Passer au contenu principal

Sarah Marquis vide son baluchon

Avant son imminent départ en Tasmanie, la marcheuse partage ses trucs et astuces d’aventurière débrouillarde. Interview.

Sans même s’en douter, Sarah Marquis cultive un caractère d’exception. Pour preuve, l’exploratrice doit être l’une des rares créatures à se réjouir de prendre des kilos avant les Fêtes. Et pour cause, la Jurassienne s’enrobe pour gagner des forces avant de s’envoler pour un nouveau périple à marche forcée en Tasmanie. «Des dattes juteuses, ça fait l’affaire, pas question de junk food», sourit la quadragénaire. L’expérience transpire aussi dans son dernier livre, La nature dans ma vie, où entre confidences intimes et citations spirituelles se découvrent ses trucs et astuces de voyageuse en solitaire. Dans ce journal de bord, les conseils pratiques s’enchevêtrent avec les réflexions philo­sophiques.

Assez pragmatique pour voir dans un tampon hygiénique un allume-feu providentiel, la globe-trotteuse s’extasie sur les étoiles du ciel avec une candeur «nirvanesque», quasi mystique, et ne dédaigne pas les couchers de soleil autour du feu de camp. «Je sais… j’ai ce goût des images. Mon éditeur voulait corriger cette tournure de pensée qu’il jugeait à la limite «simplette». J’ai refusé. Je me considère comme un petit pont entre la nature et la civilisation. Je crois que c’est ça que les gens apprécient en moi.»

Désarmante Sarah Marquis, qui laisse parfois percer un léger complexe d’être devenue «l’étrangère» en alignant un pas devant l’autre par instinct. Ainsi, issue d’une famille qui comptait des biologistes et autres diplômés, la sauvageonne avoue avoir longtemps cherché sa place dans le monde. Pourtant, avec une même évidence inexplicable, elle séduit en bloc, forte d’une foi authentique qui déplace les montagnes. «Mon seul alibi, c’est de marcher. Là, à quelques heures du départ, c’est le chaos total, je cours partout!»

Vous qui voyagez «léger», pourquoi flipper avant le départ?

Il y a une grosse logistique administrative, visas, formalités, etc. J’anticipe aussi Noël, je fais le tour des proches. Je les rassure, leur répète de ne pas s’alarmer. Ils savent que je ne crains pas la mort qui, on l’oublie trop, appartient à la vie. Et la mien­ne, de vie, je veux la vivre intensément, sans regret, quelle que soit sa durée. Je ne pense pas avoir de mission sur terre, et je ne veux pas perdre de temps à la chercher. Je suis mon instinct. Même si je me prépare à 300%, je ne sais jamais où je vais mettre les pieds. De toute façon, baigner dans mon jus me serait impossible. Il me faut casser les habitudes.

Qu’est-ce qui a changé par rapport aux Alexandra David-Néel et autres Ella Maillart du siècle dernier?

Pas tant de choses au fond. Une fois que vous vous mettez dans des conditions de survie, en plein désert par exemple, la faim, la soif restent les mêmes, dévorantes. Je voyage avec des cartes topographiques des années 70. Les vallées et les fleuves n’ont pas bougé. Comme ces formidables aventurières, je ne laisse pas de trace. Je me déguise en homme, dans des pantalons trop larges de clodo, je cache mes cheveux dans un chapeau. Je prends du poids pour avoir une silhouette de Roger.

Roger?

Un petit nom générique que je donne aux mâles bien virils, façon bûcheron carré. Je me revendique femme, mais j’ai appris à faire profil bas par précaution. Dès le départ d’ailleurs! Lors d’une première marche à la frontière du Canada et des États-Unis, j’avais un sac à dos rouge. Il y avait des incendies de forêt dans la région, sans que je sois menacée. Repérée par un hélicoptère, j’ai été évacuée de force. Et je me suis retrouvée seule femme parmi 500 pompiers volontaires qui n’en avaient plus vu depuis deux mois!

Quel est votre premier geste quand vous débarquez en terre inconnue?

Je vais au pub. Je ne bois pas d’alcool mais c’est là que vous créez les liens les plus précieux, avec le garagiste, le flic, etc.

Jamais de mauvaises rencontres?

La plupart du temps, les gens respectent ma façon de voyager hors de la zone de confort. Je suis toujours étonnée de vérifier combien l’être humain est bon et veut aider. Bien sûr, on retient toujours les accidents négatifs. Même si l’homme demeure plus dangereux que la nature, j’ai appris à faire confiance. La méfiance, ce sentiment très suisse, bloque les opportunités. Et puis je crois en notre capacité à lire un environnement, à notre instinct d’animal amélioré. Après… c’est la fatalité. En Amérique du Sud, je me suis retrouvée un jour face à des trafiquants de drogue. Sur mon sac pendait un magnifique ananas que j’avais reçu quelques jours auparavant, un fruit rare pour eux. Je le leur ai donné spontanément, ça m’a sans doute sauvé la vie.

Explorer, de nos jours, a-t-il encore du sens dans un monde aussi rétréci?

En fait, nous sommes plus conscients que jamais de la diversité magique de la planète. Jadis, un billet pour l’Australie coûtait 4000 francs, désormais on peut visiter ces pays si lointains.

Avec la conséquence de polluer.

Mais tout progrès implique ses paradoxes, notamment le consumérisme.

À 45 ans, n’avez-vous jamais envie de vous poser, de fonder un foyer?

Non, je ne l’ai compris que récemment, je suis née «bêtement» exploratrice.

Lausanne, Casino de Montbenon (Paderewski), ce mardi, 19 h. Conférence de Sarah Marquis. Sur inscription obligatoire: https://evenements.payot.ch

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.