Pour chaque randonneur, un guide adapté

NatureLes ouvrages de balades se multiplient et se thématisent. Ils répondent à la demande des Romands, toujours plus friands d’explorer leur coin de pays.

La Suisse est l’un des pays d’Europe avec le plus de sentiers balisés au km2. Les amateurs de guides apprécient les itinéraires proches de chez eux.

La Suisse est l’un des pays d’Europe avec le plus de sentiers balisés au km2. Les amateurs de guides apprécient les itinéraires proches de chez eux. Image: Suisse tourisme/ Beat Mueller

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Avec 65'000 kilomètres de sentiers balisés, la Suisse s’ouvre aux randonneurs, qui le lui rendent bien. Ils sont 2,7 millions à marcher, plaçant cette activité parmi leurs sports préférés. «L’engouement est aussi fort chez les jeunes», confirme Véronique Kanel, porte-parole de Suisse Tourisme dont la dernière campagne estivale promeut justement la randonnée. Et qui dit balade dit guide pour explorer et s’orienter dans les Alpes, autour des lacs, dans les campagnes, sur les crêtes ou encore à l’intérieur des villes. L’offre foisonne et les rayons des libraires débordent de propositions pour tous les publics et toutes les sensibilités.

Contrairement à d’autres styles littéraires, le format même du guide papier divise. Pour ses détracteurs, à l’instar de Blaise Hofmann, ils «ferment l’imaginaire… précurseurs de l’obsolescence programmée, ils sont périmés après deux ou trois ans», écrit l’auteur vaudois dans un recueil passionnant de chroniques et études, «Vaut le voyage? Histoires de guides», réunissant les avis divergents de plusieurs experts sur le sujet. Pour Ariane Devanthéry, historienne de la culture, coéditrice de l’ouvrage et auteure d’une thèse sur l’histoire et les formes des guides de voyage, il en existe de bons et de mauvais. «Les premiers proposent sans forcer. Ils donnent un supplément d’âme au lieu. Les autres imposent, affirment par exemple que «la cathédrale de Lausanne est un chef-d’œuvre», sans laisser le lecteur ressentir par lui-même s’il est d’accord.»

Du voyageur au touriste

Ce mélange d’amour et désamour remonte déjà au XIXe siècle, du temps de Stendhal et de Töpffer, poursuit la spécialiste. «Il est lié à la tension qui existe entre le voyageur et le touriste, ce dernier étant critiqué car ne prenant le temps de rencontrer ni les gens ni les lieux.» Alors que le récit de voyage appartient à la littérature de création, le guide s’en distingue avec ses propres caractéristiques. «Il a un rôle d’encyclopédie de poche. Résumer un savoir connu et aller à l’essentiel n’est toutefois pas un exercice facile.» Autre particularité: il donne accès à un territoire. Au-delà des informations pratiques comme où dormir et manger, la façon qu’il a d’indiquer les directions est souvent sujette à interprétation. Enfin «il ne se lit pas du début à la fin et doit permettre aussi bien une circulation dans l’espace réel que dans les différentes sections du livre. C’est dans la manière dont les informations sont agencées qu’un guide est, ou non, créatif.»

Les éditeurs romands s’aventurent justement sur le terrain de l’originalité pour renouveler leur production, les sentiers de randonnée n’étant pas extensibles. «Les amateurs de guides sont attirés par le local. Ils veulent découvrir les coins autour de chez eux, confirme Amélie Schöpfer, coresponsable du rayon tourisme à Payot Lausanne. Ils recherchent, en particulier, des balades thématiques en lien avec le terroir, adaptées aux enfants, ou autour de points d’eau.»

Aujourd’hui avec internet, chacun est à même de dénicher tout seul des informations pratiques pour préparer son itinéraire. Le guide doit offrir autre chose. Les maisons d’éditions Slatkine et Favre, par exemple, misent sur la Suisse romande et les Alpes pour la première et sur le terroir local, les richesses naturelles et le patrimoine culturel pour la deuxième. «Je sélectionne des ouvrages qui me semblent apporter un plus à la balade, note Ivan Slatkine, comme des éléments historiques dans la série «Histoire de bornes» où Olivier Cavaleri emmène ses lecteurs le long des frontières avec nos voisins. Autre exemple: «Randonnées pour grizzlys», de Philippe Noth, qui propose, lui, des endroits où l’on peut se retrouver seul.

Comme je connais bien la Suisse romande et que je suis un bon marcheur, il m’arrive de tester certains itinéraires.» Côté ventes, l’empreinte locale fonctionne puisque ce type d’ouvrage s’écoule «entre 1500 et 6000 exemplaires, ce qui est bien pour la Suisse romande», poursuit l’éditeur. Même son de cloche du côté de Sophie Rossier, directrice des Éditions Favre. Depuis 2014 et le succès du livre de Stefan Ansermet «Guide des lieux mystérieux de Suisse romande», le genre s’est développé. «La qualité des textes est d’autant plus importante que, lorsqu’on se balade, on prend un peu de recul sur son quotidien et c’est un bon moment pour se laisser imprégner d’autres histoires.

Observer de jolies pierres ne suffit pas. Le guide ajoute cette dimension supplémentaire qui permet de découvrir ou redécouvrir l’endroit autrement», détaille Sophie Rossier. Chaque éditeur s’assure que leurs auteurs testent les itinéraires et fournissent les informations pratiques nécessaires. Restent les aléas de la marche. «On ne peut pas tout vérifier ou empêcher que quelqu’un se perde. C’est aussi au lecteur d’être attentif et équipé en conséquence», conclut Ivan Slatkine.


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«Tous les circuits sont testés»

Émilie Boré explore la Suisse romande pour dénicher des itinéraires thématiques choisis de concert avec son éditeur GeneralMedia (Loisirs.ch) . Après «Le guide des randos urbaines» puis celui «des randos au fil de l’eau», la rédactrice indépendante vient de publier son troisième ouvrage autour «des randos gourmandes».

Avec le soutien d’offices du tourisme qui pointent les nouveautés de leur région, elle compose ses balades au gré de ses découvertes. «Tous les circuits sont testés, précise-t-elle. Comme je ne peux pas tous les faire moi-même, je collabore avec deux autres marcheurs.»

Le format de la série propose à chaque fois une fiche technique détaillée. Grâce à un QR Code associé à l’itinéraire, l’utilisateur a accès à tous les détails sur son smartphone, sans prendre son guide. «Les balades sont aussi mises à jour sur le site internet.

En plus de mes impressions subjectives du tracé, comme maman d’un enfant en bas âge, je suis toujours attentive si l’accès est approprié aux poussettes ou aux personnes à mobilité réduite ainsi qu’aux infrastructures en chemin.»

Créé: 20.07.2019, 09h48

Le livre



«Le guide des randos gourmandes»

Éditions GeneralMedia
208 pages

Quoi choisir ?

Trois thématiques en vogue selon Amélie Schöpfer, Payot Lausanne

1-Nature et patrimoine

L’association Patrimoine suisse a répertorié 35 sentiers historiques présentés en allemand et en français sous forme de feuilles volantes à glisser dans sa poche pendant la balade.

Le plus: «Il fournit une carte au 25:000 et une petite description historique.»

Le moins: «Il faut savoir lire une carte car il n’y a pas de texte descriptif de l’itinéraire».

«Sentiers historiques»
Collectif
Éd. Patrimoine suisse




2-Nature et patrimoine

Un éditeur local a sélectionné des chemins pour explorer les forêts de l’Ouest vaudois: un patrimoine proche mais souvent méconnu.

Le plus: «Très pratique, avec une carte par randonnée à prendre avec soi.»

Le moins: «À nouveau pas de description texte des sentiers.»

«Sentiers NatuRando»
Collectif
Éd. Chambre des bois de l’Ouest vaudois




1-Terroir

L’ouvrage propose 16 itinéraires dans six cantons avec des haltes dans des restaurants qui offrent des spécialités du coin.

Le plus: «Les photos sont belles et il y a une recherche graphique originale au niveau des cartes.»

Le moins: «La sélection des balades est relativement restreinte.»

«Balades gourmandes en Suisse romande»
Collectif
Éd. CreaGuide, 153 p.




2-Terroir

Paru en 2014, le livre a été réédité et continue à séduire un public qui y trouve de quoi combiner marche (plus ou moins technique) et découverte de bières artisanales.

Le plus: «Une thématique originale qui permet en chemin de déguster des produits régionaux.»

Le moins: «Le livre est lourd et les directions peu détaillées.»

«Randos bière en Suisse»
Monika Saxen
Éd. Helvetiq, 275 p.




1-Au bord de l’eau

Un classique sur les bisses dont l’édition a été revue et augmentée. «Tous les itinéraires en lien avec l’eau restent très populaires.»

Le plus: «Les niveaux de difficultés sont clairement indiqués, notamment pour les personnes souffrant de vertige.»

Le moins: «L’édition en papier glacé est relativement lourde.»

«Balades le long de bisses du Valais»
Gilbert A. Rouvinez
Éd. 180°, 239 p.




2-Au bord de l’eau

Après avoir exploré les lieux mystérieux de Suisse romande, Stefan Ansermet publie en 2016 ce guide sur les randonnées dans les gorges. «Il est toujours très demandé.»
Le plus: «Il est très complet au niveau historique et possède de belles photos.
Le moins: «Les informations pratiques sont assez succinctes.»

«Balades dans les gorges»
Stefan Ansermet
Éd. Favre, 195 p.

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