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A la rencontre des peuples de la laine

Héritier d'une entreprise textile de luxe, le Genevois est remonté à la source des produits les plus rares, chez les bergers du monde entier

En soi, le mohair n'a pas la préciosité du cachemire. Lustre et résistance le distinguent de l'angora d'origine turque, et encore ne faut-il pas confondre l'angora de la chèvre et du lapin. Les fermiers de Camdeboo visent le top, veillant à l'herbe grasse (et au confort gastrique), pouponnant les chevreaux. Les «kids» donnent le mohair immaculé le plus prisé.
En soi, le mohair n'a pas la préciosité du cachemire. Lustre et résistance le distinguent de l'angora d'origine turque, et encore ne faut-il pas confondre l'angora de la chèvre et du lapin. Les fermiers de Camdeboo visent le top, veillant à l'herbe grasse (et au confort gastrique), pouponnant les chevreaux. Les «kids» donnent le mohair immaculé le plus prisé.
JEAN-BAPTISTE RABOUAN
Afrique du Sud, savane de Camdeboo. La frisure des «kids», les chevreaux, assure l'élasticité du mohair le plus prisé.
Afrique du Sud, savane de Camdeboo. La frisure des «kids», les chevreaux, assure l'élasticité du mohair le plus prisé.
JEAN-BAPTISTE RABOUAN
... abrite de beaux spécimens mérinos à la toison bien fournie.
... abrite de beaux spécimens mérinos à la toison bien fournie.
JEAN-BAPTISTE RABOUAN
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L’auteur genevois Dominique Dormeuil insiste. L’ouvrage A la recherche des laines précieuses ne vise pas à promouvoir la maison de textile dont il a hérité. Fondée en 1842 par Jules, son patriarche, l’entreprise prospère depuis cinq générations en toute discrétion à la cour des riches et célèbres. Jusqu’au début des années 2000, des pages en livrée accueillaient au siège de la maison mère parisienne, rue Vivienne. «Moi, j’avais envie, raconte depuis Tokyo l’actuel président du groupe, de montrer ceux qui sont à l’origine de la laine, cette matière dont les défilés, les boutiques de mode haut de gamme célèbrent la noblesse. Je voulais rendre justice à ces ouvriers au quotidien dur.» De la part du patron, l’ambition semble d’autant plus sincère qu’elle se vérifie dans les photos édifiantes de son complice Jean-Baptiste Rabouan. Etalé sur près de trois ans, le retour aux sources du luxe et de la volupté s’est souvent pratiqué à la rude, en conditions réelles.

La famille Dormeuil semble avoir régulièrement généré des originaux, tels les frères Auguste et Alfred qui dès le XIXe siècle, exploraient l’Asie pour y déceler les plus fines soies chinoises. Leurs descendants allaient militer pour l’innovation, suivant très vite les pistes exotiques des marchands bourlingueurs. Ils prospectent les marchés américains, si singuliers par leur goût des coloris vifs. Des lointains comptoirs, ils ramènent des idées neuves, pratiquent le «sponsoring» dès les années 1930 en Europe, avec des sportifs de légende comme notamment, les «Mousquetaires» de René Lacoste. Très vite, ils installent une antenne au Japon qui n’apprécie que la sobriété chromatique. En 1986, le clan flaireur de tendances repère le grain de beauté d’un tout frais mannequin, Cindy Crawford, y associe son nom. Avec juste un «grain» de folie, la maison fusionne élégance française, qualité «made in England». A la base surtout, des laines d’exception.

«A 14 ans, je ne rêvais pas de reprendre l’entreprise, confie Dominic Dormeuil. Après l’université, j’ai travaillé avec mon père.» Le gentleman discret ne précise pas qu’il a gravi tous les échelons, balayant les ateliers du Yorkshire avant de conquérir le bureau du boss. Autour du monde, du Groenland au Ladakh, du Kirghizistan à la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud, le Pérou ou l’Ecosse, le voyageur dit avoir découvert une fraternité inédite. «Ces bergers vivent en osmose avec la nature et leurs animaux. Tous pratiquent un respect quasi parfait pour l’environnement. En même temps, ils semblent si loin des réalités, perdus entre ce que le marché économique souhaite et ce qu’ils produisent.»

Malgré les différences de culture et de revenus, ces peuples ancestraux de la laine subissent tous «l’accélération de l’histoire». De sa voix douce et persuasive, Dominic Dormeuil avertit. «Le IIIe millénaire annonce des orages lourds de menace. Exploitation minière, exode rural, démographie, paupérisation… Pourtant, la demande pour les produits nobles et authentiques augmente chaque année. Cela suffira-t-il à garantir la survie des derniers gardiens des fibres rares?» A suivre.

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