Le pic épeiche, un acrobate dépendant des vieux arbres

AnimauxFréquent chez nous, l’Oiseau de l’année 2016 de Birdlife Suisse joue un rôle-clé de notre écosystème.

La population de pics épeiches en Suisse (ici une femelle) est estimée entre 35?000 et 55?000 couples.

La population de pics épeiches en Suisse (ici une femelle) est estimée entre 35?000 et 55?000 couples. Image: Michael Gerber

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Il n’est pas aussi symbolique de la faune suisse que l’aigle royal, ni aussi coloré que le guêpier d’Europe ou aussi menacé que le gypaète barbu. Le pic épeiche n’en est pas moins le magnifique oiseau de l’année 2016. Et c’est tout sauf un hasard si la section suisse de Birdlife – l’association pour la protection des oiseaux – l’a choisi. C’est que le Dendrocopos major (son nom scientifique) est investi d’une mission «politique». Un mandat d’importance nationale, comme le confirme Marie Gallot, biologiste au siège romand de Birdlife, à La Sauge près de Cudrefin: «Nous avons lancé l’année dernière la campagne «Biodiversité dans les agglomérations». Or, le pic épeiche est un symbole qui plaide en faveur du maintien des grands et vieux arbres aussi bien dans les villes et villages qu’en milieu agricole ou en forêt.»

Birdlife l’affirme, la survie de ces grands arbres indigènes, indispensables à cette espèce et à tant d’autres, est tout sauf garantie: lors de constructions, de vieux arbres sont abattus et souvent remplacés par des essences exotiques, colonisées que par peu d’insectes et ne portant presque pas de fruits exploitables par les oiseaux. Quant aux arbres isolés, bosquets et autres haies hautes appréciées par le pic, ils se font rares en milieu agricole.

Ornithologue averti, Michel Antoniazza rappelle volontiers que le pic épeiche est une espèce parapluie. «En le protégeant, on assure la conservation d’un habitat particulier et de toute une gamme d’autres espèces qui y vivent aux mêmes conditions», explique l’ornithologue. Il faut savoir que le pic épeiche construit régulièrement, à la force de son bec puissant (lire ci-contre), de nouvelles cavités dans lesquelles il s’installe, pond et élève ses jeunes. Ses loges, une fois délaissées par leur architecte, profitent à une foultitude d’autres espèces. «Comme la chouette de Tengmalm qui prend possession des cavités jurassiennes forées par le pic noir, les oiseaux cavernicoles tels les mésanges, les sittelles torchepot ou les gobe-mouches noirs nidifient dans ses anciens trous», reprend le biologiste. Il en va de même de certains petits mammifères (le loir et le muscardin) et de différents insectes, comme les frelons ou les guêpes.

«En le protégeant, on assure la conservation d’un habitat particulier et de toute une gamme d’autres espèces qui y vivent aux mêmes conditions.»

En s’attaquant aux troncs, l’oiseau 2016 de Birdlife favorise aussi la colonisation des arbres morts par les champignons, les insectes xylophages de type coléoptères, dont l’action aide la décomposition. «Il participe ainsi au cycle de la nature», reprend Michel Antoniazza qui précise que le pic épeiche s’en prend le plus souvent à des arbres dépérissants.

Ce pic bigarré (une jolie tache rouge vif au bas-ventre et une seconde plus petite sur la nuque des mâles s’ajoutent à son plumage noir et blanc) agit davantage en gastronome averti que par pure philanthropie. Car, dans le bois pourri des vieux arbres, il débusque les larves dodues des coléoptères. A ce propos, il se murmure dans les milieux autorisés que l’ouïe du pic est suffisamment développée pour lui permettre d’entendre le bruit du grignotage de ces larves qu’il affectionne tout particulièrement. Il creuse ainsi de manière très précise et extrait son menu grâce à une langue dont il se sert comme d’un efficace ustensile de cuisine. Rétractile, elle peut en effet sortir d’une dizaine de centimètres hors de son bec et ainsi accrocher les larves grâce aux petits crochets qui se trouvent à son extrémité.

Pour y parvenir, encore faut-il que le pic épeiche joue les acrobates le long d’un tronc. Ce don, il le doit à une autre particularité anatomique. Pour s’agripper à l’arbre, à la perpendiculaire du sol, le pic peut compter sur le quatrième doigt de ses pattes. Mobile, il bouge avec un angle d’environ 45° et s’arrime efficacement à l’écorce. «De plus, il dispose de rectrices (les plumes de la queue) particulièrement rigides, qui forment avec ses pattes comme un trépied, lui offrant un appui bienvenu», note Michel Antoniazza.

Un omnivore gastronome

Sa pitance, le pic épeiche ne la trouve pas exclusivement enfouie dans les arbres. Omnivore, il ingurgite volontiers des graines de pives ou des noisettes, qu’il ramasse à même le sol, souvent après les avoir fait tomber. Pour y goûter, l’emplumé a une astuce. Ou plutôt une méthode bien rodée. Il coince le fruit dans une crevasse et pulvérise son enveloppe à coups de bec. Visiblement gourmet, il fait évoluer ses menus au gré des saisons. Il perfore au printemps les arbres pour en lécher la sève. A l’été, il ne crachera pas sur les chenilles et autres insectes qu’il pourra dénicher sur des feuilles.

L’oiseau Birdlife 2016 est sans doute le pic le plus connu en Suisse. De par sa population (on estime la présence de 35?000 à 50?000 couples) et de par sa répartition. Largement répandu, on le trouve partout jusqu’à la limite de la forêt, même si sa densité est plus faible en limite supérieure. Le pic épeiche n’est toutefois pas le seul picidé observable chez nous. Trois d’entre eux lui ressemblent par leur plumage: le pic mar, le pic épeichette et le pic à dos blanc (uniquement présent en Suisse orientale). On peut rencontrer le montagnard pic tridactyle, le grand pic noir (de 40 à 46 cm contre 23 à 26 cm pour le pic épeiche) et le pic cendré. Le flamboyant pic-vert complète cette famille. (24 heures)

Créé: 07.02.2016, 10h18

Une tête conçue pour résister au choc

Si le pic épeiche s’exprime en picassant ou pleupleutant, c’est plutôt par son tambourinage contre le tronc des arbres qu’il trahit sa présence, du?coup audible jusqu’à 800 mètres alentour. Une activité de percussionniste frénétique à laquelle le mâle comme la femelle s’adonnent dès les derniers jours de janvier pour annoncer la recherche d’un partenaire et délimiter par la même occasion leur territoire.

Le couple une fois formé, il s’attaque au forage d’une cavité dans un tronc d’arbre. Si son geste est aussi précis et répétitif que celui du poinçonneur des lilas, le tambourineur des arbres est bien plus violent. Son bec solide, sorte de ciseau à bois, frappe entre 5 et 20 coups par seconde, à une vitesse estimée de 25 km/h. Et cela sans pour autant occasionner de migraine au pic épeiche. C’est d’autant plus impressionnant que, sur une journée, l’oiseau actionne son marteau piqueur près de 12 000 fois! Il faut savoir que l’oiseau de l’année 2016 a été conçu pour encaisser au mieux la sévérité de ces chocs réitérés. La partie osseuse de sa mandibule inférieure, un peu plus longue, disperse via les côtes renforcées la violence du?coup sur le reste du corps. De plus, une structure osseuse spongieuse assure la transition entre le bec et l’os du crâne et amortit ainsi les coups de ce martelage systématique. Quant à sa boîte crânienne, elle est plus stable et plus épaisse que celle des autres oiseaux.

C’est sans doute ces prédispositions de résistance au choc qui avaient valu à l’un d’entre eux de survivre à une collision frontale avec la baie vitrée d’une maison campagnarde, il y a quelques années. Etourdi, mais pas tué, l’oiseau s’était relevé après être resté inanimé quelques instants sur le flanc. Et, après s’être secoué, avoir entrepris quelques pas hésitants, le pic était reparti à tire-d’aile en direction du?verger voisin, pour la plus grande joie d’une petite fille qui craignait d’avoir assisté à sa première mort en direct…

Trois autres pics


Le pic mar fait partie des pics qui ressemblent au pic épeiche. W. MÜLLER


Mesurant entre 40 et 46 cm, le pic noir est le plus grand de Suisse. R. AESCHLIMANN


Le pic-vert souffre de l’agriculture intensive. NABU/P. KÜHN

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