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Deux filles du coin marient luxe et écologie

Selena Sieger et Natacha Reymond relèvent le challenge de rester vertes à tout prix. Le public suit.

Selena Sieger, talentueuse designer titulaire d’un Master de l’ECAL, et Natacha Reymond, de Lully, qui travaillait auparavant dans l’industrie du luxe.
Selena Sieger, talentueuse designer titulaire d’un Master de l’ECAL, et Natacha Reymond, de Lully, qui travaillait auparavant dans l’industrie du luxe.
DR

Le credo d’Allure Sauvage est né d’un constat: l’industrie du luxe se moque trop souvent de la planète. Selena Sieger et Natacha Reymond (25 ans toutes les deux) ont décidé de prouver qu’il est possible de changer la tendance et de proposer des accessoires branchés, beaux, végane et sans plastique.

Monter sa première entreprise n’est jamais aisé. Rester fidèle à sa philosophie sans faire de concession ajoute encore au degré de difficulté. Et pourtant les deux jeunes femmes se sont accrochées, franchissant pas mal d’obstacles – le dernier en date remontant à moins de deux semaines – et surtout répondant aux critiques des sceptiques avec franchise et enthousiasme. Retour sur une aventure colorée de vert et de… paprika.

Selena Sieger est Française et étudie le design et l’artisanat de luxe à l’ECAL. Natacha Reymond travaille dans les cosmétiques haut de gamme après son diplôme de l’École Hôtelière de Lausanne. Deux fashionistas assumées qui aiment les belles choses et ont l’œil pour repérer les accessoires originaux, les détails qui font toute la différence. Mais elles sont de plus en plus gênées par le manque d’éthique de cette industrie. «Dans ma famille, nous sommes très nature, explique Natacha Reymond, qui vit avec ses parents à Lully. On mange bio, on fait notre propre compost. En grandissant, je me suis intéressée encore plus à l’environnement. J’ai tenté le mois végane avant de devenir végétalienne.» En parallèle avec cette prise de conscience, la jolie brune se dit qu’elle aimerait monter son propre projet. Et, petit à petit, l’idée germe dans son esprit: proposer des accessoires de luxe végane et sans plastique, fabriqués en Suisse en respectant les artisans. Elle suit un cours d’entrepreneuriat, son projet remporte un prix et c’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Selena, dont elle a contacté le maître de bachelor à l’ECAL.

Une alternative nommée Piñatex

«L’aventure était lancée mais, immédiatement, nous nous sommes heurtées à la difficulté de trouver des alternatives au cuir et au plastique qui permettent de créer des produits qui soient beaux et qui ne fassent pas trop hippie. Il y a bien le cuir de champignons, mais pour le moment il ne permet pas le genre de finitions dont nous rêvions…»

Le duo poursuit sa quête et découvre le Piñatex, ce matériaux fait en fibres de feuilles de l’arbre à ananas qu’elles sont les premières à utiliser en Suisse. «On était totalement séduites, en plus l’ananas est très tendance, on en voyait sur des fringues, des accessoires, des objets déco… on se disait que nous pourrions faire le buzz.» Certes, mais pas simple pour une modeste start-up d’approcher le grossiste basé à Londres pour le convaincre de lui faire confiance et d’accepter qu’elle passe une toute petite commande. La beauté des lignes du prototype dessiné par Selena attire son attention, le discours des deux copines fait le reste. «Nous avons insisté sur le sérieux et la qualité du made in Switzerland, explique Natacha Reymond. Nous leur avons aussi parlé de Solar Impulse, de tous ces projets environnementaux qui viennent d’ici et ça a marché à une condition: que nous achetions du Piñatex dans une couleur très particulière, une sorte de corail très vif.»

Après quelques doutes (lire ci-contre), elles acceptent, confortées dans leur choix par les pages glacées des magazines branchés pleines de couleurs pétantes aussi bien pour l’ameublement que pour les vêtements. «Nous sommes super heureuses de travailler avec le Piñatex, même si les plus sceptiques nous critiquent à cause de son transport depuis les Philippines. Ces feuilles d’arbre d’ananas seraient brûlées si nous ne les recyclions pas. Nous collons d’aussi près que possible à notre philosophie, même si nous laissons une petite trace carbone. Nous essayerons de trouver autre chose la prochaine fois.»

La prochaine étape était de trouver un atelier en Suisse capable de fabriquer leurs pochettes. Toujours fidèles à leur credo «people-planet-profit» (les gens, la planète, le rayonnement), elles trouvent leur bonheur à Genève avec un atelier qui emploie des femmes en réinsertion professionnelle. La broderie, elle, est réalisée par une artisane indépendante à Yverdon. Le business plan bouclé, il restait à Selena et à Natacha à lancer leur campagne de financement participatif pour rembourser leur investissement initial et commencer une production régulière en 2018.

«Je me rends compte que nous avons été trop modestes en cherchant à récolter 5000 francs dans un premier temps. Malgré la courte durée de la campagne, et le changement de nom en urgence, nous avons réussi à rassembler 204% de ce que nous voulions, ce qui est extraordinaire!»

Le changement de nom en urgence a en effet été le dernier obstacle en date. «Nous pensions avoir vérifié partout qu’Ashoka, le nom que nous portions jusqu’en novembre, n’existait nulle part ailleurs, avoue Natacha Reymond. Mais au moment de lancer la campagne, une petite entreprise française s’est manifestée. Nous étions au fond du bac. Et puis Selena est arrivée avec Allure Sauvage et ça a fait tilt. Nous avons changé tous nos visuels en un clin d’œil!»

Le duo devrait sortir encore au moins une collection en Piñatex avant d’explorer d’autres cuirs végétaux.

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