Pierre Corajoud invite sur ses pas depuis 20 ans

Randonnée urbaineL’«aventurier du proche» guide toujours ses balades à Lausanne avec le même bonheur. Interview

Pierre Corajoud au départ de la balade lausannoise des cossus, dans ce qui fut autrefois la campagne de Rovéréaz. L’arrivée se fera à Montchoisi 2 h 30 plus tard.

Pierre Corajoud au départ de la balade lausannoise des cossus, dans ce qui fut autrefois la campagne de Rovéréaz. L’arrivée se fera à Montchoisi 2 h 30 plus tard. Image: DOMINIC FAVRE

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En vingt ans, Pierre Corajoud a guidé 2000 balades insolites, à Lausanne et dans ses environs. Pionnier du genre, il emmène les marcheurs avec un enthousiasme inchangé, alors que les itinéraires pédestres à thème se sont multipliés, dans la capitale vaudoise ou ailleurs. Attrapé au pas en pleine «balade des cossus», qu’il conduisait la semaine dernière dans le cadre de Lausanne Estivale, celui qui se définit comme un «aventurier du proche» revient sur deux décennies à user ses semelles pour repérer ce qui passe souvent inaperçu au quotidien, et le transmettre en une foule de guides et de marches accompagnées.

Pierre Corajoud déboule depuis Rovéréaz par le joliment nommé chemin de la Plaisante, trente personnes sur ses talons. La cadence surprend: «Là on va un peu plus vite, mais en principe, on marche à 4 ou 5 à l’heure». Le bon rythme pour observer l’environnement, sans pour autant s’arrêter sur chaque détail. Par moments, l’organisateur dicte des pauses pour évoquer des aspects spécifiques du parcours, mais il veille surtout à ce que les gens puissent flâner à leur guise, sur des itinéraires qu’il a défrichés pour eux. «Si les chemins sont bien choisis, chacun peut les arpenter sans trop d’accompagnement de ma part, y puiser ce qu’il veut, se laisser surprendre.»

«Si les chemins sont bien choisis, chacun peut les arpenter sans trop d’accompagnement de ma part, y puiser ce qu’il veut, se laisser surprendre»

Le Lausannois de 48 ans a eu l’idée de faire découvrir sa ville autrement un soir, il y a très longtemps, alors qu’il rentrait chez lui à pied. «Je passais à l’avenue des Alpes, il y avait des rideaux de pluie, avec un effet très cinématographique. Un lampadaire accroché des deux côtés aux maisons se balançait. Tout à coup, il a éclairé ce qui a été l’hôtel du Belvédère. La météo si particulière et le fait que je ne passais pas souvent là m’ont donné l’impression d’être très loin de chez moi. Ça a été le déclic.»

En 1997 naît son premier ouvrage, L’autre Lausanne. «J’ai alors commencé à faire quelques balades, pas parce que j’avais envie d’être guide, mais pour partager mon enthousiasme suite à mes découvertes. Il n’y avait pas encore l’informatique, je gérais moi-même les inscriptions à la main.» Très vite, il draine les foules. Des femmes de plus de cinquante ans surtout. «C’est un cliché mais j’ai pu le vérifier: les hommes n’aiment pas être guidés.»

A ses débuts, jusqu’à 200 personnes cheminaient dans son sillage. Un peu moins aujourd’hui à cause de l’explosion de l’offre. «En hiver, lorsqu’il y a moins de propositions, il peut facilement y avoir cent personnes.» Contre une cinquantaine en moyenne en été. Qu’importe. Pierre Corajoud emmène la troupe par tous les temps. Ou presque. «En vingt ans, j’ai dû écourter deux ou trois balades, pour cause d’orage un peu plus fort que la moyenne.» Dans une ville qui dévoile des charmes différents selon les saisons. «Les premières années, j’avais coutume de dire qu’on voyait le Moléson au chemin du Moléson. Petit à petit, les arbres ont grandi et caché la montagne», raconte-t-il alors que le groupe est arrêté pile où se trouvait le dégagement vers le sommet fribourgeois. «Il reste visible à la saison froide. La meilleure selon moi pour découvrir la ville, car on y observe ce que la végétation cache en été.»

Aussi des sorties d’entreprise

Tout en travaillant en parallèle, il a arpenté sa ville dans les moindres recoins, y passant des milliers d’heures et diversifiant les itinéraires: chez les «cossus» comme dans les quartiers populaires, à l’Hermitage, au bord du lac ou à Renens, le long du métro ou le nez levé vers les arbres. Il propose même des circuits en musique, avec une sono mobile ou en collaboration avec l’EJMA. Il a aussi conduit des groupes privés, ados, personnes âgées ou même parfois «des sorties d’entreprises avec de sacrés boute-en-train.»

Avec toujours, le même objectif: offrir l’évasion à deux pas de chez soi. Dans ce vallon de la Vuachère où l’on ne serait pas allé spontanément, sous cet érable champêtre qu’on n’aurait pas remarqué, devant ces impressionnantes propriétés de la rue Verdeil invisibles depuis la voiture… «Il n’y a pas besoin de s’envoler à l’autre bout du monde pour se sentir dépaysé. La caractéristique de la ville, c’est sa diversité, c’est presque plus facile de surprendre que si vous êtes dans une forêt.»

Il chérit par ailleurs la «belle simplicité» de la démarche: «C’est accessible à tous, partout, et il n’y a pas besoin de matériel spécifique. Un petit bonheur simple pour lequel il faut juste des chaussures.» (24 heures)

Créé: 22.07.2017, 15h32

Hit-parade



Parmi les tracés imaginés par le Lausannois, la balade des 1001 arbres – qui met notamment en lumière ce charme du parc Denantou – attire deux fois plus de monde que les autres. Elle sera proposée le 16 août en déclinaison familiale, à suivre dès 6 ans (www.baladefamille.ch). Le trajet pédestre qui passe à Renens a connu, lui, une belle évolution: «Au début il y avait peu de monde, aujourd’hui, il est aussi suivi que les autres circuits.» Outre les balades, les chasses au trésor pour enfants que Pierre Corajoud concocte avec sa femme Caroline peuvent attirer jusqu’à 500 personnes en un après-midi.

La balade des 20 ans



L’arpenteur urbain convie à deux itinéraires improvisés qui relieront 20 lieux qui font le charme de Lausanne, comme par exemple la campagne de L’Hermitage. Seul le point de départ est connu. Le guide se laissera ensuite… guider par son inspiration, pour revenir près du centre-ville.


Vingt lieux de délices dans le haut de la ville
15 août, 18 h-20 h, départ: esplanade de la cathédrale

Vingt lieux de délices dans le bas de la ville
17 août, 18 h-20 h, départ: arrêt Délices du M2.

Infos: www.balade.wordpress.com

Beaucoup d’émules

Pierre Corajoud s’amuse de voir la formule «balades insolites» devenue si courante, tant les itinéraires thématiques se sont multipliés, en milieu urbain ou ailleurs. Cet été, l’offre en promenades guidées abonde dans le menu de Lausanne Estivale. Cheminements proposés par Le Voyage en Suisse et Rétrobus dans l’histoire lausannoise de la médecine (4 août), retour sur les traces des pionnières avec les guides d’accueil MDA (18 août), ou parcours dans le sillage du livre Lausanne, promenades littéraires, au fil des hôtels fréquentés par les écrivains (12 août), ou sur les pas de Chessex (19 août). Hors de Lausanne, parmi les originalités non guidées cette fois, les Randos Bière en Suisse romande (Ed. Helvetiq). Ou encore un sentier où processionner à pieds nus, à Villarimboud près de Romont.

Lausanne Estivale

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