Cette Louise-là a le cuir dans la peau

ArtisanatÀ Saint-Saphorin (Lavaux), la jeune sellière Louise de Bergh travaille à l’ancienne ses cuirs pour en faire des sacs inusables et garantis à vie.

Louise de Bergh et quelques-unes de ses créations en cuire naturel et solide.

Louise de Bergh et quelques-unes de ses créations en cuire naturel et solide. Image: DR

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Son atelier – dans son petit appartement de Saint-Saphorin – est tapissé de cartes postales, de photos et de dessins, comme les traces de la vie nomade et colorée de Louise de Bergh. C’est là que la jeune femme de bientôt 24 ans a installé les quelques outils dont elle a besoin pour la fabrication de ses sacs et autres pochettes, dans un vrai artisanat, au sens manuel du terme, qui ne la rendra jamais riche. «J’ai travaillé dans le domaine du luxe, pour un sous-traitant d’Hermès, mais ce n’est pas mon monde. On me parlait du sac Kelly (Ndlr: l’icône de la marque) mais je ne savais pas ce que c’était», sourit-elle de son visage juvénile.

Née à Versailles d’une bonne famille bourgeoise, la jeune Louise a d’abord pris la voie familiale, lycée, études de Sciences Po… Mais ce n’est pas son truc. Elle essaie exactement l’inverse, l’histoire de l’art à la Sorbonne, sans beaucoup plus de passion. «J’ai tellement tendance à m’investir dans mes sujets que j’avais peur de m’y perdre jour et nuit. C’est pour cela que j’ai choisi un métier manuel qu’on peut arrêter en fin de journée.»

Rencontres malgaches

Madagascar lui apporte une double découverte. Alors qu’elle y effectue une mission pour une ONG, elle y rencontre un futur médecin suisse qui y fait son service civil: il deviendra son compagnon. Et elle y fait la connaissance d’un chasseur sous-marin qui travaille ensuite le cuir de poisson. Alors qu’elle hésitait à se lancer dans le travail du bois, le cuir l’a tentée par le peu d’outils nécessaires. «C’est un matériau chaud, agréable à travailler.» Direction l’Atelier Grégoire, à Paris, pour une formation de sellière avant ses expériences professionnelles.

Mais c’est à Aigle qu’elle a la révélation, en travaillant avec Christophe Seewer. «Il m’a accueillie, m’a laissée utiliser son atelier sans rien me demander en échange.» L’artisan, qui travaille beaucoup pour les accessoires moto, utilise des cuirs tannés à l’écorce de chêne, coud à la main. «C’était tellement évident et le résultat est tellement plus beau.»

Depuis dix-huit mois à son compte et depuis six mois à Saint-Saphorin, Louise fait ses propres sacs et pochettes à l’ancienne. «Bien sûr, les cuirs tannés à l’écorce de chêne coûtent quatre fois plus chers que ceux tannés au chrome mais la matière est résistante, se patine avec l’usage jusqu’à devenir souple comme de la peau humaine. Elle est aussi beaucoup plus résistante, presque inusable, supporte l’eau ou la neige. En fait, plus vous l’utilisez, plus votre sac devient beau.»

Car l’artisane teinte aussi elle-même ses peaux, avec des teintures à l’eau qui épousent les veinages du cuir. Sa petite collection de sacs, dont le Petit Postier, le best-seller, se décline en plein de couleurs sauf le noir qu’elle aime peu. «Les couleurs sont très résistantes, c’est super.»

Mais elle aime aussi réaliser des commandes. «C’est important de connaître vraiment mes clients. Et qu’ils voient aussi mon travail. Ce n’est pas comme dans les ateliers industriels où ils peuvent multiplier les doublures, les fermetures éclair, parce que c’est fait à la machine. Moi, c’est tout à la main.»

Des animaux de ferme

Dans les peaux italiennes qu’elle achète (vache, mouton ou chèvre, «que des animaux qu’on mange par ailleurs»), elle commence par tailler ses morceaux. Puis elle marque les trous de la future couture pour qu’elle soit régulière avant de teindre le cuir. Vient ensuite la couture manuelle, à deux aiguilles, puis le lissage des tranches, à la cire d’abeille. «Ma clientèle a démarré très vite, dans mon cercle d’amis et de relations. Mais maintenant, je dois conquérir de nouveaux clients. Je suis au marché des artisans à la Palud, par exemple. Bien sûr, je ne gagne pas très bien ma vie mais je préfère que les gens puissent s’offrir mes sacs parce qu’ils sont à des prix raisonnables.»


L & Cuir, au marché de la Palud les 1er vendredi et samedi du mois. Sinon, sur
www.lcuir.com. Petit Postier dès 250 fr.

(24 heures)

Créé: 27.05.2018, 10h53

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