au rang d’objet consommable, elle doit soit se faire épouser, soit vivre de ses charmes. A l’aube du XXe siècle, à l’Exposition universelle de Paris, le corset paraît pour la première fois scindé en deux, entre gaine et «maintien-gorge». La mode s’empare de cette invention et la pousse sur le devant des magazines. Vogue, qui, à l’époque, n’existait qu’aux Etats-Unis, choisit pour nommer le soutien-gorge le terme bra (brassière). Les Américaines adoptent ce dessous, conçoivent des bonnets triangulaires reliés par un ruban et jettent les corsets aux orties. Progressivement, cet accessoire s’installe dans le quotidien des femmes. L’après-guerre met en avant les fortes poitrines, la plénitude, l’opulence. On entre dans le règne des pin-up et des soutiens-gorge qui transforment les seins en obus, pointus et lourds. Marilyn Monroe, Jayne Mansfield, en sont les icônes, tandis que Playtex lance, en 1954, le fameux cœur croisé, confortable. Une décennie plus tard, au tour de l’allemande Triumph de se rendre incontournable avec le modèle Doreen.

Marilyn Monroe, Photo de Herbert Dorfman

L’esprit fifties et ses seins pointus règne jusqu’aux années 1970. Le couturier Jean-Paul Gaultier en reprend les codes claironnants, les poussant jusqu’au paroxysme dans les années 1990, avec ses gaines et soutiens-gorge immortalisés par Madona et Mylène Farmer. Coïncidence ou pas, Wonderbra connaît elle aussi un énorme succès au début 1990 avec ses push-up imaginés dès 1961, qui font pigeonner les gorges comme pâtes à gâteau levées.

Les années 1970 débarrassent les femmes de nombreuses contraintes et beaucoup choisissent de ne plus porter de dessous. Mais dès 1980, les balconnets renaissent dans un esprit de séduction libérée. Entre amplifier, exhiber ou sobrifier, diverses philosophies coexistent depuis. Et aujourd’hui, les marques de lingerie fleurissent. Le soutien-gorge est devenu un accessoire de mode tel que chaussures, collants et dans une moindre mesure sacs à main.

Les codes ne sont pas les mêmes partout

Les ventes d’une maison comme Victoria’s Secret fléchissent en Europe car ses créations hypersexuées répondent davantage aux fantasmes masculins qu’aux envies féminines. Et ce, même si la marque américaine, après avoir collaboré en 2017 avec la très sexy maison Balmain, a demandé à la joyeuse Anglaise Mary Katrantzou de signer une collection tout en fleurs.

Il semble qu’en Europe nous nous soyons installés dans une ère d’harmonie, celle du «Golden ratio» ou «nombre d’or». Cette sorte d’équation, dont le résultat doit toujours être 1,61803398875, définit les proportions idéales en géométrie. Utilisée depuis l’Antiquité dans les domaines artistique et architectural, elle est aussi devenue règle d’or dans le secteur de l’esthétique. Sandrine Grept-Locher, médecin esthétique à Genève, applique cette référence à la poitrine et confirme la tendance: «On n’est plus dans la démesure. Celles qui se sont fait outrageusement gonfler les seins choisissent de revenir à des proportions plus normales. Les femmes veulent aujourd’hui des poitrines rondes, gracieuses et douces à regarder.»

«Nous sommes dans un mouvement naturel. Le bio, la phytothérapie, le végétarisme, tout cela se ressent dans la mode et dans les dessous.» Marie-Paule Minchelli, directrice de studio pour la maison française Erès

Erès continue à développer ses formes triangles, mais aussi des balconnets ou corbeilles emboîtants sans mousse ni coussinets. En outre, cette marque de lingerie a développé depuis peu des brassières ou caracos très habillés, qui maintiennent tout de même la poitrine. Dépassant des blazers ou des pulls, ils sont de plus en plus utilisés en guise de chemisiers.

Même son de cloche auprès de Kiki de Montparnasse, petite marque new-yorkaise: ses tops soutiennent les seins tout en s’affirmant un vêtement à part entière. Idem aussi chez La Perla qui oscille entre les triangles en dentelles et les caracos soutiens-gorge. Quant à Dior, il ne s’y fait «plus de ligne de lingerie depuis l’arrivée de Maria Grazia Chiuri, mais des pièces en transparence avec des brassières qui habillent les looks», explique Benjamin Bourgeron, attaché de presse international de la maison de couture française.

Les marques plus grand public comme l’italienne Intimissimi, qui a loué les services de l’actrice Sarah Jessica Parker pour sa campagne publicitaire, prêchent l’harmonie et le confort: les soutiens-gorge caracos en dentelles se portent sous une veste de smoking. On laissera le mot de la fin au docteur Sandrine Grept-Locher, qui pense qu’en Suisse et dans les pays voisins, «les Barbies à la poitrine volumineuse n’ont plus la cote. C’est à partir du moment où les volumes et les proportions sont respectés que l’on entre dans le domaine du beau.» Kim Kardashian et Nicki Minaj n’ont qu’à bien se tenir. (Encore!)

Créé: 13.04.2019, 10h08

Articles en relation

Lingerie trop sexy, non merci

FEMINA Émoustiller monsieur en string et push-up? Totalement démodé. Place aux sous-vêtements post #MeToo qui allient plaisir et liberté. Plus...

La Revue assume ses danseuses sexy

Thierrens Face au mouvement #metoo, est-il juste de présenter des femmes en froufrous sur scène? Les participantes répondent «oui». Plus...

Sexy, la love story des sexas

Roman graphique Zidrou et Aimée de Jongh touchent au cœur avec «L’obsolescence programmée de nos sentiments». Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.