Une série TV fait bondir les recherches sur le suicide

EtudeDepuis la diffusion de «Thirteen Reasons Why», les recherches internet sur les moyens de se donner la mort ont augmenté de façon inquiétante.

Les chercheurs ont analysé les tendances des recherches sur Google après la diffusion de la série. (Lundi 31 juillet 2017)

Les chercheurs ont analysé les tendances des recherches sur Google après la diffusion de la série. (Lundi 31 juillet 2017) Image: Twitter

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

La série controversée «Thirteen Reasons Why», diffusée sur Netflix et qui raconte l'histoire d'une adolescente mettant fin à ses jours, a provoqué une nette augmentation des recherches sur internet sur le suicide et les moyens de se suicider, selon une étude publiée lundi.

«Comment se suicider»

Cette étude, parue dans le Journal of the American Medical Association, Internal Medicine, n'a pas observé l'évolution du nombre de suicides. Mais elle a constaté un accroissement de 19% des recherches sur ce sujet ce qui est préoccupant, estiment les scientifiques, exhortant Netflix à retirer sa série pour la modifier.

«Il y a eu entre 900.000 et 1,5 million de recherches supplémentaires sur le suicide durant les 19 jours ayant suivi la diffusion de la série», précise Mark Dredze, professeur de science informatique à l'université Johns Hopkins.

Des requêtes telles «Comment se suicider» ont augmenté de 26% tandis que des mots clé «se suicider» étaient en hausse de 18% et «comment mettre fin à ses jours» de 9%. Des recherches sur «la prévention du suicide» ont fait un bond de 23%.

Les chercheurs ont analysé les tendances des recherches sur Google aux Etats-Unis entre le 31 mars, premier jour de diffusion de la série, et le 18 avril.

Ils ont arrêté leur étude à cette date en raison du suicide en prison de l'ancienne vedette de football américain, Aaron Hernandez le 19 avril qui aurait faussé leurs travaux.

Davantage de discussions

Les auteurs ont comparé les données recueillies avec celles des trois mois ayant précédé la diffusion de la série.

«Thirteen Reasons Why» --«Treize raisons pourquoi»--, populaire chez les jeunes, montre un ami écoutant le journal enregistré par une adolescente avant qu'elle ne se suicide et dans lequel elle décrit ses difficultés.

Il n'est pas vraiment possible de savoir si certaines de ces recherches sur internet sont directement liées à des suicides mais de précédentes études ont mis en évidence un lien entre un accroissement de ces recherches sur les moyens de mettre fin à ses jours et l'acte lui-même, relève John Ayers, professeur à la faculté de santé publique de l'université d'Etat de San Diego.

La diffusion de «Thirteen reasons why» a coïncidé avec une sensibilisation aux moyens d'empêcher le suicide. Le compte Twitter de la série contient notamment un lien vers 13reasonswhy.info, avec numéros d'assistance à contacter et informations de prévention dans le monde entier.

Mais «nos résultats confortent les pires craintes des critiques de cette série selon lesquels elle a peut-être inspiré un grand nombre de personnes avec des idées suicidaires à passer à l'acte en recherchant des informations sur comment procéder», poursuit le chercheur.

«Nous avons toujours pensé que cette série susciterait davantage de discussions sur ce sujet difficile et cette intéressante étude quasi-expérimentale le confirme», a réagi Netflix dans un communiqué.

«Nous sommes intéressés par davantage de recherche sur le sujet et à utiliser tout ce que nous apprenons dans la préparation en cours de la seconde saison», a souligné la plateforme vidéo.

Respecter les directives de l'OMS

Les chercheurs estiment que les conséquences potentiellement néfastes de cette série auraient pu être évitées en suivant les recommandations existantes.

«L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a publié des directives pour les médias afin d'éviter justement ce problème», explique Jon-Patrick Allem de l'université de Californie du Sud, qui a participé à l'étude.

L'OMS a notamment déconseillé de montrer le suicide lui-même ou de l'évoquer longtemps dans une série ou un film.

Or «Thirteen reasons why» consacre 13 heures à une victime de suicide, montrant même l'acte avec de nombreux détails macabres, déplorent les auteurs de l'étude.

«Ces problèmes sont exacerbés par le fait que ces images en ligne soient accessibles pendant très longtemps et puissent être ainsi vues par un très grand nombre de personnes», relève Eric Leas, de l'université d'Etat de San Diego.

De ce fait, «nous pressons Netflix d'arrêter la diffusion de la série et de la modifier pour se conformer aux recommandations de l'OMS avant de la rediffuser», conclut le professeur Ayers. (afp/nxp)

Créé: 31.07.2017, 20h40

Suicidaire? Faites-vous aider!

«Chercher de l'aide n'est pas un aveu de faiblesse ! C'est une démarche courageuse et positive», affirme l’association Stopsuicide, dont la mission est de parler, faire parler, informer, sensibiliser et augmenter les possibilités de prévention.
N'hésitez pas à téléphoner, notamment aux structures suivantes : «La Main Tendue» (composer le 143), la «Ligne d'aide pour jeunes» (composer le 147), «Malatavie Ligne Ados» (HUG - Children Action), 022 372 42 42.

Articles en relation

Une série sur le suicide d'une ado fait réagir

Télévision Les appels à la vigilance se multiplient autour de «Thirteen Reasons Why» produite par Netflix et construite autour d'un drame. Plus...

Linkin Park réagit à la mort tragique de son chanteur

Carnet noir Trois jours après le suicide de Chester Bennington, les membres du groupe de métal évoquent un «vide qui ne pourra jamais être comblé». Plus...

Netflix gagne plus de 5 millions d'abonnés

Petit écran La compagnie américaine de vidéo en ligne fait mieux que prévu, avec 104 millions d'abonnés au 2e trimestre, et progresse surtout à l'étranger. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

La drague au parlement fédéral (paru le 16 décembre 2017)
(Image: Valott) Plus...