À Port Macquarie, là où le koala lutte pour sa survie

Reportage dans le seul hôpital d’Australie consacré aux koalas. Y arrivent les marsupiaux victimes des chiens, des incendies, des épidémies, et de tout ce qui menace l'avenir du célèbre animal.

Ce koala qui a perdu la vue va devenir un pensionnaire de longue durée.(Photo: Florian Cella)

Ce koala qui a perdu la vue va devenir un pensionnaire de longue durée.(Photo: Florian Cella) Image: Florian Cella

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Port Macquarie, Nouvelle-Galles du Sud, est à plus de 4 h 30’ de route de Sydney via l’interminable et rectiligne autoroute M1, la plus grande du monde, qui traverse sans s’inquiéter des roches rosacées, le bush et ces prairies où gambadent des kangourous en fin de journée. Un ciel du Pacifique et une highway à couper le souffle. Port Macquarie, un de ces bleds de quelques dizaines de milliers d’habitants dont on ne sait s’ils expriment le charme ou la démesure de l’Australie. Des lotissements à perte de vue, aux chemins proprets et aux pelouses à l’anglaise.

C’est pourtant là, au milieu de Lord Street et en bordure d’une ancienne propriété coloniale, que se niche l’unique hôpital pour koalas de ce pays-continent plus grand que toute l’Europe. Une petite clinique lancée en 1973 par un couple de commerçants. Des pionniers, dans une Australie peu réputée pour sa conscience écologique. À tel point que le koala, l’un des emblèmes de l’Australie, est désormais une espèce menacée.

Les soigneurs nourrissent les animaux avec du lait à faible taux de lactose.

«Le risque de le voir disparaître d’ici à 2050 est réel. L’autre jour encore, un couple de retraités m’a signalé que le vieux koala qu’ils voyaient chaque matin avait disparu. C’est partout pareil.» Scott Castle, assistant clinical director, un solide gaillard qui ne semble jamais quitter sa blouse médicale bleue, perd soudain son sourire jovial quand il évoque la situation de son animal fétiche. «Ils sont fascinants. Au début, j’étudiais autre chose. Et puis je me suis rendu compte qu’ils étaient un véritable indicateur de la biodiversité.» Par endroits, la population a chuté de 25 à 50% ces dernières années. Et ça s’accélère.

Le Koala’s Hospital est en première ligne. Cette poignée de passionnés étudie les déplacements des koalas au moyen de puces GPS. Sur des territoires bûcheronnés, des zones autrefois ravagées par les feux de bush, ou encore en contexte urbain. Et à l’heure où le gouvernement promet d’injecter 34 millions de dollars australiens pour tenter d’enrayer le déclin de l’espèce, mieux cerner les déplacements du marsupial est une priorité. Doivent en découler des zones protégées, si les privés qui possèdent l’essentiel des terres acceptent, ainsi que les fameux signaux jaunes «koalas crossing» près des coins dangereux. Déjà ça.

Le Koala’s Hospital est équipé de salles d’opération et d’observation.

«L’autre question, c’est la génétique des populations. Chaque population est différente et on ne peut pas réintroduire des koalas n’importe où. On peut évidemment faire du «koala breeding» en institution, mais c’est affaiblir le patrimoine de l’espèce», soupire Scott Castle, poussant la porte de la salle d’examen. Il fait tiède. Une odeur d’eucalyptus séchée flotte dans l’air avec celle du désinfectant.

Les patients graves

Comme dans une vraie clinique d’urgence, un panneau plastique où s’alignent les instructions au feutre informe l’équipe du jour de l’état des patients. Les plus graves se remettent dans des box protégés, le long d’un couloir éteint, nourris par millilitres de lait à faible taux de lactose. Breeza-Grant est dans un sale état. Elle a été heurtée par un train, les rayons X révèlent une fracture de l’arc zygomatique. Séquelles neurologiques probables. Natf-Zenani a survécu à un feu de forêt qui lui a ravagé les griffes. Oxley-Kaylee, jeune femelle, va être amputée du bras gauche et de son œil droit. Une journée standard.

Le parc de l’hôpital comprend un impressionnant lot d’eucalyptus.

Chaque koala compte, à Port Macquarie, où, entre les salles de soins, s’alignent toutefois de plus en plus de cages vides. La fréquentation de la clinique (normalement 200 à 250 petits blessés par an), est en baisse, à l’image de la population des marsupiaux.

Le résultat de l’urbanisation galopante. «Tout le monde rêve d’une maison entre les arbres sur la côte, ironise Scott Castle. Le problème, c’est que les koalas aussi.» La pression fait baisser drastiquement l’habitat naturel du koala, qui finit parfois par se concentrer à un animal tous les 50 m2, contre plusieurs hectares normalement. Les mâles se battent pour les meilleurs arbres. Ils se blessent. À la période des amours ou des naissances, les bêtes commencent à bouger («au sol, ça peut courir très vite un koala, sourit le soigneur. On ne les voit pas venir») et heurtent les voitures, tombent dans les piscines ou s’agrippent sur des lignes à haute tension. S’y ajoutent les sécheresses records et les incendies, démultipliés par le réchauffement climatique.

Un parc de réadaptation

Le Koala’s Hospital, c’est une structure unique en son genre, à mi-chemin entre cet amour anglo-saxon immodéré pour tout animal pourvu qu’il soit caressable, et une solide institution au crucial support scientifique, non subventionnée. Leur réseau de 200 volontaires qui arpentent la région en jeep à la recherche d’animaux blessés, une équipe de sept vétérinaires et biologistes, une fonction universitaire, un petit musée, une inévitable boutique. Et son parc de réadaptation où des files d’écoliers surexcités viennent sans cesse coincer leur nez et leurs doigts dans les grillages du parc destiné aux koalas convalescents.

Solidement perché sur une branche d’eucalyptus, impassible, clignant seulement un peu des oreilles, un joli gros koala ne les voit pas. Il est aveugle. «C’est le plus gros problème, indique Scott Castle. On appelle ça le «wet bottom». Des fesses souillées par des fuites urinaires, voire du sang.» Véritable peste noire des koalas, la chlamydia ravage les populations. Quand les koalas sont repérés avec leurs fesses humides, c’est que la maladie est déjà avancée. Résultat? Cécité, infertilité, ou décès. «On en sauve certains, mais le dosage thérapeutique est difficile à trouver. Il est souvent très haut», note le clinicien.

Leur grand regard perdu

Le koala aveugle avance, on lui tend une branche de fines feuilles. «Ici, on essaie de les toucher le moins possible, ajoute l’Australien. Il y a aussi ça avec le koala. Les gens veulent le prendre, le manipuler comme une chose adorable. J’ai vu des vidéos sur internet de koalas dans des zoos ou chez des gens. Ils adorent son grand regard. Mais ce sont des signes de stress. On ne devrait pas faire ça.» Si Scott Castle, refermant le grillage vert, reste confiant, c’est parce qu’il sait que le koala reste sauvable. «On peut y arriver. L’État de New South Wales projette de planter des milliers d’eucalyptus, mais c’est un projet à 25 ans. La seule question, c’est de savoir si on parviendra à rattraper notre retard.»

On reprend la Pacific Highway en direction de Sydney. La moindre couleur se rehausse lentement avec les derniers rayons du soleil austral. Au rebord des routes toujours rectilignes, de tristes bornes. Des grosses boules gris brun échouées tous les kilomètres. Des cadavres de kangourou.

Créé: 09.02.2019, 14h05

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Quelques-unes des menaces

Les chlamydias, la traître MST

Cette bactérie, probablement transmise par les bovins importés d’Afrique du Sud, s’est répandue de manière dormante chez la moitié voire les trois quarts des koalas dans certains endroits.

Et quand cette maladie sexuellement transmissible se réveille, notamment au printemps quand l’espèce est elle aussi réveillée par ses hormones, l’effet est ravageur. La recherche peine à comprendre le fonctionnement de l’épidémie et en est à suspecter une combinaison de virus.

Le traitement antibiotique est encore plus difficile, dans la mesure où il interfère avec le fragile équilibre digestif de l’animal.



La disparition des arbres isolés

Le défrichement industriel et agricole, largement incontrôlé dans cet immense pays, est également ravageur. Selon le Natural Concil de l’État, le phénomène s’est multiplié depuis les premières vues satellites de 2016, faisant disparaître les arbres isolés dont est friand le koala.

On les retrouve ainsi à marcher de longues distances au sol, exposés. Les images sont dramatiques. Le «Guardian» s’attendait, d’ici à 2030, à voir les abattages s’accentuer face à l’incapacité du gouvernement à réguler l’industrie et les propriétaires terriens. Dans le Queensland, l’équivalent de 1500 terrains de football de forêts est défriché chaque jour.



Attaques entre chiens et chats

Un koala, surtout un bébé (un joey, dans le vocabulaire australien), c’est une cible facile pour les chiens domestiques et surtout les chats haret qui pèsent lourd dans l’écosystème. Le problème? Un koala voit dans un ensemble d’arbres son territoire, y compris si ceux-ci sont dans l’arrière-cour d’une villa familiale jalousement gardée par un ou deux toutous pour qui il s’agit également du territoire.

Pour les spécialistes du Koala’s Hospital, le principal souci réside dans le fait que la plupart des blessures infligées ne sont pas visibles. Souvent internes, elles condamnent le koala à une mort certaine.

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